LA CHRÉTIENTÉ SANS PAPE PENDANT DEUX ANS
au landgrave de Thuringe, muni de bons conseillerssouabes et dévouês à l'empire, entre autres d'un Hohenlohe et d'un Winterstett, et en partie au roi de Bohème. Après avoir prudemment pris ces précautions, il retourne en Halie à la tête de ses troupes dans le patrimoine de Saint-Pierre ; ad exereitum suum remearit. Cette apparition fugitive, la dernière, de Frédéric II en Allemagne, concorde avec le changement qu’on remarque alors dans la politique du gouvernement impérial et royal vis-à-vis des villes allemandes. C'est, en effet, en février de l'année 1242 que le jeune roi Conrad accorde particulièrement aux bourgeois de Mayence « de ne payer aucune taxe sur terre et sur eaux, dans les villes de l'empire, et de n'acquitter aucun im pôt sur les biens impériaux qu'ils possédaient. » L'archevêque de Cologne, auquel les bourgeois étaientattachés, comme à ses prédécesseurs, avait déjà pris les devants en leur accordant, dès 1239, de grands privilèges. Cela ne lesempèche point de demander et d'obtenir la confirmation de ces privilèges de l'empereur en mai, « à cause de leur fidélité ancienne et actuelle à la majesté de l'empire { ». A Pâques de la même année, le jeune roi Conrad confirme également tous les privilèges des villes impériales de Francfort, Friedberg, Gelnhausen et Wetxlar. Sila ville de Trèves tergiverse, selon les évèques qui se succèdent, entre le pape et l'empereur, l'évêque Landolphe et les bourgeois de Worms, toujours d'accord, rivalisent de fidélité envers Frédéric et, en retour, ils reçoivent de lui faveurs et privilèges. Habile revirement de politique! Croyant par là son fils Conrad et ceux qu'il avait chargés de l'administration de l'empire assez puissants au nord des
4 Bi Br. VI, 45 : Erga mojestalem nostram el imperium gesserunt et agere non desistunt,
Alpes, Frédéric tente par tous les moyens, mais surtout par la force, d’arracher l'élection d’un pontife aux cardinaux. « Allons, cardinaux, » écrit-il à ceux-ci : « comme des serpents vous rampez à terre au lieu de vous élever vers le ciel. Chacun de vous vise à la tiare, et personne ne veut la laisser à un autre. Abandonnez l'esprit de faction et de discorde. Que le collège des cardinaux donne donc à la chrétienté par un choix unanime un pape qui nous satisfasse nous et l’empire et dont l'élection tourne au bien universel 1!» Puis, ilse jette dans les Marches et dans la campagne de Rome, ravage tour à tour les champs de Narni, de Ceperano et d’Avellano. Des hostilités pareilles ont lieu entre impérialistes et papalins sur les bords du Rhin. Un jour une flotte de la ville de Worms descend jusqu’à Mayence apporter des vivres et des munitions à des seigneurs châtelains révoltés contre l’archevêque; un autre jour, le jeune roi Conrad bat l'archevêque de Cologne, le fait prisonnier, et le jette dans le château de Nideck, dont il ne le délivre que sur bonne rançon.
Cependant la chrétienté sans pasteur suprême s’émeut. Un pamphlet attribué à Pierre de la Vigne, qui rédigeait le plus souventles manifestes etleslettres de son maître, répand comme une menace, sous le nom de doléance, l’effroi dans l'Église : « Ce n'est pas Jésus le médiateur entre Dieu et les hommes, le maitre des apôtres, maisle prince des ténèbres, le père du mensonge, Satan, qui siège au milieu des cardinaux. Par suite de leurs discordes l'Église est en désordre, la foi est ébranlée. Sc l'onction pontificale manque, si un pape oint elsacré fait défaut, ne craignez-cous pas qu'il
1 H. Br., 340 : Quod nobis et imperio promotionem universalis slatus occurrat.