INQUIÉTUDES DE LA CHAÉTIENTÉ
nes'élère un autre Saint des Saints Pet quel sera-t-il ! ?» Les hérétiques jadis persécutés reprennent courage et pullulent. La ville de Milan, dit Frédéric lui-même, devient une sentine de Patarins. L'historien Mathieu Paris citeuné lettre de Huon de Narbonne qui fait mention des sociétés secrètes et des églises hérétiques organisées, qui s'étendaient dans le Sud de l'Allemagné et le Nord de l'Italie, de Vienne aux Alpes etau lac de Côme. Frédéric, ayant pour adversaire de puissants ou de riches prélats, semble encourager les dissidents, 11 invoque parfois l'exemple de la primitive Église pour réduire le clergé en fait de possessions temporelles à ce que demandait saint Paul, ad vietum et vestitum. « PIût à Dieu, dit-il, que les princes de l'Église, qui me font la guerre, missent autant de rectitide dans leurs actions qu'ils ont de rectitude dans leurs eroyances 2! »
Les princes chrétiens s'inquiétaient à juste titre. Où les cardinaux menaientils la chrétienté? Quel était ce futur sauveur, Ce Saint des Saints qu'on murmurait à l'oreille des peuples. L'empereur Frédérie voudrait-il laisser vide le trône du pontife pour se mettre à sa place? Le roi d'Angleterre envoie à l'empereur une ambassade de franciscains et de dominicains pour le supplier de faire cesser l'interrègne. Louis IX,que sa piété-recommandait alors à l'Europe, fait reraindre aux cardinaux, sans y croire, uné usurpation des pouvoirs de l'Église. « Redoutez-vous l'empereur? léur dit il: si, au lieu de désertér votre devoir, vous l'accomplisse. avec courage, ne doutez pas quelhoüil s'agira de la liberté de l'Église, les. Français ne mettent à votre disposition
4 H..B., VI, 70 : Si papalis cessavit unelio, veniet ergo alius sanctus sanctorum, et quis ille est? 2 Muratori, Seript, —H, B. L. c.
Tous V
leurs vies et leurs biens. Nous ne craignons pas la haine ou la fraude jusqu'ici inouïe et qu'on ne saurait de quel nom appeler, de je ne sais quel prince qui voudrait être à la fois roi et prêtre. Il est de principe que la souveraineté temporelle et laspirituelle ne sauraient être réunies dans la mème personne ; de quel droit ce prince revendiquerait-il les fonctions et la dignité de pontife {? » Une ambassade solennelle du clergé français vient enfin sommer les cardinaux d'avoir à donner au plus tôt à l'Église romaine la consolation d'un pasteur, « s’ils ne veulent pas que les prélats français, selon le droit qui avait été conféré, disentils, par saint Clément à saint Denis, élisent eux-mêmes un pape pour l'Occident, apostolatum super Occidentem. » Menacé également par cette manifestation, Frédéric profite de la mort du cardinal Romanus, dont il craignait surtout l'avènement, pour délivrer les cardinaux Otto et Jacques de Préneste. L'ambassade solennelle des évêques et abbés français de Cluny et de Cîteaux vient le prier en outre de lever le blocus de Rome pour que les cardinaux, qui y élaient encore, puissent en sortir et prendre part à l'élection. Il céde à cette nouvelle pression de l'opinion chrétienne ; il rentre dans le royaume de Naples. Le conclave, alors au complet, après avoir entendu la messe du Saint-Esprit, élit enfin Sinibaldo Fieschi, cardinal-prêtre de Santo-Lorenzo- -in-Lucina, le 25 juin 1243.
On a répété, d’après un écrivain très postérieur, Ricordano Malaspina, que Frédéric aurait dit : « J’ai perdu dans Fieschi un cardinal qui était mon ami: un pape ne saurait être Gibelin. » C'était exprimer vivement la pression puissante des principes et des partis sur les volontés humaines.
4 Math, Paris, annéc 1243.
LS
ÉLECTION D'INNOGENT IV (1243) 371
Le Guëlfe Olton IV aussi, une fois empereur, était devenu Gibelin. Né Génois, de la famille des comtes de Lavagna, cardinal depuis 1227, Fieschi avait été chargé d'importantes missions par Grégoire IX. Les partisans allemands de celui-ci s'étaient réjouis,en 1240,à la pensée qu'il serait nomme légat au delà des Alpes, quoiqu'il mît une grande réserve dans sa conduite. C'était un homme de mœurs pures, un profond canoniste. Moins emporté quoique plus orgueilleux que Grégoire IX, il était plus habile à user d'une diplomatie patiente qu'à frapper de grands coups et peutêtre plus capable d'user que d’abattre son adversaire. "On allait voir aux prises les deux politiques les plus retors du temps.
Frédéric ne manqua pas à la politesse d'adresser par une ambassade solennelle au nouveau pontife ses protestations de dévouement et de respect et de mettre sa puissance, ses biens, son royaume à sa disposition, avec la restriction habituelle : Salois jure et honore sacri romani imperii *. Après avoir écrit aux évêques chrétiens une encyclique dans laquelle il témoignait de son zèle pour le salut de la chrétienté contre les Mongols, pour la conservation de Jérusalem, pour la répression des hérétiques et la continuation de l'œuvre des chevaliers Teutons en Prusse, c'està-dire pour tous les grands intérêts de la chrétienté, Innocent IV, de son côté, d'Anagni, envoie l'archevêque de Rouen et deux autres ecclésiastiques à Melfi faire des propositions de paix à l'empereur. « Comme première condition, il demande que l'empereur délivre les prisonniers de Méloria, les Lombards surtout, qu'il retient encore ; qu'il restitue toutes les terres enlevées à l'Église et fasse la paix
4H, B., VI, 404. — Periz, Leges, 11, 491.
avec les Lombards. Frédéric ferait connaître ensuite au pape ce qu'il avait à reprocher à l’Église. Le pape, de son côté, ferait connaître ce dont il avait à se plaindre de La part de Frédéric. Pour juger ces questions litigieuses, un tribunal solennel des rois, princes et prélats de La chrétienté déciderait quelles réparations l'Église devrait à l'empereur pour les griefs dont celui-ci se plaindrait, et quelles satisfactions l’empereur de son côté offrirait pour les torts causés au Saint-Siège. Le pape ne s’expliquait pas sur l'affaire des Lombards, qui était toujours le point capital; mais.il ne laissait pas ignorer à Frédéric que l'Église voulait comprendre dans la pacification tous. ses amis et adhérents, de manière à ce qu'ils ne pussent jamais éprouver aucun dommage à raison de ce qui s'était passé. »
Comme on commençait à discuter ces différents points, un accident, qui n'élait pas dàù au hasard, menace de tout rompre. En août 1243, la ville de Viterbe, où Frédéric avait fait élever un château fort, poussé par son évêque, le cardinal Capocci, se révolte, au cri guelfe de « Vive l'Église », contre son gouverneur impérial, le comte Simon. Frédéric cherche à prêter main forte à celui-ci, assiégé dans le château par les rebelles, en bloquant la ville. Innocent IV, quittant Anagni pour Rome, où il est reçu avec enthousiasme, cum maximo gaudio, leur fait passer des secours, conclut alliance avec eux, réveille dans le Milanais l’activité de son légat Montelongo, qui envoie des secours à Verceil, à Alexandrie, à Novare, révoltés; et il prend sous sa protection le marquis Azzon d'Este et le comte Guido-Guerra, un de ses partisans en Toscane. 11 comble de ses faveurs, en Allemagne, un ennemi de Frédéric, l'archevêque de Cologne, qu'il nomme son légat à Avignon.
La guerre recommence entre Guelfeset Gibelins. Frédéric
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