RÉVOLTE ET SIÈGE DE VITERBE
reste trois mois autour de cette vieille petite ville latine de Viterbe, fait venir de tous côtés desengins de siège, des tours, des échelles, des balistes, ouvre brèche, commande lui-même l'assaut, Mais les habitants, aidés même des femmes, brûlent les machines, repoussent les assaillants. Viterbe devient pour l'ftalie une nouvelle Brescia. Frédéric, qui avait une fois couru péril de vie, accepte la médiation du cardinal Otio, qui, de son prisonnier, était devenu son ami. Îlest convenu que le gouverneur, comte Simon de Chieli, sortira sain et saufdu fort avec lagarnison, composée de trois cents chevaliers. Lorsqu'ils commencent à défiler, les Viterbinates, encore en fureur, tombent sur eux, ‘leur enlèvent ce qu'ils emportent. Le cardinal Otto a de la peine à sauver leurs personnes; etles Viterbinates se jettent dans la ville sur les Gibelins qui restaient, les maltraitent et brûlent les maisons des fuyards !, La lutte, en recommençant, annonçait un nouveau degré de fureur. Frédéric demande à qui il pourrait se fier désormais « si la parole même d'un cardinal était violée. »
Cependant, de la France, Louis IX, le comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, interviennent auprès du pape en faveur de la paix. D'Allemagne, l'évêque Henri de Bamberg et Conrad de Hohenlohe arrivent prier l'empereur, de la part des princes, de conjurer de nouvelles hostilités qui allaient faire naître tant de malheurs. Le pape n'était pas homme à rompre en visière avec l'opinion. Il aimait mieux tourner les difficultés qu'essayer de les emporter de haute main. Les deux adversaires reprennent les négociations. Le comte Raymond de Saint-Gilles, les deux juges de cour, Pierre de la Vigne et Thaddée de Suessa, pour l'empereur,
4 Bussi, Jatoria di Viterbo, p. 410.
les cardinaux Ægidius, Étienne et Otlo, pour le pape, s'abouchent (28 mars) et dressent des préliminaires de paix. Frédéric, sentant le besoin d'avoir un appui, convoque à Vérone une diète de ses vassaux allemands et italiens.
Les négociateurs se mettent d'accord sur les articles suivants : « Les terres possédées par l'Église romaine, au moment de la sentence d'excommunication, lui seront rendues; la même restitution sera faite aux adhérents de l'Église. Tous les caplifs, clercs ou laïques, otages ou prisonniers de Frédéric, faits sur terre et sur mer, Lombards, Toseans et autres seront mis en liberté, L'empereur promettra par serment de se soumettre aux volontés du pape, relativement aux dummages causés par lui aux églises eLaux personnes ecclésiastiques, et de déclarer nuls les bans et les confscations dont les adhérents de l'Église ont êté frappés. L'empereur recevra en grâce ceux qui se sont déclarés pour l'Église depuis son excommunication et même les rebelles qui auparavant étaient en guerre avec lui. Les seigneurs qui ont pris parti pour le Saint-Siège, ne seront pas tenus deservir personnellement l'empereur ; mais ils fourniront des remplaçants. Les exilés seront réintégrés dans leurs anciennes possessions. Frédéric prendra le pape et les cardinaux. pour arbitres de ses démêlés avec les Lombards, l'honneur et les droits impériaux et royaux restant intacts. Dans-une lettre adressée aux souverains de l'Europe, il déclareraque, s'il ne s'est pas soumis à la sentence d'excommunication portée contre lui,ce n’a pas été parmépris pour l'autoritéde l'Église, non contemptu elavium, mais seulementparee que cet acte ne lui avait pas été régulièrement notifié. Néanmoins, pour preuve de repentir, il jeûnera et fera des aumônes jusqu'au jour de son absolntion : ilfondera des mo-
NÉGOCIATIONS ENTRE FRÉDÉRIG If ET INNOCENT IV 375
mastères et des hôpilaux et mettra des chevaliers à la disposition du pape. »
Ces préliminaires étaient tout à l'avantage du Saint- Siège !. Non seulement ils reconnaissaient la toute-puissance du pape dons les affaires ecclésiastiques; ils l'affermissaient, comme prince temporel, dans ses possessions italiennes longtemps discutées; ils l’acceptaient pour arbitre; ils imposaient encore à Frédéric des satisfuctions: significatives et amnistiaient les partisans de l'Église. En retour, Frédéric serait absous, relevé de l'excommunicationà laquelle il restait soumis jusqu'au jour de la réconciliation,
Les plénipotentiaires de Frédéric avaient longtemps discuté. Is y avaient consenti enfin. Contre toute attente, Frédéric accepta et, le jeudi saint (31 mars 1244), en présence de l'empereur Beaudoin de Constantinople, des sénateurs de Rome et du peuple romain, sur la place de Saint-Jeande-Latran, les plénipotentiaires impériaux signèrent et prétèrent serment. Les articles du traité, copiés à un grand nombre d'exemplaires, furent aussitôt débités à la foule par des crieurs au prix de six deniers. Le pape prêcha dans la ville devant la multitude, en nommant Frédéric « fils dévoué de l'Église et prince catholique, devotum filium et eatholicum prineipem. n On célébra les fêtes de Pâques avec une grande joie à Rome, et la parole « Je vous donnema paix, je vous laisse ma paix,» retentit promptement en France et en Allemagne et parut une réalité.
On était loin de là. On s'en aperçut lorsqu'on arriva à la mise à exécution des articles préliminaires, Il faut dire: que, en général, la rédaction de ces articles était assez
année 1244. — Huill. Br., VI, 1168, 69, 70, — Lt
vague. Beaucoup de personnes ou de calégories de personnes étaient implicitement comprises dans ces amicles, sans être explicitement et précisément nommées, et un certain nombre de conditions d'exécution des arlicles n'avaient point été réglées. Par exemple, les prisonniers el rebelles lombards étaient bien compris dans les amnislies que l'empereur devait prononcer, mais l'empereur voulait astreindre ces personnes au:serment de fidélité qu'elles lui devaient, préalablement à leur libération ou à leur amnistie.
Dans sa pensée, il ne devait faire aucun sacrifice des droits impériaux qu'il avait sur les Lombards, tandis que le pape
prétendait au contraire rester encore arbilre et juge desrap-
ports de l'empereur avec ceux-ci ;ce que Frédéricne pouvait admettre sans réserve. Pour les terresde l'Église, lepapeen voulait larestitution pure et simple, tandis que Frédéric y prétendait sauvegarder son honneuret ses droits, aumoins comme bailli, adoocatus. Enfin l'époque de l'absolution de Frédéric par le pape n'ayant pas été fixée, elle était remise après satisfaction des griefs dont le Saint-Siège avait à se plaindre ; et Innocent IV différait de dresser la liste de ces griefs, qu'il ne connaissait pas tons encore, À chaque pas on se heurtait à des difficultés que les plénipotentiaires pas raissaient avoir éyitées pour arriver au but.
Frédéric I, alors à Terni, demande au pape de yenir s'établir dans une ville-voisine, où les conférences pours) raient être suivies de plus près, où même ils pourraient se rencontrer; et, en attendant, iloffre de convertir les:préliminaires:en paix définitive avec le cardinal de Porto, qui avait toujours montré des intentions conciliatrices. Innocent pros met de se rendre bientôt à Narni et envoie le cardinal de= mandé, On serre de près lesquestionsetelles paraissentplus épineuses. Frédéric, quine voulait plus accorder aux Lom=