FUITE D'INNOCENT 1V A GÊNES ET À LYON
bards les conditions de la paix de Constance, faite, selon les princes, « au préjudice évident des droitset de l'honneur de l'empire, » consent à s'en remettre à l'arbitrage du pape, mais sur les bases posées avant ou après la bataille de Corte- Nüova, et à la condition que le pape se déclare libre de tout engagement vis-h-vis de ln célèbre ligue. 11 offre de restituer les terres de l'Église encore occupées par ses troupes, mais en obtenant la fixation des droits et services qu'il possède sur elles comme émpereur, et il demande à Tonocent, afin de le séduire, la main d'une de ses nièces pour son fils Conrad.
Les actes des deux adversaires respiraient moins la paix que leurs paroles, Déjh le pape écrivait, le 20 avril, au land grave de Thuringe, Henri, régent de l'empire, mais pratiqué sous main par l'archevêque de Mayence, que Frédéric IT, « aimant mieux manquer à son serment que de le Lenir #, refusait d'exécuterlesarticles des préliminaires ; il nommait ce prince comte palatin de Latran, et, dans une lettre arrivée jusqu’à nous, il l'exhortait « à accomplir promptement l'affaire commencée par l'Église à l'honneur de son nom. » L'empereur, au grand mécontentement du pape, donnait en fief à ses anciens partisans, les Frangipani, la moîtié du Colisée avec le palais attenant. En son nom déjà on se soulevait à Rome, Le pape et l'empereur se disputaient la nomination du préfet de Rome et l'investiture desfiefsromains. Le28 mai, la nomination de douze cardinaux pour com- Plétér enfin le collège annonçait peut-être quelque chose de nouveau. On sut bientôt à quoi s’en lenir.
Le 7 juin, Innocent quitta Rome et se rendit non à Narni,
4 Perts, Leges, 11, 346. — 11. B., VI, 189, 190 : Flegit resilire potius quam parere, adimplendo quod sibi mandavimus renuendo.
8 L'EMPEREUR FRÉDÉRIC Il
mais dans la place-forte de Civith-Castellana. De Ià, le 9, il donne de pleins pouvoirs au cardinal de Porlo pour en finir avec la paix. On était dans l'attente ; mais, dix jours après, le 29 juin, Innocent se transporte de Cività-Castellana à Sutri et là, de nuit, sous l'armure et sur la monture d'un chevalier, accompagné de son neveu, un cardinal récemment nommé, de Nicolas de Curbio, qui devait être son biographe, et de quelques serviteurs, il traverse à franc étrier un pays de montagne, sans chemin frayé, arrive à Cività- Vecchia, et y trouve à pointquelques galères gênoises. Il s'y embarque avec plusieurs cardinaux qui s'y étaient rendus; et on apprend bientôt qu'il est arrivé dans sa ville natale, à Gânes, où grands et petits, comme s'ils élaient aux nues (ad astra), l'avaient reçu avec une joie délirante, en criant avec le Psalmiste : «Nous sommes libres ; notre âme s'est échappée comme un oiseau des rets du chasseur. ». ?
Innocent IV, décidé à convoquer un concile ailleurs qu'à Rome, pour que la réunion n'en pôt être empêchée, comme sous Grégoire IX, avait, depuis dix-neuf jours, envoyé ua moine franciscain demander au podestat de Gênes de mettre des navires à sa disposition. Aussitôt qu'il avait appris qu'ils étaient arrivés à Civilà-Vecchia, il avait été en toute hâte s'y embarquer, Mathieu Paris seul rapporte (etil était loin des événements) que Frédéric IL avait envoyé deux cents cavaliers dans la contrée pour enlever le pape: Toujours esl-il que, ayant confié sa fortune à la mer plutôt que celle d'un concile convoqué, Innocent IV, sauvé par um orage, qui le déroba à l'amiral impérial Anselme de Mari, en vue de Capraia et ensuite de Porto-Venere, était arrivé sain et sauf à Gênes. « Quand, au jeu d'échecs, » s'écrit Frédéric, « je fais le pape mat et lui prends uné tour, arrivent les Génois qui bouleversent le jeu! » 11 envoya le