SIÈGE DE COLOGNE
plis, celui-ci commençait à plier et ne combattait plus que pour couvrir sa retraile et avoir de meilleures conditions. « Philippe, disait-il, connaît la vérité catholique : sapit catholicam veritatem. » Son langage sur les rapports de l'Église et de l'État n'était plus aussi fier, « Il est nécessaire, » écrivait-il, «que le sacerdoce et la royauté soient unis; c'ést pour cela que Moïse donne à la royauté le nom de sacerdotale et Pierre au sacerdoce le nom de royal. » Ce schisme dans l'empire avait d'ailleurs amené, multiplié des schismes ecclésiastiques ailleurs qu'à Cologne et à Mayence; il ébranlait et compromettait l'autorité pontificale, la foi, au moment où l'hérésie, « monstre à plusieurs têtes, » selon l'expression de Rome, « levait çà el là ses crêtes. » Il n'y avait plus aucune sécurité sur les routes. Les seigneurs châtelains se faisaient brigands et pillaient les couvents et les églises; les moines et les prêtres s'enfuyaient, emportant les vases sacrés. Les évêques élus n'élaient point consacrés ; ils se contentaient d'avoir leurs fiefs, et comme on avait besoin d’un homme puissant, c'était un fils de famille qu'on élisait, Le poète Walterde Vogelweide disait « que Les prêtres prenaient la cape pour escalader le paradis. » La lutte du sacerdoce et de l'empire devenait une sorte de querelle entre clercs et laïques. On écrivait à Cologne, en 1206, un dialogne curieux entre un laïqne etun clerc, où le laïque disait, en faisant allusion aux derniers événements qui s'étaient passés dans la ville ! : « Pourquoi nous, pécheurs, l'emportons-nous maintenant; et pourquoi vous, les justes, êtesvous vaincus? C'est que vous ne jugez pas bien, fils des
1 Dialogues, p. 407 : Laïcus ; Cur nos peccalores ubique prospera= Hiur el vos jusii defioitis? Puto, quod non juste judicalis, filit homi. “um, vos juslos et nos injuslos repulando.
hommes, en vous déclarant vous bons et nous méchants, vous justes et nous injustes. » Et Walter de Vogelweide ajoutait hardiment : « Les prêtres excommunient qui ils veulent et non qui ils doivent. » Sous la pression de cette opinion, bien des évêques se groupaient autour de Philippe, comme autour de la bannière nationale en dépit des admonestalions romaines. Eberhard, archevêque de Salzbourg, en donnait l'exemple. Aussi Innocent commença-t-il à envoyer les pallium aux prélats à qui il les avait refusés ou à recevoir à composition à Rome les évêques quiavaient été élus sous l'influence de Philippe et qui l'avaient reconnu.
Le retour de la fortune en faveur de Philippe avait son contre-coup en Italie. Le frère d'Innocent II, Richard, avait peine à défendre les possessions de l'Église dans Rome et dans la Sabine contre de petits barons allemands, qui lui enlevaient des châteaux forts. Enfin, Naples et la Sicile donnaient au pape de nouveaux soucis. Le récent chancelier du royaume, nommé par Innocent, Gautier de Palesr, personnage ambitieux, qui ne songeait qu'à lui et avait souvent pactisé avec les ennemis du pape, faisait, pour rentrer en grâce, surprendre l'Allemand Diepold de Vohburg le jour où il amenait Lejeune roi à Palerme. Mais le hardi capitaine s'échappait de prison et se remettait des deux côtés du phare à la tête des aventuriers allemands; les flottes gênoises et pisanes, qui soutenaient les deux factions, s'attaquaient sur les côtes et l'anarchie, dans ce pays voué au désordre et aux violences depuis le commencement de la domination allemande, n'avait plus de bornes. Anarchie en Italie comme en Allemagne, te était le résultat de la lutte. Innocent II s’en aperçut lui-même dans un voyage qu'il poussa à Ancône, à Viterbe, à Spolète, où il se fit prêter de nouveau serment par les évêques et les barons et rétablit