‹ Histoire d'AllemagneChapitre 12 sur 150 · INNOCENT TRAITE AVEC PHILIPPE · texte numérisé non relu

INNOCENT TRAITE AVEC PHILIPPE

non sans peine son autorité dans le patrimoiue de saint Pierre, universis fldelibus nostris constitutisper patrimonium Petri. Aussi fut-il le premier cette fois à envoyer une nouvelle légation, à l'abri de toute corruption 1, à Philippe, avec le désir sincère d’avoir la paix.

Les deux négociateurs pontilicaux, l’un, Hugues, de la famille du pape, cardinal d'Ostie, plus tard pape (Grégoire IX}, l'autre, un Brancaleone, Romain, cardinal de Sainte-Croix, avaient à traiter des questions d'ordre différent : d'abord des questions ecclésiastiques: l'excommunication de Philippe, les élections doubles de Mayence et de Cologne ; ensuite les rapports du Saint-Siège et de l'empire en Allemagne et en Italie. Les deux cardinaux prirent avec eux le patriarche Wolfger d'Aquilée et l'archevêque de Salzhourg, Eberhard, personnages aussi conciliants que considérables.

Philippe de Souabe, de Bâle (juin et juillet 1207), avait acheyé de se faire reconnaître par ses vassaux de Bourgogne, les comtes d'Auxerre, de Mâcon, même par le duc de Savoie, et fait prêter serment à Béatrice, la lille de son frère défunt Otton, comme comtesse palatine. Il avait proclamé xille immédiate impériale Strasbourg, dont les bourgeois s'étaient déclarès pour lui en dépit de leur évêque. Il recevait dans cette ville l'hommage du duc de Haute-Lorraine ou de Lothier et la visite d'un de ses vassaux les plus éloignés, Azzo 1 d'Este, marquis de Trévise, qui disposait aussi de l'entrée de l'Italie. La ville de Worms possédait enfin le souverain pour lequel elle s'élait toujours déclarée, quand

À Régist. de neg. imp. : Lettre aux légats : Præserlim cum pro cerlo sciammus vos manus vestras ab omni turpi munere penilus

les négociateurs arrivèrent. Dans ses murs devait se préparer la paix. Il y avait là nombre de prélats, parmi lesquels ceux de Magdebourg, de Passau, de Bamberg, etc. ; nombre de princes, et entre eux le comte palatin Henri, frère d'Otton, les ducs de Bavière, de Brabant, et, parmi les serviteurs particuliers de Philippe, le chancelier évêque de Ratisbonne, Conrad, et le maréchal Henri de Calden.

11 était assez difficile de résister dans les négociations à l'affabilité ordinaire de Philippe, aux grâces de sa femme byzantine, et surtout aux complaisances, aux dons dont ils n'étaient point avares et contre lesquels le pape mettait toujours ses légats en garde. Philippe, d'ailleurs, semblait au comblede la fortune. Il mariait une de ses filles au fils d'Henri de Brabant, un Belge; une autre au fils d'Ottokarde Bohême; ilréservait une des deux dernières au besoin pour Otton IV, cequi l’affermissait dans le royaume, propter quod confortatus est in regno. Lesntgociations commencèrent heureusement. Les deux légats levèrent l'excommunication qui pesait depuis si longtemps sur Philippe et obtinrent de lui une sorte de trêve. IL renvoya l'armée prête à entrer de nouveau en Saxe. [ls auraient bien désiré obtenir la mise en liberté de l'archevêque Bruno. Philippen'y voulut pointconsentir ayant d'être assuré de la renonciation d'Otlonà la couronne. Les négociateurs se transportèrent auprès d'Otton à Brunswick, tandisque Philippe serendait à Nordhausen.Mais Otton les reçutcomme des gens corrompus, qui ne venaient en Allemagne que pour se garnir les mains. Vainement les négociateurs allèrent de la cour brillante de Philippe dans Nordhausen au château presque désert de Harlingsbourg, transmetlant propositions et contre-propositions. A l'offre äu duché de Souabe, du royaume de Bourgogne, d’une fille

INNOCENT TRAITE AVEC PHILIPPE (1207) st

de Philippe en mariage, Olton répondit ironiquement par de plus brillantes offres encore, et jura qu'on ne lui arracheraît l'empire qu'avec la vie. Les légats en référèrent au pape.

Dans l'intervalle, Philippe se fit bien venird'Innocent III. Le patriarche de Jérusalem et le grand maître de l'ordre des Templiers étaient auprès de lui, comme pour montrer à l'Allemagne le dommage que toutes les querelles causaient À la Terre Sainte. Philippe frappa tous les fiefs, biens et charrues du royaume d’une contribution de cinq années en faveur du royaume de Jérusalem. Le pape fit répondre aux négociateurs impériaux que les deux prétendants n'avaient qu'à envoyer leurs représentants à Rome pourse soumettre à son arbitrage, à sonjugement. Résolu, au fond, à obéir au jugement de Dieu, à reconnaître Philippe, il le faisait entre- Noir à celui-ci; car «il travaillerait, » lui écrivait-il, «autant qu'ille pourrait avec l'aide de Dieu (quantum eum Deo possumus)àl'élever au faîle des honneurs. » Il autorisait ses Tégals à lever l'excommunication d'Adolphe de Cologne ct deLupold de Mayence; il mandait ceux-ci à Rome, et ré- <lamuit seulement l'élargissement de Bruno. Ce à quoi il tenaitle plus, aux yeux du monde, c'était à poseren arbitre.

Dans cette même année, Innocent entrait en lutte avec Jean d'Angleterre, à cause de l'élection d'Étienne Langton à l'archevèché de Cantorbéry. Ce roi, allié d'Otton, voulait, Avant lout, être maître chez lui. Refusant de reconnaître Langton, il avait saisi ses biens, maltraité ses serviteurs, et il jurait par les dents de Dieu d'en faire aulant à tous les &vêques d'Angleterre. Innocent ILE, malgré les bons rapports dans lesquels il s'était jusque-là trouvé avec Jean, lançait Vinterdit sur le royaume d'Angleterre même, comme il l’a-

Wait fait autrefois sur le royaume de Philippe-Augusle, Le Tous V. 6

pape croyait que cet arbitrage qu’il demandait en Allemagne relèverait partout son autorité. Heureusement, tout le monde était las de ces longues guerïes civiles (diuturnis bellis fatigati)!. Cette soumission à l'arbitrage pontifical n’était d’ailleurs qu’une formalité. Elle ne coûterait qu’une concession à l’un des concurrents et sauverait l'amourpropre de l’autre. Philippe, le plus assuré du succès, céda le premier. Il envoya à Rome le patriarche d’Aquilée, l'archevèque de Magdebourg et deux de ses ministres porter son consentement. Pressé par ces légats, Otton, dont on demandait la déchéance, ne put refuser d’en faire autant. : Il délégua à Rome ceux que le pape lui désigna 2.

On comprend les concessions du chef de la maison de Souabe. Bien qu'affermie en Allemagne, sa situation n’était pas sans difficultés encore. L'alliance du roi de France, à cause de certains démèlés sur la frontière de l’est et du nord, où l’archevêque de Cambrai. son partisan, fuyait devant les bourgeois soutenus par Philippe, lui manquait. Philippe II Auguste demandait au pape, à qui l’on s’adressait alors en tout et pour tout, l'autorisation de réunir auroyaume de France quelques villes et pays frontières, comme Metz etle comté de Bar. En Bohëme, Ottokar, en enlevant tout droit à sa première femme, fille du margrave de Misnie, répudiée,

et à ses enfants, par le projet de mariage du fils de sa seconde femme, une Hongroise, avec une fille de Philippe de Souabe, pouvait entraîner la défection de ce margrave et

L Chron. Ursperg. : Jam principes diuturnis bellis faligati decreverunt qualenus nuncii millerentur Romam, qui Philippum in graliam summi pontificis reducerent.

3? Regist. de neg. imp., 146: Quibus dedimus pleniludinem poleslatis inter ecclesiam et imperium .êt inter vos el nos pacem et concordiam reformare el periculosam regni et sacerdotii scissuram feliciter restaurare.

Page 1