‹ Histoire d'AllemagneChapitre 111 sur 150 · H.B., VI · texte numérisé non relu

H.B., VI

LES KHARISMIENS EN TEUNE SAINTE 3s1 avaient opposé, avec l'aide des Vénitiens, également con- * traires aux impériaux, la reine de Chypre, Alix, épouse d'un prince français, Raoul, comte de Soissons. Cela n'avait point réussi. Mais les barons syriens el les Templiers, se trouvant, pour ainsi dire, sans maître, avaient cru bon de rompre la trève conclue en Terre Sainte par Frédéric 11 avec le soudan d'Egypte. Alliés avec les soudans de Damas et d'Emèse, ils avaient repris le pays situé en deçà du Jourdain, à l’exception de Naplouse et de Gaza qui étaient aux Égypliens, et ils se vantaient même en Europe d'avoir rendu Jérusalem aux seuls chrétiens. Mais l'illusion avait été de courte durée ; ua malheur plus grand avait affligé la Terre Sainte et la chrétienté.

Le soudan d'Egypte Nedg-em-eddin, irrité de l'alliance des barons avec Damas et Emèse, s’élait adressé à une tribu des Tures du Kharisme, qui, poussés par les Tartares, perturbateurs de l'Asie comme de l'Europe, erraient alors en Mésopotamie. Ceux-ci,au nombre de dix mille, étaient arrivès avec tant de secret et de rapidité qu'ils avaient pénétré à l'improviste par Saphet et Tibériade dans le royaume, Ettrayé, le patriarche de Jérusalem, Robert, ancien évêque de Nantes, avait abandonnë d'abord la ville, dont les murailles n'avaient point été relevées. Mais rassuré, à tort, Îl était revenu avec les fugitifs; en chemin, les barbares l'avaient surpris et massacré avec sept mille chrétiens, hommes, femmes et enfants. La ville de Jérusalem était tombée entre les mains de ces mécréants. Ils avaient inondé de sang le Saint-Sépulcre, bouleversé les tombeaux des anciens rois de Jérusalem et brûlé leurs restes.

Instruit de cette catastrophe, Frédéric IL avait essayé d'apaiser lesoudan d'Égypte, pour éviter de plus grandsmalheurs. Mais les barons et les chefs des ordres militaires, ou-

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bliant leurs discordes, avaient fait appel au soudan de Damas. Comptant surl’arrivée de celui-ci, ils avaient marché de Saint-Jean d'Acre, à travers Ascalon, sur les Kharismiens qui tâchaient de rejoindre les troupes égyptiennes, et ils les avaient rencontrés, le 18 octobre, près de Gaza. Les auxiliaires de Damas s’élaient enfuis au moment du péril, et, après une résistance désespérée, l'armée chrétienne s'était dispersée, laissant une foule de barons, plusieurs évêques ‘et les deux grands maîtres des Templiers et des Hospitaliers morts ou prisonniers. [l y avait là certes de quoi émouvoir la chrétienté, qui redoutait toujours les révolutions de l'Orient et avait encore grand souci du sort de Jérusalem.

Dans les motifs qu'il avait donnés pour la réunion d’un concile, Innocent 1V n'avait mentionné qu'en dernier lieu sa querelle avec Frédéric. Combien il avait cependant celle-ci à cœur ! il l'avait manifesté en citantde vive voix, au milieu d’un sermon, l’empereur à comparaître, soit en personne soit par un représentant, pour rendre compte à l’assemblée de sa conduite et pour lui donner à lui satisfaction. Celui-ci ne s’y était pas mépris. Dans sa correspondance avec les princes d'Europe, il déploraitla catastrophe orientale, et exprimait le désir d’en finir avec les Lombards et avec le pape, pour pouvoir prendre sur ses épaules la « défense de l'empire grec et de Jérusalem et déployer vers l'Orient les ailes de l'aigle impériale. » En cela, cet empereur en même temps roi de Naples, d'Arles et de Jérusalem, beau-père de l'empereur grec de Nicée, allié du Soudan d'Égypte, montre bien qu'il veut faire de la Méditerranée le centre d'une puissance qui étend aussi ses bras, grâoe à l'Ordre Teutonique, jusqu'à la Baltique. Sa politique universelle a la prétention d'embrasser le monde tout entier. C'est pourquoi il appelle toute l'attention des princes qu'il

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