DIÈTE DE VÉRONE
prend pour juges sur sa querelle avec le pape. Il offre de soumettre celle-ci à l'arbitrage des rois de France et d'Angleterre ; mais il les tient en garde contre l'ambition pontificale, qui avait voulu le déshonorer, et il les engage à secouer le joug d'Innocent IV, à soustraire leur royaume à ses exigences financières et aux nominations abusives qu'il faisait de ses créatures aux grandes prélatures. Comme empereur, comme le premier des princes chrétiens, il est le protagoniste dans la lutte du pouvoir lemporel contre le spirituel, de l'État contre l'Église. C'est dans cette vue, pour montrer qu'il avait aussiune partie du monde dans sa main, qu'il a convoqué à Vérone une assemblée politique qu'il espérait bien opposer au concile de Lyon. Aussi, quand le moment de la réunion de celui-ci approche, il y envoie ses deux légistes, Thaddée de Suessa et Gaulier d'Ocra, avec l'archevêque de Palerme, Bérard, pour en appeler, quelque décision qui y soit prise, au fulur pape, à un concile vraiment universel, aux princes allemands et aux rois et princes de la terre !, N'a-til pas aussi, au temporel, une puissance universelle, cosmopolite, et est-il possible de résoudre des questions où la souveraineté politique est également intéresssée, dans une assemblée où les souverains etles princes de l'État ne sont pas tous représentés comme ceux de l'Église?
Mais, laquelle de ces deux puissances, dans l'opinion et en fait, était alors reconnue comme universelle? L'appel fait par Frédéric Il à un concile universel, au moment même où arrivaient à Lyon les prélats qu'Innocent IV avait convoqués, a fait accuser les deux adversaires de peu de bonne foi dans leur lutte. Frédéric, en effet, qui ne veut
4 Voir Schirrmacher, IV, p. 403 et sog. — M. Br., VI, 276.
pas se rendre au concile parce qu'il est cité comme accusé et non convoqué comme empereur, empêche les évêques : italiens et allemands d’obéir à la voix du pontife, et Le pape ne fait guère appel qu'aux prélats de France, d'Angleterre et d'Espagne, dont ilétait sùr. On n'a point trouvé encore, en effet, de convocalion nominale adressée aux évêques allemands!. Ceux qui étaient bien disposés pour Innocent, s'y rendent seuls, comme les partisans de Frédéric se rendent seuls à Vérone.
De fait, le concile de 1245, à comparer avec celui de Latran en 1215, sous Innocent IIT, ne fut point universel. Des prélats allemands, on ne vit arriver que le patriarche d'Aquilée, les archevèques de Cologne et de Mayence, les évêques de Trieste, de Liège et de Prague. Les prélats et abbés français y étaient en nombre et des plus considérables. D'Espagne, il en vint aussi beaucoup, et des sièges les plus importants et en grand appareil. D'Angleterre, quelques-uns, comme l’archevèque d’York et l'abbé de Westminster, arrivèrent en personne ; mais d’autres envoyèrent leurs procurateurs ou se firent excuser. De l'Italie onne vit naturellement que les prélats partisans du pape, entre autres lesarchevêques de Milan et de Gênes. Personne du royaume de Naples, sauf l'archevèque de Bari, Marino, comme négociateur. Les patriarches Nicolas de Constantinople et Albert d’Antioche, et l'évêque Walmrann de Beryte y représentèrent l'Orient. De princes laïques ou envoyés d'États,on y vit Beaudouin, empereur de Constinople, Raymond de Toulouse et Raymond de Provence, les envoyés des rois de France et d’Espagne, deux de Venise ct deux
1 Registre d’Innocent IV, d'un jeune archiviste distingué, M. Elie Berger.