‹ Histoire d'AllemagneChapitre 115 sur 150 · LA THÉORIE PONTIFICALE · texte numérisé non relu

LA THÉORIE PONTIFICALE

ne fait plus de miracles ; maïs les miracles sont pour les Inüdèles etnon pour les croyants. La richesse ! mais c'est l'abus qu'ilen faut craindre et non l'usage. Quoi ! le sucéesseurde l'Apôtre ne saurait juger les rois ! mais ne lui a-t-il pas été dit: Je l'établis au-dessus des peuples et des royaumes pour que tu déracines et que tu plantes! Ce pouvoir, les prêtres de l'Ancien Testament eux-mêmes ne l’ontils pas exercé ? Ceux-là sont vraiment bien incapables de scruter les origines des choses qui prétendent que Constantin aurait remis le pouvoir temporel au siège de Rome, puisque ce pouvoir lui avait été naturellement et nécessairement remis par le Christ lui-même, le vrai roi et prêtre dans l'ordre de Melchisédech. Non ! ce n'est pas seulement une domination sacerdotale, mais une domination royale que le Christ a fondée ; et il n'a pas remis seulement aux mains de l'apôtre Pierre les rênes duroyaume du ciel, mais celles duroyaume de la terre, comme le nombre des clefs le montre bien aux yeux. Le pouvoir du glaive appartient done aussi à l'Église. Elle endispose. Elle ledonne à l'empereur quand elle le couronne pour qu’il en fasse un usage dégitime et la défende. Elle a le droit de lui dire: Remets le flaive au fourreau. »

Arrivée à cetle hauteur, la querelle dépassait la personne des deux rivaux. Elle intéressait la chrétienté tout entière. Aussi l'empereur et le pape cherchaient-ils à gagner l'opinion chrétienne.

- L'empereur envoya au mois d'octobre son grand juge de cour, Pierre de la Vigne,etson clerc Gautierd'Ocraen France, ‘avecune lettre patente adressée au roi et aux barons de ce royaume, pour obtenir d'eux qu'ils entendissent l'exposition de sa eause et des conditions auxquelles il pourrait faire la paix. « Si le roi obtenait du pape le retrait de la sentence

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de Lyon, il lui soumettrait ‘lui comme arbitre la décision de tout et il s'engageait à se rendre en personne, soit seul, soit avec le roi de France, en Orient, pour reconquérir tout l'ancien royaume de Jérusalem ! Louis IX n'’arriverait-il pas à terminer la querelle ? il le priait de ne point être son adversaire et lui promettait l'appui de ses vaisseaux et des provisions pour se rendre en Terre Saintet. En effet, sur l’invitation de Louis IX, le pape, avec douze cardinaux, les patriarches d'Antioche et de Constantinople et plusieurs archevêques et évêques, se rendit à Cluny, où était le roi de France avec sa mère, ses frères et les fils des rois de Castille et d'Aragon. On y délibéra huit jours, mais sans autre résultat que de remettre en mai de l'année suivante une entrevue où l’empereur serait invité à assister.

Cette entrevue n'eut pas lieu. Après s'être soumis à un examen de conscience devant l'archevêque de Palerme, l'évêque de Pavie et trois abbés, Frédéric envoya ceux-ci annoncer au pape qu’il viendrait lui-mème se purger auprès

“de lui de tout soupçon d'hérésie, pourvu que ce fût dans un

lieu convenable. Mais Innocent menaça d’excommunier ces personnages ecclésiastiques pour avoir pris sur eux l'examen de conscience et accepté une procuration de l'empereur. Il ne consentit à recevoir l'empereur que s’il venait Sans escorte armée. Le pape, revenu à Cluny, en mai, déclara qu'après tous les parjures dont le prince s'était rendu coupable, il ne pouvait avoir confiance en lui. « Mais saint-père, » aurait dit Louis IX, selon Mathieu Paris, « n'estil pas écrit dans l'Évangile qu'il faut pardonner septante, fois sept fois à ceux qui se repentent!»

Louis IX devait essayer encore une fois par des lettres

{ Bulle d'or du 22 septembre de Crémone, Math. Paris, 461.

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