‹ Histoire d'AllemagneChapitre 116 sur 150 · INUTILE MÉDIATION DE LOUIS IX · texte numérisé non relu

INUTILE MÉDIATION DE LOUIS IX

personnelles, à la fin de 1246,d8 réconcilier les deux adversaires. Il ne s'agissait pas pour lui de se faire juge de leurs prétentions. 11 s'élevait au-dessus. Regardant du côté de l'Orient abandonné aux Tartares qui s'avançaient, lui déjà croisé, il faisait avec calme les préparalifs de sa première sainte expédition; il montrait au pape et à l'empereur que l'unité des chrétiensélai! la première condition de la défense de la chrétienté. Inutiles paroles et inutile exemple! Innocent IV écrivait un peu plus tard à l’évêque de Strasbourg : « Si la paix doit être rétablie entre moi et Frédérie, c'est que celui-ci ne sera plus ni empereur ni roi, numquam erit eo remanente imperatore vel rege. « Louis IX se contenta donc d'obtenir de l'empereur qu'il prêtat à son entreprise en Orient le concours et la protection de ses vaisseaux et qu'il lui assurât, sur les côtes d'Italie et de l'Asie, des ravitaillements ; il lui promit en relour, s’il faisait des conquêtes, de ne point porter atteinte à ses droits. Frédéric aurait bien voulu entraîner Louis IX dans une alliance plus étroite avec lui. IL lui parlait de défendre la cause des rois et des princes et, par leur union, de s'assurerà tous les deux, dans la paix, l'obéissance de leurs sujets, parce que disait-il, « par une volonté supérieure, la conjonction des grandes planètes exerce une salutaire influence sur les dispositions des corps inférieurs !, » Ces raisons n'étaient pas pour convaincre le souverain qui était à cetle époque la représentalion la plus parfaite de l'idéal chrétien. 11 puisait à d'autres sources les inspirations et les garanties de sa puissance et de sa gloire.

Un pareil conflit entre des prétentions, des deux parts, si

1H. Br, VI, 465, 474, 499 : Cum'salubrem dispositionem tnferio=

rum corporum nulu cœlestis arbitri operelur in tolum equalium conjonclio planetarum.

Le É hd | 398 L'EMPEREUR FRÉDÉRIC II

contraires et si exorbitantes, ne pouvait être tranché que par une lutte ouverte et aux dépens de ces deux pouvoirs. Saint Bernard avait dit,un siècle auparavant, de la papauté : « Elle veut les deux pouvoirs, elle les perdra l’un et l’autre, perdet utrumque, » et un poëte latin de ce temps disait de Frédéric : « Il veut tout, il ne gardera rien !.

« Sed quia lotum vull, oporlet ul omnia perdal »

C'était là la raison du sort réservé aux deux pouvoirs en lutte à la fin du moyen âge. La direction de la grande politique chrétienne, telle qu'on la concevait alors, devait passer, avec saint Louis, de l'empire et de la papauté à la monarchie française.

Lutte de Frédéric IL et d’Innocent IV dans l'empire. — Conspiratiou de Parme. — L'’anti-césar Henri Raspon. — Indifférence des princes ; rôle des villes, — Siège de Parme en Italie. — Fondation et incendie de Vittoria. — Election de Guillaume de Hollande. — Anarchie allemande et italienne (1245-1248).

La. lutte dernière, inévitable, atteignit le plus haut paroxysme de la fureur et bouleversa à la fois l’Italie et l'Allemagne. Frédéric l’annonça en disant : « Jusqu'ici j'ai servi d'enclume ; maintenant je serai le marteau. » Innocent IV dit de son côté : « Nous sommes prêts, quoi qu'il arrive, à souffrir la mort; nous et les cardinaux nos frères,

nous défendrons en combattant la cause de Dieu et de

l'Église, jusqu’au dernier soupir. »

Il n'y avait pas besoin d’excitér beaucoup les passions en

1 Math. Paris, 14246, p. 483.

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