INDIFFÉLENCE DES PRINCES; ROLE DES VILLES
ville de Cologne, en se faisant donner et confirmer ses privilèges des deux mains, garda au moins la neutralité, Mais en revanche, les Hohenstaufen conservaient pour eux, au nord, les cités d’ la-Chapelle, de Trèves ; au sud, celles d'Augsbourg, de Ratisbonne, de Worms, de Spire, d'Ulm, de Reutlingen, de Francfort, de Nuremberg, et quelquefois malgré leurs évêques. La balance était presque égale.
L'anti-césar, Henri Raspon, crut pouvoir commeucer la guerre. Il convoqua une diète à Francfort, qui s'était déclaré pour Frédéric. Dans un manifeste, il annonçait qu'il avait accepté l'empire « pour défendre l'honneur de Dieu et de la sainte Église contre Frédéric, l'ennemi de la Croix. » Auprès de lui étaient les députés des villes lombardes. Le pape Innocent autorisait ses partisans à porter les insignes de la croix et leur accordait les mêmes indulgences qu'aux croisés, Le fils de Frédéric, le jeune roi Conrad, voulut répondre au défi. Avec des chevaliers souabes, sur des barques chargées de provisions fournies par la ville de Worms, ilremonta le Main et dressa son camp près du petit cours d'eau de la Nidda. Henri Raspon vint l'y atlaquer (5 août 1266). Il avail pour cela ses raisons. A peine le combat était-il commencé que deux comtes de Wurlemberg, gagnés par 6,000 mures d'argent venus du pape et par la promesse du partage du duché de Souabe, passérent du camp du roi Conrad, avec deux mille archers, du côté de Henri Raspon. Le fils de Frédéric résista encore avec les mille chevaliers qu'il gardait, en vit tomber six cents, noyer deux cents dans le Main, et s'enfuit avec les autres d'abord à Francfort ct ensuile à Augsbourg. Le vainqueur annonça sa vicloire aux Milanais el aux Génois en leur
disant que « Dieu aidant, il en aurait bientôt fini avec le. père comme avec le fils !. »
L'anti-césar n’alla pas si vite qu’il pensait. Si, après les comtes de Wurtemberg, quelques chevaliers souabes étaient venus augmenter ses partisans à Francfort, les prélats et les évêques du Midi, les princes du Nord ne s'y montrèrent pas plus nombreux. Bientôt même le duc Otto de Bavière,si longtemps indécis, rétablit l'équilibre en faveur des Hohenstaufen en se déclarant pour eux. La mort du duc d'Autriche Frédéric le Batailleur, le dernier prince de la vieille maison de Babenberg, succombant dans un combat livré sur la frontière à Bela, roi de Hongrie, était la cause du revirement de ce prince dont les ennemis des Hohenstaufen espéraient toujours l’appui. En effet le roi de Bohème Wenceslas obtint pour un de ses fils, Wladislas, Gertrude, la fille du Batailleur mort sans enfants mâles. Avec l’aide de la curie romaine et les ministériaux autrichiens, il espérait recueillir le riche héritage des Babenberg. Mais il ne pouvait êtreindifférent au duc de Bavière de voir le Bohémien en Autriche. Menacé, celui-ci se décida, malgré les efforts de son ancien directeur de conscience, Albert de Beham, à donner sa fille Élisabeth au roi des Romains, au fils de Frédéric. Le mariage fut célébré le 1° septembre 1246 à Vohbourg, pres d’'Ingoldstadt: et Conrad, avec sa nouvelle épouse, au château alsacien de Trifels, reçut des mains de la veuve du fidèle échanson impérial, Philippe de Falkenstein, les insignes de l'empire. Il pouvait faire tète à ses ennemis.
Vainement l'infatigable Albert de Beham essava-t-il
{ H. Br., VI, 442: Speramus in Domino quod contra patrem ejus trumphabimus.