INNOCENT TRAITE AVEC PHILIPPE
même du landgrave de Thuringe. Enfin, l'archevêché de Brême vacant, disputé par deux compétiteurs, devenait l'occasiond'un nouveau conflitentre Philippeet Waldemar Y, tout-puissant à l'embouchure de l'Elbe. Sollicité par Oltokar, par les deux élus à Brême et par les deux souverains, Innocent HI avait encore à se prononcer sur ces conilits. Tant deconflits politiques et ecclésiastiques à examiner, à juger,etoüilnes'agissait pas seulementd'afairesreligieuses, mais de fiefs, de territoires, de puissance politique! Quel fardeau l'opinion chrétienne peut-être autant que son ambition faisait-elle peser sur Innocent III ! 11 reçut l'ambassade de Philippe de Souabe, leS mars, à Rome. Les ambassadeurs d'Otton 1V, du duc de Bohème, de Philippe-Auguste s'y trouvaient également. Innocent, avec un grand sens, laissa au roi de France la responsabilité de décider lui-même si sa prudence royale jugeait utile à lui ou à son royaume de mettre la main aux affaires de l'empire. La répudiation que le roi de Bohème avait faite de sa première femme, fille du margrave de Misnie, et son second mariage avec la fille duroi de Hongrie, touchaient à bien des intérêts divers, bohémiens, hongrois, allemands. Le pape ne prit que des mesures dilatoires dans les affaires politiques ou privées. Pour les nflaires ecclésiastiques, il fut plus net. Dans l'affaire de Brême, il approuva le choix du favori danois dans cet évèché autrefois tout allemand, A Cologne, Adolphe de Berg fut sacrifié, malgré l'amende honorable qu'il fit à Rome ; et l'élu d'Olton IV, Bruno, fut reconnu. Lupold, l'élu ottonien de Mayence, au lieu de venir à Rome s'humilier comme son collègue de Cologne, excitait en passant des troubles à Sienne; il fut privé non seulement de Mayence, mais du siègeëpiscopal de Worms; qu'il avait précédemment; etSiegfrid d'Eppstein fut décidément installé dans l'archevêché.
Il n'y avait plus à décider que la grande affaire de l’empire. Les circonstances venaient d’applanir les difficultés. Le pape s'était surtout opposé à Philippe de Souabe, par crainte qu'il nejoignîtà l'empire le gouvernement de Naples et de la Sicile. Or le jeune Frédéric-Roger approchait de sa majorité. L'évêque de Mazzara partait alors pour aller chercher en Espagne la princesse Constance, sœur du roi Pierre d'Aragon, destinée au jeune roi de Sicile. Philippe ne faisait aucune difficulté de laisser ce royaume méridional à celui qu'il avait d'abord même voulu créer empereur. La posses-. sion des Marches de Toscane, d'Ancône et de Spolète, disputées depuis Henri VI entre l'empire et la papauté, était une autre difficultté. Bien que, sur ce sujet délicat, les négociations aient été fort secrètes, il y a lieu de supposer que les deux contraclants avaient ménagé un mariage entre le neveu du pape, fils de Richard son frère, et l’une des filles de Philippe. Le jeune couple, qui eût réuni le sang italien des Segni au sang allemaud des Hohenstaufen, devait avoir le marquisat de Toscane !. Ce n'était pas la première fois que Philippe avait fait une semblable proposition à la cour de Rome, et le politique InnocentIll, qui avait mis sa famille au service du Saint-Siège, n’élait pas éloigné de donner ce premierexemple de népotisme, quoiqu'il ne fût pas encore dans les habitudes de la papauté de sacrifier l'Église à desambitions de famille. On espérait désintéresser Otion IV en lui offrant l'expectative de la succession de Philippe et une de ses filles. A ces conditions (pacis forma expressa), Innocenlpro-
1 Chronic. Ursp., éd. 1569. p. 110: N'obis relulerunt viri veridici : promittiltur Papæ quod filiu regis dabetur in uxorem filio fralris sui Richardi. Nec slatuit papæ repelere lerras in Tuscia et Spolelo et Marchia Anconitana, sperans quod in poleslalem nepolis sui propler prædiclas nuptias possent devenire.