SIÈGE DE PARME, ÉLÉVATION ET INCENDIE DE VITTORIA
des partisans du pape. Frédéric pouvait perdre avee Parme tout Le nord de l'Italie. I revint furieuxde Turin, à la têtedes troupes dont il disposait ; il rappela ses fils Enzio, le prince d'Antioche avec leurs hommes, les chevaliers gibelins, qui quittèrent leurs châteaux, les podestats des villes fidèles de Pavie, Bergame, Modène, Reggio, de la Toscane, même des chevaliers bourguignonsetnapolitainset autres. pourréduire Parme. Ce n'était pas une nation, mais une masse de peuples sous laquelle il voulait écraser la ville rebelle. « IL y avait des Apuliens, des Grecs, des Siciliens, des Calabrais, des Sarrasins, près de trente-cinq mille hommes », dit un chroniqueur du temps.Tandis que, de son vaste camp dresséau sud de Parme, Frédéric dominait toute la contrée et ravageait le territoire ennemi, Enzio et Eccelin arrêtaient tous les secours qui voulaient arriver. Bientôt la famine se déclara dans la ville. On y vivait de pain fait avec de la farine de lin et de racines. Mais les frères mendiants parlaient sans cesse de l'arrivée de secours: on résistait. Des deux côtés les atrocités ordinaires à ce lemps n'étaient point épargnées. L'hiver approcl Frédéric, pour montrer que le siège ne serait point levé jusqu'à reddition, ordonna d'entourer son camp de fossés etde murs, à l'intérieur fit percer des rues, ménager un marché, bâtir des maisons, commencer des églises, La nouvelle ville, consacrée à saint Victoret appelée Vittoria, remplacerait Parme condamnée à la ruine. Une flotte de secours, partie de Mantoue, était attaquée par les impériaux coulée à fond, et ses soldats et marins noyès el pendus au nombre de trois mille,
La mort de Henri Raspon, la détresse de Parme ne découragèrent pas Innocent IV. En Allemagne il donna au robuste légat, qui défait avait laissé la place, un successeur dans le cardinal Pierre Capocci, afin de faire procéder à une nou-
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velle élection impériale et, en Italie, il écrivit aux Milanais: , « Que la mort de Raspon ne vous décourage pas. » L'intré- : pide pape avait raison. Le cardinal Capocci, après avoir en vain sollicité plusieurs princes à succéder à Henri Raspon, décida à force d'argent un jeune homme de vingt ans, Guillaume, comte de Hollande, neveu du duc de Brabant, à tenter de nouveau l'aventure. Le 3 octobre 1247, une assemblée tenue à Neuss, composée surtout de prélats des contrées du Rhin, de Cologne, Mayence, Liège, Munster, Trèves, Wurtzbourg, Spire, Strasbourg, du duc de Brabant et du comte de Gueldre, élut ce jeune homme. Quoique la plupart des princes laïques, ceux de Saxe, de Misnie, de Brandebourg, de Bavière, etc., n eussent point pris non plus part à l'élection, c'était encore une compétition sérieuse.
En Italie, une catastrophe plus sensible à Frédéric! Le 18 février 1248, les Parmesansetsix cents soldats mantouans, qui étaient dans leurs murs, profitent de la diminution de la garnison de Vittoria, de l’absence du marquis de Lancia, atliré ailleurs avec ses troupes, et de celle de Frédéric parti en chasse ; ils sortent de la villeparla porte Saint-Pancrace au nombre de quatorze cents. Arrivés sous l’étendard de la Vierge Marie devant les palissades de la ville improvisée pour leur ruine, ils lesfranchissent, mettent le feu aux maisons de bois, tombent sur leurs défenseurs surpris, en tuent quinze cents et parmi cux le juriste Thaddée de Suessa, poursuivent les fuyards au milieu des rues enflammées et ramènent une foule de prisonniers avec le sceau impérial, la couronne ornée d'or et de pierreries de Frédéric, son trésor, son harem, tombes entre leurs mains! Averti, Frédéricne revient sur son cheval, qu'il appelait Dragon, que pour contempler son orgueilleuse Vittoria er cendres, ramasser les débris de son armée dispersée et s’en retourner
a" ÉLECTION DE GUILLAUME DE nofaSDES g 409 » à Crémone, Les vainqueurs mutilent le cadavre de Thaddée de Suessa, son serviteur, et, en chantant un cantique de délivrance improvisé par un clerc en l'honneur de Marie Libératrice, promènent triomphalement par leursrues redevenues joyeuses un pauvre bancal, coiffé de la couronne impériale, sous le drapeau de l'étendard gibelin de Crémone. trouvé aussi dans le butin.
L'élévation de Guillaume de Hollande au nord des Alpes et la chute de Vittoria au midi, en même temps, donnent le double signal de la décadence de Ja puissance de l'empire et de l'empereur, du démembrement féodal définitif de l'Allemagne et de la délivrance de l'Italie du joug allemand.
Comme Henri Raspon, le nouvel élu put se convaincre assez promptementque, l'empire devenant cosmopolite, il n'y avait guère place, comme autrefois, en Allemagne pour un anti-césar sérieux, puisque l'empereur lui-même, emporté par ses rêves romains de domination universelle et surmené par sa lute contre la papauté, restait si loïn d'elle. Al était facile par cela même sans doute à un anti-césar de se faire élire. Mais il rencontrait beaucoup d'indifférents. Parmi les princes laïques du Nord-Est de l'Allemagne qui n'avaient pas plus assisté à cette seconde anti-élection qu'à la première, le margrave dé Misnie, le duc de Saxe, le due de Limbourg restaient fidèles aux Hohenstaufen comme Olion, duc de Bavière. Benucoup d'autres, insoucieux et laissant le Hollandais jouer ce vieux rôle d'anti-césar, régardaient la lutte se passer au-dessus de leur tête sans s'en mêler. La pression exercée par le pape, au moyen des dominicains et des franciscains, sur l'Église allemande, et la disposition abusive des ressources de la puissance impériale, au risque de les épuiser, faisaient la seule force de Guillaume de Hollande; et cela ne suffisait pas à augmenter beaucoup ses
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partisans. {nnocent IV déclarait les évèques de Freisingen et de Passau « des enfants perdus pour l'Église », sans les ramener. Guillaume de Hollande accumule les privilèges sur les plus puissantes et les plus petites villes de la région du Rhin, sur Cologne, Mayence, Boppart, Kaiserswerth ; celles-ci recevaient volontiers, mais c'était tout.
L'argent ou les privilèges prodigués aux laïques, les bénéfices et les prébendes aux clercs, l'intrigue partout étaient plus employés dans la lutte d'ailleurs que les armes: c'est avec cela surtout que les deux rivaux se disputent,
Guillaume de Hollande gagne ainsi en Franconie lescomtes de Leiningen, de Katzenelenbogen, etplus au sudenSouabe, les comtes de Wurtemberg, de Urach-Friburg, le margrave de Bade, les comtes de Waldbourg, de Justingen, de Pappenheim, et, grâce au pape, l'évêque de Constance et les abbayes de Saint-Gall, de Reichenau, d'Ellwangen. Mais les Hohenstaufen gardent pour eux, dans ces deux provinces, les comtes de Hohenfels, de Habsbourg, d'OŒEltingen, de Geroldseck et surtout les villes, entre autres celles du moyen et du haut Rhin, comme Worms, Spire, Brisach, Mulhouse, Schaffouse et plus loin Berne et Zurich. Les bourgeoisdeces villes exaspérés contre les clercs, qui soutenaient Guillaume de Hollande, se détachaient d'eux. A Ratisbonne celui quise montrait dans les rues, portant sur ses habits le signe dela croisade prêchée contre Frédéric, était livré aux tourments et à la mort. A Eichstadt les habitants enterraient eux-mêmes leurs morts au son destrompelles et élisaient un laïque pour évêque. Des hommes inconnus parcouraient l'Allemagne et en pleine chaire traitaient le pape et les évêques de simoniaques, d'hérétiques, incapables d'accomplir le mystère de l'Eucharistie; ils conjuraient « les princes justes et bons