LUTTE DE FRÉDÉRIC 11 ET D'INNOCENT IV À NAPLES
vicarius seu minister est, 1| n'entendait pas que ses sujets fussent privés, pour cause d'interdit, de la célébration des offices ; il obligeait les prêtres à dire publiquement la messe et à conférer les sacrements. Lui-même, il donnait l'exemple d'yassister fréquemment. C'était l'application de la doctrine que Frédéric affichait dans les circulaires qu’il adressait aux princeset où il se plaignait de l'absorption successive par le pontife romain des royautés européennes «devenues, disait-il, en Suède, en Danemark, en Angleterre, en Aragon, les tributaires et les vassales du Saint-Siège. » Le premier, il donnait l'exemple de résister à ces empiètements pour conjurer le triomphe inévitable de la théocratie si l'on ne l'arrêlait pas, comme plusieurs États, parexemple Venise, au xvus siècle, pendant quelque temps, le firent plus tard, Innocent IV comprit le danger et alla droit au but. Encouragé par Guillaume de Hollande, qui, pour lier sa cause à celle des Italiens, proclamait la restitution au Saint-Siège des États de l'Église, Innocent IV, pape et suzerain, en 1248, prend des mesures décisives pour arracher le royaume de Naples et de Sicile à son adversaire et le réunir ainsi à l'Eglise, c'est-à-dire le soumettre à sa souveraineté directe, Il proteste que ce n’est point par ambition, mais pour défendre les libertés des princes contre les usurpations de l'empereur qui voulait'les soumettre tous & son. pouvoir. Le 30août, en effet, le cardinal-légat Stephanus éstrevètu de pleins pouvoirs pour délier tous lessujetsdeFrédériellen Sicile de leurs serments de fidélité, prêcher lacrofsade contre le tyran, en promettant toutes les indulgences aux rebelles, et prendre toutes les mesures nécessaires au résultat à oblenir. Celui-ci déclare donc déchus de leurs dignités, fonctions et bénéfices tous les clercs qui se feront investir par Frédéric et qui prierontou offriront le sacrifice pour lui dans les
églises ; infâmes, illégitimes, privés de leurs fiefs et biens, privilèges et droits civils, tous les laïques, comtes, barons, chevaliers, bourgeois qui s'opposeront aux partisans et à l’armée de l'Église. Ils seront retranchés tous non seulenient de la société religieuse, mais dela société politique !. . Que ceux qui obéiront au pape ne craignent rien ; car il a juré « d’anéantir jusqu'à ses derniers descendants cette race de vipères, qui ne ceindront jamais plus les couronnes impériale et royale. » Enfin,en décembre, par une constitution solennelle, Innocent IV « abolit le concordat réglé par Innocent Ill entre la royauté de Naples et le Saint-Siège, supprime l'intervention de l’autorité civile dans la nomination des prélats, dispense ceux-ci de prèter à l'avenir serment de fidélité au souverain et de répondre en justice, soit au civil, soit au criminel, même quand il s'agirait d'une accusation de lèse-majesté. Les biens confisqués par l’'empereur sur le clergé lui seront rendus, tous les propriétaires ecclésiastiques sont autorisés à fortifier leurs châteaux, à rebâtir leurs villes, à peupler leurs terres sans l'aveu du ehef de l'État. » Ces actes n’enlevaient pas seulement le royaume méridional à Frédéric II au profit du Saint-Siège : ils faisaient de l'indépendance même de l'Église, sous sa main, la base de ce nouveau royaume ecclésiastique.
L'empereur Frédéric répond rudeïent à cette entreprise d’Innocent sur le royaume qu'il prétendait tenir de ses ancétres. Aux mesures prises par le pape, il oppose un redoublement inoui de rigueurs contre le ciergé militant. Ordre est donné de sévir contre les frères prêcheurs, « qui contrefont les anges sous le voile de la religion etse glissent, comme des serpents, pour mal parler et mal faire. » Ceux qui intro-
1 LI, Br., fist. dipl, VI, p. 701.