LUTTE DE FRÉDÉRIG 1 ET D'INNOCENT IV À NAPLES
duiraient des lettres pontificales etqui, sous prétexte de religion, parleraient, agiraient contre Frédéric et s'écarte: raient d'un formulaire rédigé par lui et dont il prescrivit la stricte observation, ne devaient plus être seulement, comme précédemment, enfermés ou expulsés, mais soumis, attachés comme des renards, au supplice du feu, torturis igreis. Le royaume était ainsi soustrait à l’obédience pontificale et séparé en fait de l'unité catholique. Sous peine d'être brûlé vif, il ne fallait plus reconnaître à Naples d'autre chef de l'Église que le chef de l'État. « Comme unautre Elie, » au quel ses juristes aimaient, à le comparer, « expulsant, en émule de la divine loi, de la terre d'Israël, les faux prêtres de Baal, juges prévaricateurs du peuple, dont ils suçaient la substance », il « se vantait de mettre le feu à l'holocauste et de réduire en cendre de son’ souffle impérial la bouffissure de leur orgueil, ad holocaustum tradens et tumescentem añimum in cineres redigens !.»
Voilà où la double lutte d'Innocent et de Frédéric, du suzerain et du vassal, à Naples, pousse le pape et l'empereur. Le premier prétend absorber en lui le droit royal considéré, comme une simple délégation du Saint-Siège; le second s'empare de l'exercice du pouvoir spirituel, pour défendre en lui la royauté, qui, pour lui, est aussi de droit divin,
On a tiré de ces faits, la conclusion que Frédéric voulait faire de l'Église de Naples et de Sicile une Églisenationale, comme il s'en fit plus tard en Europe au xwe siècle. On a été même, en étendant le sens de la querelle napolitaine à toute la chrétienté, en nbusant des expressions dont Frédéric et ses conseillers surtout se servaient au milieu de la lutte, et des accusations exagérées de ses ennemis
“IL Be, LV, p. 118 : VI, p. 173. Consulter le volume si intéressant
de M. H. Br, sur Pierre de la Vigne, p. 214-219, et Pierre de la Vignë, Tous V, 2
“jusqu'à avancer qu'il visait à réunir partout en sa main, comme empereur, le pouvoir pontifical au pouvoir temporel, et à se faire chef de l’Église, pour la réformer, en même - temps que chef d'État, N'est-ce pas prêter à Frédéric If, malgré la hardiesse de son ambition, des idées d’un autre temps? Ce que voulait Frédéric, comme roi à Naples, n'était-ce pas seulement soumettre l'Église et le clergé au pouvoir de l'État et faire entrer les institutions, les possessions etles libertés ecclésiastiques dans le système du gouvernement unitaire et -absolu établi par lui? Il ne redoutait certes pas, pourenarriver 1à, mémé un schisme temporaire. Maffrien de plus; le reste m'était que des'arguments ou des excès de latte, Faut-il voir davantagédans l'ambition de Frédéric, comme ‘empereur, à l'emporter sur son rival et à le soumettre.
Sans doute Frédéric, comme ses prédécesseurs, croyait ou affectait de croire à son droit divin. Comme héritier même des traditionsde l'empire romain, où les césars S'étaient fait adorer, il se proclamait volontiers d'une essence supérieure à celle de l'humanité. Prétendu successeur des
empereurs romains, qui se disaient, même païens, saints et sacrés, ens'adressant à son fils Conrad, il l'appelle « race divine du sang des Césars » : il appelle sa mère Constance diva mater nostra. En parlant de la ville d'Iesi, où ilavait vu le jour, il la désigne par les mots de « terre bénie, de Betbléem'de la Marche d'Ancône ». Ce n'est Ià que l'effetordinaire de l'infatuation que la tradition et l'exercice du pouvoir absolu exercent sur les souverains qui en sont revétus. Quand on s'élève si haut au-dessus de l'homme, on se croit aisément Dieu. La rome impériale et la Rome pontificale, les monarchies asiatiques et même la monarchie française à une certaine époque, ont connu ce délire de la souverainet. Si Frédéric II sent et s'exprime de cette façon suf sa