FRÉDÉRIC A-T-IL VOULU FONDER UNE PAPAUTÉ LAIQUE
personne et sur sa famille, l'enthousiasme de ses conseillers,de ses ministres, de ses flatteurs, parlant à sa personne ou parlant de lui, l'ont naturellement encore dépassé. Pierre de la Vigne désigne l'empereur par les noms de Cesar iste, mirabile lumen mundi et speculum sine ruga . Un apologisle, appliquant à l'empereur un passage de l'Écriture relatif à la venue du Christ, ajoute : « Voilà celui que la droite raison demandait pour chef de la loi, celui que la justice voulait pour défenseur, antistitem. Qu'il vive done à jamais, parmi le peuple, le nom de Frédérie le Saint, et que la dévotion dé Ses sujel$ envers lui s'uceroisse à jamais!» Un prélat écrit à Frédéric que, pour «âller ve seigneur, il marchera sur les eaux ». Un autre; dés rentrer en grâce, lui écrit qu'il est le vicaire, le lieutenantde Dieu. Les adversaires et les ennemis de Frédéric, de leur côté, comme s'ils rivalisaient avec ses ministres et ses Mlatteurs, lui prêtent les projets les plus extravagants, pour le perdre dans l'opinion chrétienne. Déjà Grégoire IX avait dit delui qu'il « s'élevait au-dessus de ce qu'on appelle Dieu, s'érigeait en ange de lumière sur la montagne de l'orgueil, menaçait de renverser le siège de saint Pierre et, se tenanf assis dans le temple, usurpait les fonctions du sacerdoce »4 etl'auteur de la vie de ce pontife insinue que « la fréquenation des Grecs et des Arabes avait fait naître chez lui cette erreur païenne qu'un homme de sasorte s'imaginait étre un Dieu ». Albert de Beham, celui qui souffait Awwguerre en Allemagne contre lui, l'appelle, l'accuse, « nouveau Lucifer, de se laisser baiserles pieds par les prélats et par les clercs et dese faire appeler Saint ». Les expressions de la servilité elcelles de la haine ne peuvent-elles pas se rencontrer cependant sans rién prouver?
Le Br, Hit, dipl. & VD. 113.
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Sans doute cet esprit hardi, ce grand novateur, qui visait à changer le monde pour le dominer, celui que le pape Innocent IV appelait, dans son effroi, immutator mundi, dans sa lutte contre l'Église, eût tenté volontiers de la réorganiser pour la mieux dominer. Exploitant en habile politique le rêve qui travaillait la chrélienté, d'avoir une Église plus parfaite, retrempée dans ses sources primitives et réformée dans ses chefs el dans ses membres, cet ambitieux souverain lui recommandait la pauvreté des premiers jours. Il était choqué, comme beaucoup d’autres alors, de voir les prélals réunir aux fonctions ecclésiastiques la puissance sévulièreetmêmedes habitudes guerrières. Comment, disaitil dans unelettre à Vatacès, l'empereur de Nicée, songendre: «comment des cardinaux, des grands prêtres portent-ils des armes de chevalier, des armes de guerre ? pourquoi l'un s'appelle-t-il due, l'autre margrave, untroisième comte, pour gouverner des provinces? Quoi! celui-ci ordonne une pha= lange; celui-là commande une compagnie! Quoi! ils font la guerre, ils ont armure, lances ét bannières! Ce ne sont pas « des prêtres, mais des loups ravissants ». Depuis sa dépo= sition au concile de Lyon, Frédéric aussi se relâchait de sa sévérité envers les hérétiques,et, sans adhérer à leurs doctrines, il dénonçait les abus que les prélats faisaientdes richesses qu'ils tenaient originairement des puissances sé- . culières; il se rattachait, en l'excitant même sous main, aux désirs de cerlains barons français et anglais de mettre la main sur une partie de ces-richesses, ou au moins d'en disposer. Les barons français n'avaient-ils pas dit qu'il fallait ramener les clercs, « ces serfs enrichis, qui faisaient des dois pour juger les hommes libres, à la pauvreté età la ie contemplative! » Frédéric eût donc poussé volontiers les princes ses contemporains à faire triompher chez eux la