‹ Histoire d'AllemagneChapitre 130 sur 150 · FIN DE FRÉDÉRIC I · texte numérisé non relu

FIN DE FRÉDÉRIC I

il aux Bolonais, « que l'empire soit affaibli : Frédéric Barberousse a semé du sel sur les ruines de Milan. » 1 donne au comte de Savoie le gouvernement de la Lombardie, à l'ouest du Lambro, et celui de l'Est at marquis Palavicini. Son ami et son allié Eccelin, pour le réconforter, eten même temps s'affermir dans la Marche, s'empare de Padoue en épousant la fille de son seigneur, et emporte la forteresse de Montselice, sur le guelle marquis d'Este; il menace de là, avec Palavicini, la Romagne, où Frédérie avait envoyé Gautier de Palear et un autre de ses fils naturels, du nom de Richard. Cependant le cardinal de Montelongo, aidé des Lombards et des Romagnols, s'empare de Modène et occupe avec les siens les passes des Apennins pour empêcher l'arrivée de Frédéric. L'empereur veut donner la main à Eccelin; il nomme le comte de Chieli, sa créature, vicaire général de la Marche d'Ancône, du duché de Spolète et de la Romagne. Résolu à une dernière lutte il avait mis un impôt de trois francs par tête sur les habitants libres de son royaume. Des Lombards guelfes, qu'il avait appelés, débarquaient en Apulie et étaient massés en Capilanate et en Basilicate. Les Sarrasins de Lucera et de Nocera avaient reçu l'ordre de se tenir prêts. Il donnait une de ses filles naturelles, Violante, au comie de Caserle, gouverneur de Sicile. Son gendre, l'empereur de Nicée, Vatacès, lui avait promis des secours, pour le passage desquels il écrivait au despote d'Epire, Michel-Angelo. Des chameaux embarqués en Orient avec de l'or et de l'argent, débarquaient en Apuliet. Avec ces” ressources et avec ces forces, Frédéric comptait se jeter sur les États de l'Église pour forcer Rome, et, de

4 Schirrm., !, IV, p. 333.

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là, vainqueur, en finir avec les Lombards, ses éternels ennemis.

Ce dernier effort impérial, après tant d'autres, aurait-il réussi? L'Allemagneëtait moitiéindifférente à cesluttes lointaines, moitié à unanti-césar. L'Italie étaiten partieexaspérée, en partie lasse de ces luttes. Un gouverneur de la province napolitaine, de Bari, apportantun tribut assez maigre à son maître, qui lui en manifestait son mécontentement : « Cherchezunautre serviteur, » lui dit celui-ci, « le pays est épuisé. » Frédéric II venait d'apprendre la captivité de Louis IX en Egypte, et il avait eu le temps encore d'entamer avec le soudan de l'Egypte une négociation en vue de délivrer ce roi, qui a laissé une gloire bien moins contestée que la sienne; mais, à la fin de novembre 1250, au château de Fiorentino, il fut atteint d'une violente attaque de dyssenterie. Déjà, le 9 décembre, le bruit s'était répandu qu'il était mort. Il se remit; mais, le 12, ayant mangé des poires avec du sucre, il eut une rechute et succomba le lendemain 13, entre les bras de l'archevêque de Palerme, qui lui donna l’absolution, et dans la robe d’un moine de Cîteaux.

Frédéric Il avait eu le temps, le 10, encore en pleine connaissance !, de faire son testament, signé par dix témoins présents. Il y disposait de ses couronnes et biens et y prenait soin de son âme. Son fils aîné, Conrad IV. était déclaré héritier de l'empire d'Allemagne et du royaume de Naples, et, à son défaut, d'abord Henri, fils d'Isabelle, puis Manfred, fils peut-être légitimé de Bianca-Lancia, nommé déjà régent de Sicile au cas où ses frères resteraient en Allemagne. Frédéric, fils de Henri le Rebelle, était nommé duc d’Autriche; Henri, fils d'Isabelle serait aussi roi d'Arles ou de Jérusalem.

UDeitz, Loges, 1, 453. — 1 Br, VE KO,

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Voilà pour les biens de ce monde. Pour le salut de son âme, Frédéric consacrait dix mille onces d'or à la protection de la Terre Sainte ; il rendait leurs biens aux Templiers, restituait leurs droits aux églises de son royaume, abolissait les nouveaux impôts qui y avaient été établis, délivrait ses prisonniers, sauf les coupables de haute trahison. « Pour la sainte mère l’Église », il ordonnait, en empereur qui n'abdique pas, que « tout ce qui lui appartenait fût rendu à celle-ci, mais sous réserve des droits el de l'honneur de l'empire et si l'Église rendait aussi le sienà l'empire, » Il désirait être enterré auprès de son père et de sa mère dans la cathédrale de Palerme. Un dôme de porphyre, supporté par six colonnes, y recouvrit son sarcophage orné d'une couronne de fleurs et d’une tête de lion, avec un anneau dans les dents et aux pieds la croix et la couronne, le tout gardé par deux lions aux longues queues entrelacées el tenant sous leurs pieds de devant un vaincu.

L'empereur Frédéric 11 est de tous les empereurs allemands du moyen âge, celui qui a réuni le plus de couronnes à la couronne impériale et qui, au moinsen apparence et pendant quelques années, a exercé la plus universelle puissance en Europe. C'est cependant le dernier empereur non seulement de la maison des Hohenstaufen, mais de l'Allemagne du moyen âge, et l'on peut direque c’est justement sous lui que s'est écroulé ce grand empire qui unissait, depuis trois siècles, la couronne du roi des Romains au nord des Alpes, à la couronne de fer des Lombards au midi, dans le centre même de l'Europe chrétienne, dont il était comme la clef de voûte, C'est sous ses yeux et presque par son fail même, que le royaume d'Allemagne s'est démembré en petites principautés féodales indépendantes et en cités libres ; c'est sous lui que l'Italie, par une évolution sem-

blable, opérée dans ses provinces, est devenue indépendante de l'Allemagne ; sous lui, que le royaume d'Arles, où il n'avait pas même été couronné, a commencé à s'en déta-

- cher, et que par là s'est dissout l'empire même, dont la mission chrétienne en Europe a passé alors, sous un titre plus modeste et avec moins de prétention universelle, à la monarchie française de saint Louis. Le règne de Frédéric, malgré ses qualités brillantes, malgré son intelligence, son activité infatigables, et peut-être même à cause de celles-ci, explique cette contradiction. Elle n'est pas une ironie de la fortune, mais la conséquence logique et comme la déduetion rigoureuse de l'histoire de ce qu'on a appelé au moyen âge le Saint-empire Romain Germanique.

Dans la pensée du fondateur decetempire, Otton leGrand, et de ses continuateurs, les empereurs ottoniens et franconiens, l'union de l'empire avec la papauté, del'Allemagne avec l'Italie, d'un État germain et d'un État latin, dans: mêmes mains, devait être le ciment même de la puissance impérialegébitélituée ainsi comme la gardienne et la garave tie de l'ufiléchrètienne de l'Europe. La luite sans cesse renaissanié de Pempire et du sacerdoce, de l'Allemagne et. de l'Italie, avec se$ alternatives diverses, qui élevaient ou abaissaien{ tantôt l'une tantôt l'autre de ces deux puissances, avait montré que leur harmonie, sur laquelle eût pureposer en effet l'unité chrétienne européenne, était un idéal qui ne se réalisait qu’à certains moments rares et exception nels. Elle avait duré cependant, à travers combien.de vicis= situdes ! jusqu'aux Hohenslaufen, qui, en changeant, en élargissant les bases fort étendues de a exorbitante, en amenèrent la ruine.

L'empereur Frédéric ler Barberousse avait encore con= servé, malgré son ambition, le double point de vue alle=

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