‹ Histoire d'AllemagneChapitre 132 sur 150 · JUGEMENT SUR FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

JUGEMENT SUR FRÉDÉRIC

par l'Église, mais dans un pays de juristes et de poèles hardis, juriste et poète lui-même, mari dissolu et jaloux, père impitoyable quand on lui résiste et d'un amour sans mesure quand on lui obéit ; intelligence vaste, souple et prompte, volonté ardente et tenace, infatigable dans la latte, ne se laissant ni emporter par le triomphe ni abattre par la défaite; crédule à l'astrologie et indifférent aux religions, sans être impie ; ambitieux sans mesure et politique sans préjugés et sans scrupule, sachant approprier la diversilé des moyens à un butunique et leurusage au temps et aux circonstances ; prodigue de générosilés et cruel jusqu'à la prodigalité des supplices, complaisant aux Allemands, qu'il n'aime pas, et dur aux Italiens, qu'il préfère, aveugle dans sa confiance et impitoyable dans ses méfances, abandonné dans ses amiliés et implacable dans ses haines, Frédéric est plein de contradictions. En politique, à Naples, où il soumet les barons, le clergé, les cités à son autorité, c'est un despote, un niveleur; en Allemagne, où il laisse s'épanouir toutes les autonomies, les nouvelles principautés féodales surtout, laïques et ecclésiastiques, c'éstun souverain bénin; adversaire, partout d'aburd des villes, de ln liberté, « cette plante vénéneuse qu'il voudrait déraciner », ilse radoucit à la fin envers les cités allemandes, qu'ilcomble de privilèges, sans faire l'ombre d'une concession aux villes lombardes, Dans les affaires chrétiennes, chef du Saint- Empire, et adversaire de l'Église, il se contredit davantage encore : il ménage à la fin les hérétiques, les patarins, après les avoir d'abord durement persécutés: il fait de la croisade à Jérusalem une œuvre impériale, malgré le pape même; croisé et excommunié, il délivre la cité sainte, il la protège, s contre les mécréants par ses traités avec leurs soudans, mais en y souffrant leur eulte ; et il établit presque au centre,

JUGEMENT SGR FRÉDÉRIC JT 135 pouvoir royalà Naples fait pour longtemps dé ce royaume un Étatoriginal, indépendant, que d'autres pourrontrecueillir; la lutte, sans trêve ni merci ni concession, de Frédéric contre les cilés et les seigneuries guelles du nord ét du centre de l'Italie, en Lombardie, en Toscane et ailleurs, leur donne une puissance de résistance qui sépare la péninsule de l'Allemagne et constitue l'indépendance de l'Italie. Tandis que l'Allemagne, sentant qu'elle n'est plus la base d'un em pire universel, dans lequel elle ne compte pas plus que la Bourgogne ou telle autre partie encore plus abandonnée de ce vaste et ambitieux ensemble, reste fort indifférente à la lutte litanique de Frédéric 11, et emploie ses forces, dans des querelles en apparence mesquines de propriété, à constituer ses territoires particuliers, l'Halie, elle, fait à l'empire qui a pesé sur son sol pendant trois siècles, avec ses principautés et ses cités rebelles, une guerre au couteau qui constitue l'indépendance commune.

Au nord et au midi des Alpes, dans l'Allemagne et dans l'Italie, trop longtempset contre nature uniés dans un même empire, grâce à l'irrésistible poussée de ces végétations isolées de forces nouvelles qui enfoncent leurs racines dans le sol et qui projettent dans l'air leur épaisse frondaison, se développent deux civilisations, deux nationalités nouvelles, originales, avec leur constitution particulièreet leur langue: l'allemande et l'italienne. Leur force d'expansion fait éclaler la puissance centrale, impériale, qui ne trouve pas un appui chez elles. Frédéric ne recrute guère plus de soldats, à la fin, que dans les ministériaux et vassaux de son duché de

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d'Italie l'abandonnent ; quant ilne perd pas ses plus fidèiés serviteurs, comme Thaddèe de Suessa et Enzio, il prend

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