CHAPITRE XXVI
Les derniers Hohenstaufen et la chute de l'empire !
Le pape Ianocent IV, au plus fort de sa lutte contre Frédéric 11, avait pour but, non seulement la chute de cet empereur; mais, selon son expression, « l'anéantissement de cette race de vipères. » C'était vouloir en même temps, comme conséquence, sinon l'anéantissement du Saint-Empire Romain Germanique, qu’il ne pouvait concevoir, au moins la dissolution de la puissance impériale en Allemagne et la ruine de la dominationallemande en Italie, c'està-dire la désagrégation complète des éléments si complexes du corps germanique, au nord des Alpes, et la délivrance de la péninsule au midi. Innocent espérait élever sur ces ruines la puissance de la papauté et de l'Église; cette race de dominateurs éteinte et cette puissance temporelle rivale tombée, le pape se voyait déjà maître dans ces deux pays.Il croyait pouvoir disposer des pelites mais nombreuses puissances écclésiasques, évêchés et abbayes, pourvues de ses créatures obéissantes ; les petites principautés ou seigneuries laïques ne pourraient plus résister à son autorité représentée par un éMpereur qui serail sa créatureet son premier esclave,
4 Voir, pour ce dernier chapitre, Schirrmacher, Die lesten Hohen= staufen; Ficker, duns les Mittheilungen der Institut für Œsterr= Geschichte, t. XII. Mon. Germ., t. Xxÿ
Héritier de la souveraineté qu'il subjuguait, il rêvait à son tour, la totalité et l'universalité de la puissance. C'est pourquoi [a mort de Frédéric IT était pour lui insuffisante ; il lui fallait l'extinction de sa race, dans laquelle il pouvait retrouver un rival.
Innocent IV ne s’abusait-il pas aussi? L'Allemagne n'avait plus au-dessus d'elle un pouvoir glorieux sans doute, mais qui lui imposait plus de sacrifice qu'il ne lui assurait de protection, et qui, en l’entraînant dans ses rêves de monarchie universelle, lui coûtait beaucoup plus qu'il ne lui rapportait Désormaisindifférente à la chute de l'empire, sans plus se soucier de la papauté qui l'avait aussi plus troublée que servie, ne devait-elle pas, au risque même de l'anarchie, qui ne lui avait pas toujours été épargnée, chercher une compensation à l’unité factice qu’elle perdait, dans l'affermissement, la croissance et l'expansion deses forces individuelles et &tonomes ? L’essor de ces principautés laïques et ecclésiastiques, maintenant indépendantes, de ces cités industrieuses et commerçantes se gouvernant elles-mêmes, de tout cemonde nouveau, né de la dissolution de l’ancienne constitution impériale, ne répondait-il pas à son vrai génie national ? et l'Italie, délivrée de Ja domination germanique, aussi peu disposée à subir à sa place la domination pontificale qu'elle avait eue pour ennemie ou pour alliée, n’allait-elle pas, dans une indépendance commune, consolider aussi les libertés particulières de ses riches et puissantes républiques ainsi queles puissances autonomes des seigneuries de ses familles princières, nées les unes et les autres de la lutte commune contre l'étranger et contre l'oppresseur ? Dans les deux cas, la papauté trompée dans ses calculs, ne verrait-elle pas tomber dans d'autres mainsles dépouilles impériales qu'elle prétendait recueillir ? Entrainée dans la chute d'une puissance qui l'avait sans doute