‹ Histoire d'AllemagneChapitre 134 sur 150 · CÉSAR ET ANTI-CÉSAR · texte numérisé non relu

CÉSAR ET ANTI-CÉSAR

combattue, et voulu subordonner, mais qui l'avait aussi souvent soutenue, protégée et associée à sa fortune, serait elle toujours ce qu'elle avait été auparavant ?

Sans poursuivre encore l'étude de toutes ces conséquences !, nous nous bornerons, dans le dernier chapitre de ce volume, à exposer jusqu'à la fin la destinée des derniers descendants de Frédéric Il et les progrès de la dissolution de la puissance impériale du moyen âge, à la veille de ce qu'on a appelé le grand interrègne, pendant lequel la vieille Germanie, dont nous avons fait l'histoire depuis son origine, ent des souverains qui ne résidèrent pas chez elle et attendit d'autres dynasties et d'autres destinées dans l'histoire moderne.

César et auti-césar, Conrad IV et Guillaume de Hollande, — Retour d'Iunocent IV en ltalis, —Lés commencements de Manfred, — Expédi- Hlonet mort de Conrad IV à Naples (1250-1256).

Frédéric IT laissait, en mourant, une nombreuse et vaillante lignée, légitime et naturelle; il en avait par teslament règlé la situation pour continuer la lutte et soutenir son œuvre. C'était, d'abord comme enfantslégitimes, Conrad 1V le fils de sa seconde femme Yolande, roi des Romains, auque ? il voulait laisser, en vertu d'une union personnelle, l'Alle-

magne et le royaume de Sicile ; à son défaut Henri, fils de

sa troisième femme, Isabelle d'Angleterre, lui était substitué; enfin, un fils ‘de Henri le rebelle, Frédéric, serait e

1 Ce sera l'objet de notre prochain solume die l'Histoire d'A llemagn qui traitera du grand interrègne, du morcellement, de la décomposilion du royaume allemand et de la dynustie de Hnbsbourg.

Towe V mn]

450 CONRAD IV ET GUILLAUME DE HOLLANDE (1250-1256) pourvu du duché d'Autriche. Comme légitimés ouillégitimes, Manfred, fils de Bianca Lancia, était désigné comme viceroi de Sicile, prince de Tarente, pendant l’absence de Conrad; Enzio, prisonnier des Bolonais, était perdu pour sa famille; Frédéric d'Antioche était podestat gibelin de Florence. Il y avait là des rejetons à donner de l'occupation au pape.

Après avoir jeté un cri d'enthousiasme : « Que le ciel et la terre se réjouissent, l'orage s’est changé en rosée! » Innocent IV, de Lyon, ne perd pas un instant pour disputer l'empire, l'Allemagne et l'Italie, aux enfants de son ennemi. L'anti-césar, Guillaume de Hollande, sa créature, accompagné de l'archevêque de Trèves, était venu lui rendre hommage à Lyon. Il avait été reçu avec apparat par le pape, dont il tint les étriers. Mais Innocent IV le renvoya en Allemagne pour continuer son rôle en lui donnant pour l'aider le cardinal-légat Hugues et un frère prêcheur, Guillaume de Cyka, chargés d'organiser la croisade contre l'excommunié Conrad IV, avec les mêmes indulgences que pour une expédition en Orient. Lui-même, il envoya l'archevêque de Bari comme légat dans le royaume de Naples, pour ramener celui-ci à l’obéissance, ordonna aux archevêques de Palerme et de Capoue de lui prêter main forte, s'ils voulaient se faire pardonner, et s’apprèta à partir en personne pour l'Italie, où Rome et ses partisans réclamaient sa présencet. Les choses ne devaient pas aller si aisément au gré du pontife.

Le roi des Romains Conrad, traité de « fils d'Hérode » par le pape, se procura en Allemagne 10,000 marcs d'argent en donnant les villes d'Arles, de Besançon et de Lausanne

4 Voir Schirrmacher, Die letsten Hohenslaufen ; Ficker, Mittheilungen für æœsterr. Geschichle.

8 Nicolas de Curbio, Vila {nn.,c. xxx.

HETOUR D'INNOGENT [V EN ITALIE (1251) 45t

en gage au duc français de Bourgogne. Il pouvait compter sur son beau-père Olton de Bavière, sur l'Autriche donnée à Frédéric fils du rebelle Henri. [1 tenait ainsi, avec la Souabe, une parlie du Midi. Le Nord était indifférent. Guillaume de Hollande, avec le seul appui des grands archevêques des bords du Rhin et des vassaux et de ses domaines du Nord- Ouest, ne faisait pas à son retour de grands progrès en Allemagne. En Italie, de tous les fils de Frédéric, celui qui lui ressemblait le plus, au physique et au moral, bon chevalier, écrivain et poète raffiné, cœur honnête, à ce qu'il semble, dévoué à la mémoire de son père, dont il gardait les conseillers, et à sa famille, Manfred, âgé de dix-huit ans, marié alors à la fille du comte de Savoie, demandait à son royal frère, comme au chef de la famille, la confirmation de sa lieutenance à Naples ; et il la méritait !, Grâce à son adresse mélée de douceur et de fermeté, aimant mieux redresser que punir, il maintenait les troupes mercenaires de son père dans le devoir à Troya, empêchait la rébellion d'Andria el de Foggia, et confiait à son jeune frère Henri, fils d'Isabelle, la Sicile etla Calabre, afin deréduire lui même Naples et Capoue, qui, à peu près seules, voulaient tenir pour le pape. Pour Conrad IV et Manfred, dans le nord, Eccelin tenait loujours la Marche de Trévise, Gautier de Paléar, la Romagne, Frédérie d'Antioche, la Toscane, et Oberlo Pal

impérial, menaçait, de Crémone, la Lombardie, toujours en partie guelfe.

Innocent 1V crut sa présence nécessaire sur le théâtre de la lutte. Le 18 avril 1251, après avoir appelé du nom de « ses fs » ies bourgeois de Lyon, au milieu desquels il élait resté six ans, il partit avec sa cour de cardinaux de

4 Nic. de Jamsilla, Hist. M. G., VAT, 499.

Marseille et gagna par mer la ville dévouée de Gênes. Sa rentrée en Italie commença comme un triomphe. Aceueilli avec tous les honneurs par ses compatriotes génois, il reçut dans le palais archiépiscopal les podestats et les envoyés des villes et territoires restés fidèles à l'Église. Sur le chemin de Milan, le marquis de Montferrat, le duc de Savoie, Thomas, beau-père même de Manfred, lui firent d’abord leur soumission. À dix milles de Milan, une procession composée de quinze mille personnes, tant ecclésiastiques que laïques, le reçut et l’accompagna jusqu’au couvent de Saint-Ambroise. Apprenant que Lodi s'était déclaré pour lui, il reprit sa route et tenta, mais inutilement, de provoquer un mouvement dans la Marche de Trévise et de Crémone, par Brescia. Les trouvant inébranlables, il se dirigea sur Mantoue (2 septembre) et Bologne (4 octobre), où il resta peu, partit sans prendre congé pour Faenza, franchit les Apennins et arriva le 5 novembre à Pérouse. Ses adversaires l'avaient laissé passer sans bouger ; et il avait été obligé de payer à ses amis ses réceptions et son triomphe avec forces privilèges et présents. On faisait honneur au pape de retour plus qu'au chef de parti. Innocent IV le sentait, quand il s'arrêta à Pérouse; car i! n'osa pousser jusqu'a Rome : il craignait les anciennes exigences, peut-êlre les nouvelles que pouvaient suggérer sept années d'indépendance à une ville où la cour pontificale s'était fort endettée.

On a le droit de s'étonner que ce retour du pape dans la péninsule ait rappelé de l’Allemagne le roi Conrad IV. Pourquoi laisser derrière lui Guillaume de Hollande sans l'abattre? Pourquoi ne pas porter remède à l'anarchie qui

! Salimbene : Parum fuil cum eis et quasi insalutalo hospite recessil.

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