EXPÉDITION DE CONRAD IV A NAPLES
lemands et aux Sarrasins amenés par Conrad IV qui la menaçait du sac ou du pillage. Mais, lorsque Manfred, avec la flotte de Sicile, eut bloqué le port et intercepté aussi par mer l'arrivée des vivres, Naplesdut se rendre merci. Conrad IV traita la ville en vrai descendant de Henri VI et de Frédéric IL. Elle fut pillée ; tous ceux qui avaient pris les armes mussacrès, les chefs décapités et leurs familles privées de leurs biens ; d'autres chassés, mutilés, dans d'autres provinces. Les tours et les murailles de la ville furent détruites, son université célèbre fut fermée. Conrad IV fit mettre un mors dans la bouche du cheval de bronze qui s'élevait alors sur la place de la cathédrale, avec cette inscription :
Rez domat hune æquus Parthenopæus equum.
Innocent IV allait-ilretrouver devant lui un nouveau Frédéric IL? Efrayé, il se déclarait protecteur de la Ligue lombarde et lui promettait des secours pour abattre Bccelin de Romano à Trévise et Oberlo Palavicini à Crémone. Mais Eccelin multipliaitautourdeluiles supplices etles meurtres, remplissait les prisons de ses ennemis, bravait les anathèmes du pontife. Oberto Palavicini réussissait à tenir la ligue guelfe en respect et obtenait le titre de lieutenant général du Nord. Tous deux juraient de soutenir et de défendre Conrad IV contretous les ennemis de l'empire. Innocent IV était d'ailleurs en Italie plus empêché que secondé dans sa lutte. La ville de Rome, qui avait alors à sa tête le rude sénateur Brancaleone, sous prétexte qu'il n'était pas séant « qu'un pape, comme un maraudeur, qui n'a ni feu ni lieu, errât d'une ville à l'autre !, » obligeait Innocent, après dix
ans de ponlificat et neuf années d'absence, à rentrer dans :
% Math, Paris, p. 862
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ses murs (octobre 1253). Reçu avec honneur, sur l’ordre du sémateur (sic jubente senatore), Innocent IV s'aperçut bientôt qu'il n’était pas plus puissant dans la capitale dela chré- ° tidaté que Conrad ne l'était lui-mêmeen Allemagne. Le sénateur Brancaleone recevait au Capitole les envoyés de Conrad IV et le comte de Savoie, beau-père de Manfred, qui voulait intervenir en arbitre. Les Romaïns n'avaient voulu avoir le pape chez eux que pour lui faire payer ses dettes, et pour lui dicter Fa paix, non pour le secourir.
Innocent IV refusa tout pacte avec le roi des Romains, comme avec son père Frédéric. Abandonné par Rome, par l'Italie, n’avait-il pas d’autres ressources ? Ce royaume dontil était le suzerain, il avait le droit de le transférer à un autre pour l'arracher à l'héritier de cette famille maudite. La mésintelligence commençait à se glisser entre Conrad IV et Manfred. Ceux-ci n'étaient guère faits pour s'entendre. L'un, tout allemand, s'entourait d’Allemands; l’autre, toutitalien, prodiguaitses faveursauxLancia, ses oncles, et plaisait davantage. Déjà Conrad IV avait révoqué une partie des mesures et des faveurs de son frère. Il avait particulièrement enlevé auprince Henri le gouvernement de la Sicile et de la Calabre. Innocent, pour mettre à profit ces querelles, proposa à ce jeune prince de dix-sept ans, avec sa nièce en mariage, la couronne de Sicile. Il aurait satisfait Manfred, qui s’éloignaït mécontent de Conrad, avec la principauté de Tarente. La partie était assez bien liée, Conrad IV s’en inquiétait déjà. 11 manda près de lui son jeune frèreà Melf, où il tenait un parlement. Celui-ci mourut subitement. La mort frappait à coups répétés sur les derniers rejetons de cette famille de souverains. Quelque temps avant le prince Henri, était mort le fils du malheureux Henri le Rebelle, Frédéric, au moment où il commençait à disputer aux rois de
MORT DE CONRAD IV ET D'INNOCENT IV 4ÿT
Hongrie et de Bohème l'Autriche, que Frédérie IL lui avait laissée. Conrad IV perdait presque en mêmetemps son beaupère Otton l'Ilustre, de Bavière, qu'il avait laissé comme régent en Allemagne pendant son absence.
Ce fut alors qu'innocent IV songea décidément à offrir la couronne de Sicile à un prince étranger, ni allemand ni italien. Après l'avoir proposée à un frère du roi de France Louis IX, alors prisonnier en Egypte, auquel la régente Blanche de Castille inter dit alors de l'accepter, il s’adressa au roi d'Angleterre Henri If. Celui-ci était riche, ambitieux, il avait une nombreuse lignée. 11 aecepla pour le second de ses fils Edmond et envoya d'abord au pape ce que celui-ci désirait surtout, beaucoup d'argent. fl ruinait, disait-on, l'Angleterre pour un royaume en peinture. Encouragé par cet espoir, Innocent IV lança (7 février) l'excommunication contre Conrad, en l'appuyant des mémes accusations portées contre son père el aigmentées encore de celle d’avoir fait mourir son frère Henri. Il enveloppa dans la même sentence tous les partisans de celui-ci, fit rédiger et envoyer en faveur du prince Edmond (6 mars) le diplôme d'investiture du royaume de Naples, et, pour être plus à même de lutter, sortit de Rome et se rendit dans les Apennins sur la montagne d'Assise, sanctifiée par saint François, L'Allemagne lui donnait aussi des espérances. Son légat avait fait épouser à l'anti-cèsar Guillaume de Hollande la fille du duc guelfe de Brunswick, et, à la suite de ce mariage, les anciens partisans des guelfes allemands, une partie des princes etdes villes de la basse Allemagne, le margrave de Brandebourg, le due de Saxe, le margrave de Misnie, le roi de Bohème, Brême, Magdebourg, reconnaissaient l'anti-césar Guillaume.
La mort travailla mieux encore pour InnocenbiV que sa politique. Cité à comparaître devant le fape et les cardinaux
pour prouver la pureté de sa foi eLson innocence, Conrad IV, , à force d'exactions, avait rassemblé sous sa main vingt-six mille hommes pour porter lui-même sa réponse. Après avoir rétabli son autorité en Lombardie, disait-il, il passerait en Allemagne et y renverserait l'ombre d'empereur qui y tenait encore le parti de l'Église. Son frère Manfred, malgré ses mécontentements, venait de le joindre à Melfi. Il se mettait en marche, quand la fièvre, qui le travaillait depuis quelque temps, l'abatlit à Lavello, comme tant d'autres de ses compatriotes entraînés par l'ambition ou l’avidité sous ce climat meurtrier, la veille de l'Ascension (21 mai)!, Son corps fut transporté à Messine pour être déposé sous le dôme de la cathédrale auprès de Frédéric IL; mais, le jour de la cérémonie, il fut brûlé dans un incendie qui éclata tout à coup. Cette catastrophe dontses restes furentvictimes a donné lien natu= rellementdès cetempsà des interprétations diverses, comme sa courte existence de souverain, Les historiens favorables aux Hobenstaufen on dit qu'il fut « pleuré par les Teutons, les Apuliens et les Lombards, » qui a'élaient pas du parti de l'Église. Des Allemands qui l'ont vu de près le tenaient pour un prince vaillant, un juge sévère, d'un caractère paisible et‘même aimable. Mathieu Paris confirme ce juge= ment. Les historiens pontificaux et italiens rappellent sa . tyrannie el sa méchanceté (tyrannidem et malignitatem); ils assurent que s'il eût vécu plus longtemps, il eût été pire pour l'Église que Frédéric II 2, Il ne laissait qu'un fils âgé de deuxansque les lialiensontappelé Corradino; celui-ci était alorsen Bavière ;illuiétaitréservéunsortencoreplusfuneste. Innocent IV crut pouvoir profiter de la mort de Conrad IW
4 Nicolas de Jamsilla, #06; Nic. de Curbio, cap. xxxviit 2 Hermann Allah, 1, Ÿ.— Mulespina, 975. — Nic. de Curb., €. xxxt,