MANFRED, ROI DE SICILE
un allié des païens, » qu'il ne voulait pas chasser de Lucera, il parut s'affermir quelque temps dans son royaume et en Italie. Allié des deux républiques de Venise et de Gênes qui avaient des intérêts commerciaux dans son royaume, il séparait sa cause de celle d'Eccelin de Romano, l'allié de son père dans la Marche de Trévise et laissait périr ce monstre, qui inspirait partout l'horreur, au milieu d’un soulèvement général de loutes les villes contre lui, au pont de Cassano. Frappé à la jambe, puis à la tête, d'un coup de hache, il tombait au pouvoir de ses ennemis et mourait en déchirant lui-même ses plaies. La mort de Conrad IV avait rompu tout lien entre l'Allemagneet l'Italie. L'abandon où Manfred laissa Eccelin prouve qu'il n'avait plus souci de disposer de la marche de Trévise, pour aller au Nord. Aimé, admiré même par une partie des Italiens, Manfred voulait seulement faire souche de roi national dans la péninsule. Le temps, pensait-il, l'imposerait à la papauté qui le repoussait. C'ést pourquoi il chargeait en Lombardie le marquis Palavicino, nommé capitaine général, de défendre au nord les villes gibelines, nommait un Gênois, Parcival Doria, dans le duché de Spolète el dans les Marches, et donnait des secours aux exilés gibelins de Florence, pour battre les Guelfes à Monte-Aperti et dominer dans la Toscane, où ils le nommèrent protecteur. En le cernant de tous côtés, Manfred pensait réduire le pape toujours en querelle avec les Romains et errantde Viterbe à Assise. Déjà les gibelinsde Rome, pour donner la main à ceux de Florence, proclamaient Manfred aussi sénateur de Home, tandis que les guelfes proclamaientencette même qualité Richard de Cornouailles. En vue de tous, comptant parmi les rois, dans sa brillante cour de Palerme et dans son royaume du Midi, Manfred n'avait qu'à choisir entre ses alliances. Malgré les efforts du pape, après
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CLÉMENT IV APPELLE CHARLES D'ANJOU ai
du pape de tomber, comme il le disait, deCharybde en Scylla, compromit un instant les négociations. Mais la promesse, faite par Charles d'Anjou, de ne conserver que sa wie durant la dignité de sénateur, détermina la curié romaine à passer outre, et, après la mort d'Urbain IV (septembre 1264), l'élection de son successeur Clément IV entraina la signature (23 février 4265) et l'exécution du traité.
Clément IV était un Provençal, un sujet de Charles d'Anjou, d’abord conseiller de Louis IX, puis archevêque de Narbonne. Tout dévoué à la maison de France, il pressa Louis IX de soutenir l'entreprise de son frère, changea les engagements pris pour la croisade d'Orient en obligation de marcher contre Manfred, ordonna la levée d'un décime sur l'Église et donna hypothèque aux banquiers de Pise, Florance et Gênes sur les basiliques romaines. La politique des grands souverains de l'Europe moderne, qui forment comme son aréopage, a fréquemment, de nos jours, donné, imposé même à certains États le souverain qui pouvait Je mieux convenir à leur intérêt particulier comme à l'intérêt général. La papauté, il faut hien le reconnaître au moyen âge, élait souvent appelée par l'opinion même à jouér ce rôle, à pratiquer cetle politique. Le successeur de Frédéric IT à Naples, fils d’un étranger aussi, soutenu par des soldats étrangers, allemands et sarrasins, ne pouvait-il pas menacer encore de la domination gibe« line toute la péninsule, le Saint-Siège lui-même? L'ambition héréditaire, qu'il représentait, ne l'entrainerait-elle pas un jouf aussi à renouer pour le jeune Conradin et pour Jui l'union de l'Allemagne et de l'Halie ? Héritier de la polis tiqué guelfe de ses prédécesseurs, le Français Clément IV ne trouvait-il pas, en s'adressant à un prince français et à la France, un moyen plus sûr d'assurer au royaume fondé