CLÉMENT IV APPELLE CHARLES D'ANJOU
vendu ses joyaux pour payer les troupes, ayant à ses cô! Robert de Béthune, son gendre, et Traissignies, son connétable, entra en Nalie à la tête d'une brillante armée de vingt mille hommes. Martino della Torre, lenokvean seigneur du peuple à Milan, la conduisit à travers l'Italie jusqu'à l'Oglio, où le marquis Obizzo d'Este, de Ferrare, et le comle deSaint-Boniface, de Mantoue, vinrent la prendre pour la conduire jusque sur les terres de l'Église.
L'histoire s'est plu jusqu'ici à assombrir encore la figure du Français Charles d'Anjou et à embellir celle du fils préféré de l'empereur Frédéric IL. Sans doute Manfred, élevé en Italie, poète et aimable, dépensant avec prodigalité l'argeni de ses sujets et plaisant comme lui à la noblesse par ses mœurs et par ses défauts même, promeltait un roi d'apparence plus avenante. Le frère de saint Louis, au contraire, le dévot, ambitieux et sobre croisé qui avait accompagné
A celhiei en Orient, ne riail jamais, dormait peu et appartela politique qu'aux plaisirs. Son gouvernement, toirefne l'a pas non plus recommandé à la posnfred -cependan tait réellement guère souamdes Allemé recrutaità prix d'argent au Ipes,et parl insde Lucera,qu'ilaugmentait encôre eh en faisant vênir d'Afrique. Moins appliqué, oins politique que son pèré, il avait laissé tomber les intutions dont Frédéric 11 avait doté son royaume, etil avait Sicile et sur le continent les faveurs et les fiefs e, dont il faisait l'ornement de sa couronne et qui le dans son royaume, comme au nord de l'Italie. # a! gouyernement de Charles d'Anjou, après sa victoire, a M surtout it Lort à sa cause devant la postérité.
, us avait chargé une Den sicilienne el pisane de
la fière et courageuse femme de Charles d'Anjou, qui da ,
croiser sur les côtes de l'État de l'Église, pour arrêter Charles d'Anjou, qui s'était embarqué de Marseille avec douze centshommes d'armes et vingtgalères pour rejoindre l'armée conduite par sa femme à Rome. Les Romains attendaient leur sénateur et seigneur avec anxiété, et le pape le saluait à l’avance au nom de l'Église comme un autre Charles fils de Pépin (Magrum Carolum Pepini filium). Malgré la surveillance, Charles d'Anjou, à la faveur d'un orage, débarqua presque seul à Ostie, y fut salué bientôt par les seigneurs romains guelfes et entra dans Rome par la porte Saint-Paul, le 21 mai, au milieu d’un peuple ivre, selon Saba Malaspina, d’une joie exubérante qu'il exprimait par des chants et des danses menées à travers les rues tendues de tapis et semées de fleurs. ù
Le 21 juin, Charlesrevêtit,au cloître d'Ara-Cœli, les insignes de sénateur. Le 98, il fut investi du royaume de Sicile par des cardinaux chargés de cette cérémonie. A la fin de l’année, il reçut sa femme Réatrice avec vingt mille hommes dans Rome et, le € janvier 1266, il fut couronné solennellement avec celle-ci à Saint-Pierre, par cinq cardinaux. Assez puissant pour faire passer une couronne d’une tête sur une autre, Clément IV n’osaitentrer à Rome t,à cause des dettes que le Saint-Siège y avait contractées et dont sa personne eût étéle gage. Manfred essaya dereprendre desnégociations avec le pape. « Manfred doil savoir », répoaditle pape, « que letemps dela miséricorde est passé. Tout a sontemps ; mais le temps n'a pas tout. Le héros tout armé sort des portes. La cognée est à la racine de l'arbre *?. »
À la tête de son armée suivie de guelfes itahiens, d’exilés
{ Ann. d'Hermann Altaheusis : /n papatu numquam Romam intravit.
3 Clém. Ep. 226. Tres. de Martène.
BATAILLE DE RÉKÉVENT (1266) 475
d'Apulie et de Romains, Charles d'Anjou prit done la voie Latine dansle beau et désert pays entre les Apénnins et la montagne des Volsques, passa devant AnagäiÿFrosinone, et arriva sur les bords du Garigliano, Travaillé par les moines mendiants, le royaume semblait abandonner déjà Manfred. Lorsqu'il voulut rassembler un parlement à Bénévent, il commença à douter de sa fidélité (de régno merito dubttabat); il reconnut la mobilité ordinaire des Apuliens (Apulorum corda quæ mobili semper rotatione vertuntur). Les barons commencaient à traiter avec Charles d'Anjou et avec la cour de Rome; les villesrévaient dereprendre les libertés dont Frédérie I les avait privées. Le comte de Caserte, Richard, beau-frère de Manfred, chargé de défendre le Garigliano, livra par sa lâcheté ou sa connivence le passage de Ceperano. Manfred avait couru çà et là, derrière le cours d'eau, pour veiller et donner des ordres. Il prit le parti de ramasser ses troupes composées de deux mille Allemands qui venaient d'arriver, deses Sarrasins etdes vares gibelins fidèles, à son quartier général, devant Capoue fortifiée par son père, pour défendre la ligne du Vulturne et couvrir Naples. Mais Charles d'Anjou, se précipitant à travers la riche plaine de Campanie, emporta la forteresse
“eyclopéenne d'Arcé, traversa Aquino, vit céder devant lui
trente-deux autres ciladelles, franchit, en trompant la surveillance de son ennemi, le Vulturne lui-même, tourna la position de son ennemi, et, le 25 février, arriva surles hau= teurs de Capraria, d'où il contempla au pied le cours du Calore et au loin la riche etantique ville de Bénévent. C'était là que Manfred avait résolu de sauver sa fortune ou de mourir, quoique une partie de sa réserve, commandée par les Lancia, fût encore dans les Abruzzes. Quelques-uns des Apuliens se dérobaient déjà avec leurs bannières pour
rejoindre l'armée française où aller défendre, disaient-ils, leurs terres (ad terrarum eustodiam). "Le 26 février, son armée; partagée, en trois corps, l’un de chevaliers allemands lourdement armés, l’autre de Toscans ou de Lombards, le troisième de piétons sarrasins et apuliens, qu'il commandait lui-même, il passa le Calore en bon ordre (aciebus ad prælium mirabiliter ordinatis), et prit position au nordouest de Bénévent, dans la belle plaine des Roses ou de Grandella (planities pulcherrima). L'armée de Charles d'Anjou était fatiguée etses chevaux épuisés, mais elle ne pouvait vivre longtemps dans le pays. [l accepta la bataille et divisa aussi son armée en trois corps de Provençaux, Brabançons, guelfes romains et toscans, cavaliers et piétons mélés (26 février 1266).
Les Sarrasins de Manfred, à pied, s'avancent les premiers sans commandement, à grands cris, criblent de flèches el couchent à terre nombre de ribauds français pour ouvrir le passage aux cavaliers allemands et gibelins lombards. La chevalerie provençale aussitôt se rue au-devantd'eux ; elle commençait à les disperser, quand les cavaliers allemands lourdement armés s'ébranlent au cri de guerre de Souabe! Souabe ! et, de toute la force de leurs chevaux et à grands coups d'épée, arrêtent son élan et en commencentun grand carnage. Effrayé, Charles d'Anjou fait signe à la chevalerie du nord de la France, qui s'élance aux cris de Montjoie! De leurs épées courtes, les cavaliers francais, pour éviter les lourdes épées allemandes, frappent aux chevaux, et les valets, qu'ils avaient en cronpe, se précipitent aussitôt à terre pour égorger ceux qui étaient démontés. L'armée de Manfred commence à perdre du mondeetà reculer; avec sa réserve de cavalerie, commandée par un Romain, Anibaldi, soncompagnon d'armes, etunjeune comité
NORT DE MaNFnED {1#66) 477
allemand, Rodolphe de Habsbourg, Manfred vient à la rescousse ; mais un corps de cavaliers guelfes, splendidement armés, entre en ligne à son tour: «— Mes gibelins ! mes gibelins toscans! où sont-ils! » — s'écrie le lils de Frédé UE, en voyant alors les siens fuir ou même passer à l'ennemi. Il veut ramener son monde, Comme il faisait raffermir son casque, le cimier en tombe. « C'est le signe de Dieu, » fait-il, etil se jette au plus épais des vainqueurs pour en finir,
On retrouva le Ssurlendemain, au milieu des morts, le cadavre dépouillé de Manfred, dont on avait vu le cheval s'échapperdu champ de bataille, Leschevaliers français le firent enterrer près du pont de Bénévent et y apportèrent chacun une pierre pour le recouvrir d'un monument comme un hommage à sa bravoure ; mais le légat du pape fit déterrer et jeter dans le Volturne les restes de l'excommunié, mort à trente-quatre ans. Il était vaillant, aimable, gai, libéral mais plus soucieux d'exercer le pouvoir que de bien gouverner. Rien ne lui avait manqué desplus brillantes qualités extérieures; ce qui lui manquait surtout, c'était le plus nécessaire, à l'époque de saint Louis et de Charles d'Anjou, le fonds qui constituait ou faisait réussir encore l'homme du moyen âge et dont son père aussi avait été dépourvu. Un troubadour français le dit:
En lui ne faillait rien, Fors seulement que la fol ;
Mais celte faute est laide En comle comme en roi.
C'estau moins ce qu'avaient pensé ou prétexté, d'accord alors avec l'opinion générale, au moment du péril, les fidèles mêmes qui avaient abandonné le roi Manfred.
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