INDIFFÉRENCE DE L'ALLEMAGNE
Le pape Clément IV avait d'abord méprisé cet enfant et ses partisants. Il dénonça Conradin comme « une couleuvre venimeuse », quand il apprit qu'un de ses agents guelfes, Capece, prenait à Pise le vicariat de la Toscane et que les Romains, au centre de l'Italie, et les Apuliens et les Siciliens, toujours avides de, changements, commençaient à se remuer. Il n'avait pas fallu longtemps à Charles d'Anjou pour mécontenter ses nouveaux sujets et degoûter ses alliés, même le pape. Il n'était pour son royaume, disait Clément lui-même, « ni visible, ni accessible, ni affable, ni aimable. » Les Apuliens, qui avaient traité Manfred de loup rapace, appelaient maintenant celui-ci un doux agneau, en comparaison des exactions de l'Angevin, À Rome, Charles d'Anjou, ayant déposé pour plaire au pape la dignité de sénateur, les Romains, immédiatementaprès la victoire de celui-ci, avaient passé aux gibelins et choisi à sa place Henri de Castille, frère du fantôme d'empereur Alphonse X, pour s'en servir contre le pape et contre l'Eglise, alors surtout l'objet de leur haine. Le nouveau sénateur, en effet, fit cause commune avec les Gibelins toscans, s'empara de Sutri, pour leur donner la main, chassa les guelfes de Rome et y invila Conradin.
Effrayé, Clément IV, pour prendre les mesures nécessaires, appela à lui Charles d'Anjou. Celui-ci se rendit à Viterbe, occupa Florence et se fit nommer par elle seégneur et par le pape paciaire de la Toscane (10 avril). Il s'apprélait à marcher de là en Lombardie au-devant de Conradin et à donner la main aux Guelfes du nord, quand le soulèvement des gibelins de Sicile at de Calabre et la révolle des Sarrasins de Lucera le rappelèrent dans son royaume. La traversée de la péninsule étail laissée libre à Conradin.
Satisfails d’avoir conduit l'héritier de leur empereur jus-
que-là, efrayés déjà de se voir jetés au milieu de ces Tous V EN
factions des guelles et des gibelins qui, devénues tout italiennés, ne leur disaient plus rien, et ayant asbez dépensé, prêté d'argent, les deux oncles de Conradin, son béuspère Meinhard et un certain. nombre? de seigneurs allemands l'abandonnèrent alors à lui-même et s'en reloürnérent en Allemagne, les premiers après s'être fait renouveler par celui-ei la donation de ses biens. C'était pour eux l'affaire de Conradin et des [aliens Le petit-fils de Frédéric I, avec la résolution de son ancêtre, n'en partit pas moins de Vérone {1 janvier 1267), Réconforté à Payie, où il reçut de la ville 1200 livres et, des envoyés de Pise, 17,009 onces d’or et quelques soldats, il s'embarqua au port de Savone, sur des vaisseaux fournis par la ville gibeline, atteignit la côte toscane et recueillil, au débouché de Pontrémoli, Frédéric, son ami, el le reste de ses troupes allemandes el italiennes, pour entrer avec elles dans Pise au commencement de mai.
Tout parut d'abord promettre une victoire prochaine à Conradin dans ce pays de rapides changements à vue, Reçu à Pise comme le libérateur de l'Italie, remonté en argent et en chevaux, il battil le maréchal guelfe qu'avait laissé en Toscane Charles d'Anjou, à Ponte-à-Valle, vit les gibelins toscans en nombre sous leurs bannières augmenter son armée, traversa Sienne, entra sur les terres en révolte de l'Église et prit le chemin de Rome, qui l’appelait, Des hauteurs du château de Viterbe, où il avait fait venir quelques troupes guelfes pour se protéger, Clément IV se contenta de dire : « Cette expédition s'en ira en fumée; laisses aller l'agneau à la boucherie. » Arrivé le 93 juillet sur les hauteurs du Monte-Mario en vue de Rome, Conradin y jouit d’un vrai triomphe. Les Romains qui étaient allés au-devant de lui jusqu'au Ponte Milvio avec des branches de laurier fleuri, le conduisirent à travers la ville tendue de tapis,
BATAILLE DE TAGLIACOZZ0 (1267) 483
onchée de fleurs, au milieu de jeux militaires, de danses ét de chants exécutés sur les places publiques, jusqu'au Capitole. Henri de Castille, le sénateur, le proclama imperator. I y vit des guelfes mêmes, déjà déserteurs de Charles d'Anjou, se jeter à ses pieds et lui offrir leurs services. Saba Malaspina, qui décrit ces fêtes et dèclare Rome « impériale par nature », quæ naturaliler imperialis extitit, parce qu'elle était alors ennemie du pape et débarrassée des guelfes, n'en constale pas moins que, « accouluméé àvio= ler la pudeur de sa liberlé antique, elle se prostituait effrontément ainsi qu'une courtisanne à Conradin, comme elle le faisait à lout venant, cuilibet éenienti domino, » C'était là la comédie ordinaire jouée par des artistes consommés en politique.
La tragédie eut lieu sur la frontière du royaume de Naples. Le souvenir, la tradition du vieil empire du moyen âge, alors qu'il n'était déjà plus, l'ambition héréditaire fta= lienne de la famille, avaient entraîné le dernier des Hohen- » slaufen par-dessus les Alpes ; l'enthousiasme bruyant d'un des partis, qui formaient encore la trame du mystère de l'histoire italienne, lors même que leurs drapeaux d'autrefois ne couvraient plus que des intérêts locaux et mesquins, précipita sur la voie Valérienne, le {8 août, au”sorlir de Rome, Conradin el son armée. Le sénateur Henri de Castille, son fidèle ami Frédéric d'Autriche, Galvano Lancia et Conradd'Antioche, quiétaient de la famille, l'accompagnaient avec des Allemands et quelques Espagnols soldès et beaucoup de nobles gibelins italiens, des Orsini, des Anibaldi, etc. elc., en tout seize mille hommes. Le fils de Frédéric HE avait choisi la voie Valérienne qui franchissait les Abruzzes, pour redescendre dans la Capitanate et aller donner la main aux Sarrasins de Lucera révoltés et prêts à entraîner