MORT DE PHILIPPE DE SOUABE
tombe; le chambellan se jette sur l’assassin ; il reçoit un coup d'épée au menton tandis que le chancelier se cache; le régicide s'échappe par l'escalier, et, trouvant un cheval préparé à la porte du palais, s'enfuit. Cet homme violent avait déjà plusieurs meurtres à se reprocher; il portait des cordes dans ses poches pour pendre chemin faisant les malfaiteurs surpris; c'était le vrai type du seigneur allemand brutal, que n'avait point encore adouci la chevalerie du temps. Philippe lui avaitrefusé une de ses filles, qu'iloffrait un peu à tout le monde, comme on l’a vu, et qu'il réservait surtout pour des fins politiques. Peut-être le roi venait-il de contrecarrer encore l’assassin dans un autre projet de mariage que celui-ci poursuivait avec la fille du duc de Silésie. Toujours est-il que Wittelsbach n'avait pu assister de sang-froid à la fête nuptiale alors célébrée à Bamberg. Toutes les déceptions et les rancunes lui avaient fait monter le sang à la tête, et, d’un furieux coup de son épée, il avait tranché le nœud que la diplomatie pontificale et impériale était en train de desserrer.
Dans la famille des Hohenstaufen, entre l’ëmpitoyable Henri VI et le prodigieux Frédéric II, Philippe de Souabe, avec son affabilité, son bon vouloir, ses prodigalités, sa dévotion extérieure, ses qualités privées, serait une apparition un peu pâle mais non sans grâce, si sa nonchalance et ses irrésolutions n'avaient prolongé la guerre civile dont souffrait l'Allemagne. Les restes de ce fils de Barberousse, enterrés d'abord sous le dôme de Bamberg, devaient être, sur l’ordre de Frédéric 1I, transportés à Spire.