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CHAPITRE XXIV

Rêgne de l'empereur Otton IV ! (1208-1218)

Le bruit de la mort prématurée de Philippe de Souabe arriva à Quedlimbourg en deux jours. En Italie, les plénipotentiaires qui allaient repasser les Alpes, porteurs des conditions de paix, l'apprirent, le 30 juin, de marchands ambulants, à Mantoue. Le pape, qui était alors dans le royaume de Naples, au Mont-Cassin, en reçut l'avis le 95 juillet. L'Allemagne avait tant souffert de la guerre, qu'elle fut saisie de douleur. « Tu as disparu comme une brillante étoile du ciel, noble rejeton des rois ; » disait le moine Gallus de Salmansweiler. « Le soleil s'est couché, l'ombre de la nuit est victorieuse ». On se plut à croire qu'une éclipse du 28 février de l'année précédente et une comète menaçante, celle année même, avaient annoncé la catastrophe. « Garde &wous, » écrivait le poète favori du défunt roi, Walter de Nogelweide, « voici venir le jour qui doit plonger dans l'angoïsse tous chrétiens, juifs et païens. Nous avons eu bien des

# Noir, pour co chapitre : Winkelmann, Ollo von Braunachweig. — Abel, Kaiser Olo. — De Cherrier, les Papes et les Empereurs. Murter, Innocent II], 1° et Ill° volume. — Huillard-Breholles, Frédé- #ieWII, latroduelion, él les neuf volumes de documents. — Les Regist. d'Hiniocant AI. — Les Registres de l'Empire, de Bœhmer, — Léop. Delisle, les Actes d'Innocent 111.

signes qui nous ont permis de voir l'avenir, comme l'écriture nous l'aurait appris avec vérité. »

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Ein ieglicz Kris!en, luden unde heiden ;

Wir han der Zeichen vil gesehen.

Der an wir sine Künft wol spehen Als uns diu schrift mit wahrheit hat bescheiden.

Eneffet, maints barons etchevaliers sortaient deleurs châteaux et recommençaient comme des brigands à courir les routes, à attaquer villes, villages et couvents. Dans la Souabe même, où Philippe avait su faire servir à la paix son double pouvoir de roi et de duc, on se précipitait sur les biens impériaux et patrimoniaux que le défunt avait protégés ; les villes fermaient leurs portes ; on ne se risquait plus sur les routes que bien armé ou accompagné. La veuve du roi, princesse byzantine, qui, née sur les rives du Bosphore et d'abord destinée au jeune Frédéric-Roger, avait trouvé pendant dix ans le bonheur dans l’amour de Philippe, ne survécut point à sa perte. Morte le 22 août, elle trouvait le dernier repos au couvent des Bénédictines de Lorch, dans les Alpes de Souabe. L'Italie, sans être aussi troublée, parce qu'elle était heureuse de ne point voir d'empereur, n'en était pas moins agitée. Qui allait recueillir la succession de Philippe de Souabe ?

Proclamation d'Otton à Francfort ; son mariage avec Béatrice. -- Engagements qu'il prend vis-à-vis d'Innocent. —-Sa royale chevauchée en Allemagne.

Le personnage que la mort de Philippe de Souabe remplit d’une joie sans mélange, ce fut Otton IV. Il apprit,

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