PROCLAMATION D'OTTON ; SON MARIAGE AVEC BÉATRICE
presque en même temps, que l’armée rassembléepar Philippe à Bamberg et ses partisans appelés À le secourir à Quedlimbourg, s'étaient dispersés. « La roue de sa prospérité, qui touchait à terre, comme dit un contemporain, s'en trouvait lout à coup relevée; sans vénalilé, sans commolion, par un changement subit, sa fortune atteignait toute sa hauteur, repentino transilu ad summü erigitur.» Dans ce temps de mobilité, en effet, les anciens adversaires même d'Ollon se précipitèrent au-devant de luiet furent les mieux reçus. Le palatin Henri revint avec la fortune à son frère. L'archevêquede Magdebourg, Albert, obtint pour sa soumission, avec l'amitié etla protection d'Otton, la renonciation de celui-ci à tous les biens ou fiefs de son père dans la Marche de Brandebourg et dans son église, et, de plus, 1500 mares. Les évêques en nombre et enfin les conseillers les plus intimes et les serviteurs Les plus dévouës de Philippe, même lé chancelier Conrad, évèque de Spire, et le maréchal Heuri de Calden, qui avait servi la maison de Souabe depuis trois générations, le meilleur et le plusillustre dans le conseil ef dans l'armée, se soumirent; enfin de la Souabe, de la Franconie, du Rhin, de la Bohème, de la Bavière, évêques, barons, abbés, châtelains, hommes d'armes accoururent à Brunswick prêter serment ouenvoyèrent des messagersavec dés lettres d'hommage !. Otton récompensait tout avec de l'argent et des promesses ; car l'argent commençait à lui manquer.
Innocent III était alors dans le royaume de Naples, comme il avait été récemment en Toscane, pour achever d'enlever laterre de labour à la domination et à la tyrannie des aven-
Regist, dé neg. imp., Lettre d'Olton à lunocent, 160. La Reimkronik de Brunswick, v. 6336.
turiersallemands. Le 93 juin, ilavaittenuunecourde comtes, de barons, et de consuls des villes de la terre delabour, des Abruzzes et du comté de Molisc{; ily proclamait une paix pnblique etchargeait son frère Richard, qu'ilavait fait comtede Fondi, et le comte de Celano, grand justicier du pays, de la maintenir. La forteresse du Mont-Cassin, où commandait le vaillant abbé Roffrid, le possédait dans ses murs quand la nouvelle de la mort de Philippe lui arriva. L’évêque de Mazzara, qu'il avait envoyé en Aragon pour hâter le mariage de son royal pupille avec la fille du roi d'Aragon, amenait celle-ci en Sicile ? (8 août). Tout s’arrangeait à "souhait. La mort de Philippe lui permettait de faire empereur celui qu'il avait toujours préféré. Il mettait ainsi dans deux familles différentes, peut-être ennemies, les deux couronnes qu'il craignait surtout de voir réunies. C'était là, disait-il, « un véritable jugement de Dieu. »
Innocent écrivit donc de Sora à Otton ainsi qu'aux plus puissants des princes allemands. Connaissant à fond le caractère du neveu du roi Richard, il l’engageait « à être bon et doux envers tous, à éviter les paroles dures et les actes fâcheux, à ne pas se montrer avare de présents ou de garanties à ses anciens adversaires. » Aux princes, il promettait de prêter aide et protection à Otton ; aux ecclésiastiques, il interdisait sous peine d’excommunication le sacre d’un autre roi. Enfin, pour hâter, comme un gage de paix, le mariage d’Otton avec la fille aînée de Philippe, Béatrice, il écrivit à celle-ci qu'elle ne pouvait avoir d'espoir d'avenir que dans cette union complète avec l’ancien ennemi de son père. La plupart des princes saxons et thuringiens, un grand
1 Gesta Inn., 40: Apud S. Germanum convocatis el congregatis comilibus, baronibus et prioribus civilatum.
3 Huillard-Breholles, 1, 139.