‹ Histoire d'AllemagneChapitre 20 sur 150 · ENGAGEMENTS D'OTTOX VIS-A-VIS D'INNOCENT · texte numérisé non relu

ENGAGEMENTS D'OTTOX VIS-A-VIS D'INNOCENT

tice, il faisait passer les fiefs et les châteaux des anciens partisans de Philippe à ses propres amis, et qu'il prodiguait lesabbayes et biens ecclésiastiques de Souabe à des Saxons et à des Anglais. On se plaignaitqu'il prît pour lui les fiefs et les bailliages des églises comme lui appartenant de droit par sa femme, quasi hereditario ad se jure transmissa conjugis. Aussi ne laïssa-t-il pas un bon souvenir dans ce pays, dont il était cependant originaire et où il visita Weingarten, le berceau de sa race. Un poète contemporain pourrait, dit-il, « désigner bien des Souabes qui accuseraient volontiers Otton, s'ils le pouvaient, maisil n'ose les nommer. » Olton portait en effet « le trouble dans leurs fiefs et dans leurs coutumes judiciaires, perturbaverat tam feodis quam consuetudinalibus judiciis.» On faisait des retours sur le passé. Dans ce pays dont les mœurs encore grossières et turbulentes empruntaient à une nature riche et aimable une cerlaine gaieté, le vrei représentant de la race n'était pas ce prince anglais et saxon; on y conservait Le souvenir du dernier descendant des Hohenstaufen, retenu si loin par la fortupe et qu'on appelait « l'enfant de l'Apulie ».

Innocent IL, dont la constitution assez frêle supportait difficilement les fatigues d'un pontificat si agité, était ma- Jade à Latran, pendant la diète d'Augsbourg, quand les envoyës d'Otton vinrent traiter avec lui de l'époque où celui-ci serait couronné à Rome. Il trouva qu'on lui envoyait, pour négocier un sujet si important, deux personnages de rang tropinférieur. Les deux cardinaux d'Ostie et de Sainte-Croix furent chargés par lui, un peu plus lard, de partir pour l'Allemagne et de faire connaître au roiles conditions qu'il mettrait acetacte solennel. Elles nousrévèlentlesraisons qu'Innocent avait de vouloir résoudre lui-même la question si contestée de l'élection impériale et la hauteur à laquelle il voulait êle-

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ver son pouvoir. C’est un des documents les plus importants non seulement de son pontificat, mais de l’histoire même

de la papauté au moyen âge.

Innocent croyait alors pouvoir parler de haut en Allemagne, car il en faisait autant en Italie et en France. Le jeune Frédéric-Roger, majeur depuis le 10 décembre de l’année précédente, prenait alors en main le pouvoir en Sicile et ne demandait rien encore de plus. Dans le midi de la France,où le comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, et Raymond- Roger, vicomte de Béziers, pactisaient avec l’hérésie, le pape s'était contenté d'abord d'envoyer des légats pour ramener à l'Église ces populations égarées. Mais le zèle déployé par ceux-ci, la lutte des moines de Cîteaux contre les Parfaits, avaient animé les passions de ce pays ardent. Tout à coup, le bruit se répand qu'un des missionnaires pontificaux, Pierre de Castelnau, le 15 janvier, vient d’être assassiné par un homme d'armes du comte de Toulouse. La croisade, au dehors, était la plus chère préoccupation du pape; maisl’hérésie, au dedans, lui semblait aussi une trahison à la chrétienté, un pacte avec l'Infidélité. Le meurtre d’un légat n'était-il pas un crime de lèse-majesté pontificale ? Innocent avait prêché, au commencement de son règne, la guerre contre les infidèles. Prêcher, en France, la guerre contre les hérétiques, « pires que les Sarrasins », lui sembla alors tout un. A sa voix, sous un petit seigneur français, Simon de Montfort, les chevaliers du nord de la France, restés fidèles, et d’ailleurs plus pauvres ct jaloux de la richesse méridionale, se précipitèrent dans les contrées

frappées d’excommunication et d'interdit et livrées au pre-

mier occupant. Le monde, soumis à la théocratie, semblait obéir à un signe d’Innocent III.

Otton IV ne pouvait refuser quelque chose au pape, en un

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