‹ Histoire d'AllemagneChapitre 21 sur 150 · ENGAGEMENTS D'OTTON VIS-A-VIS D'INNOCENT · texte numérisé non relu

ENGAGEMENTS D'OTTON VIS-A-VIS D'INNOCENT

pareil moment, pour prix de la couronne du Saint-Empire. Innocent ne disait-il pas alors, dans la langue de l'Ancien Testament: « De même que dans l'arche d'alliance, la verge qui châtie repose à côté des tables de la loi; ainsi dans le cœur du pontife le terrible pouvoir de détruire est placé à 4 côté de la douceur, de la miséricorde. » Otton {V était à © Spire, quand les deux légats d'fnnocent JUL lui apportèrent, avec le salut et la bénédiction pontificaux, la lettre sigailicative suivante! ; « Le Seigneur fera tourner cette élection à la gloire el à la louange de son nom, à l'honneur et à la prospérité de l'Église, de l'empire et du peuple chrétien, carla directionsuprême du monde nous est confiée à nous deux. Si Dieu est pour noûs, qui sera contre nous? Nous possédons tous deux l'autorité papale et le pouvoir royal dans leur plénitudef ils sont désignés par ces deux glaives et suffisent pour que nous remplissions nos fonctions avec succès, si nous savons nous soutenir mutuellement. Mais il est nécessaire que l'un reçoive du secours de l’autre, si nous voulons redresser le monde à peu près renversé par le triomphedes mécharfs ; et, comme la paix etla concorde nous sont indispensables à tous deux, nous le demandons ce que {u dois nous donner sans difficulté, dans l'espoir même qu'à l'avenir tu seras prêt à faire encore davantage; car nous ne voulons rien obtenir de Loi que ce qu'il te convient de nous donner et nous ne voulons en tout que ton honneur et ton intérêt, »

LOtioS. Bas, c. 11: Qui ad regem venientes cumque apostolica benedietione salutantes, causam legationis suæ aperiunt, cumque Hibenti anêmo consentientem ad hoc, ad defensionem romanæ ecclesix invitaverunt.

Ain. ep. 179: Quod longe majora in futuro concedes, cum nihil Miiquarm a Le oblinere velimus, nisi quod te deceat imperliri, Eur per omnia selantes honorem et commodum procurantes.

Tous V 1

Que demandait donc Innocent 111? « Obéissance, soumission et respect à lui, àses successeurs et à l’Église romaine : engagement du bras séculier à exterminer les hérétiques

{c'était la première fois); reconnaissance et possession as-

re + surée de tout l'État pontifical ou patrimoine de l’Église en F: do" D Jtalie, à savoir de tout le pays de Radicofani à Ceperano, re +” "de la Marche d’Ancône, du duché de Spolète, de l’exarchat

x de Ravenne, de la Pentapole, des biens de la comtesse Mathilde en Toscane, ainsi que d’autres contrées voisines, avectous droits etrevenus; promesse de défendre l'autorité du pape dans tous les pays que celui-ci possède et de l'aider à recouvrer ceux qujl n'a pas encore; maintien de la suzeraincté pontificale sur le royaume de Naples: renon-

.#. &iation en faveur du pape à toute intervention dans les

** élections ecclésiastiques désormais indépendantes (contrairement au concordat de Worms) ; dès que tout le chapitre ou la partie la plus raisonnable du chapitre, même en minorité, se serait prononcée, l'empereur n'aurait plus qu'à donner l'investiture temporelle ; enfin, renonciation aux droits de dépouilles des évêques et aux revenus des églises

*. non occupées; autorisation detous les appels en cour de

Rome.

Il n’est pas difficile de voir que le pape faisait par là une révolution dans les rapports de l'empire et du sacerdoce, de l'Allemagne et de l'Italie. Outre les concessions générales qu'il demandait au centre de l'Italie, où il réclamait la possession de tous les territoires, droits ou revenus toujours contestés ; en Allemagne, il voulait soustraire toutes les fonctions et terres ecclésiastiques à l'influence impériale au profit du Saint-Siège. Depuis Lothaire de Saxe, la cour de Rome n'avait pas demandé de semblables acrifices à l'empire.

CHEVAUCHÉE ROYALE D'OTTON EN ALLEMAGNE yo

Otton IV craignait-il que le pape ne lui opposât encore le jeune souverain de Palerme ? Avait-il une telle hâte, après avoir si longtemps attendu, d'être enfin couronné à Rome Ou bien était-il plus magnifique à promettre qu'à mr comme le caractérise Mathieu Paris, qui l'appelle magni- . ficus promissor et parcissimus exhibitor? Toujours est-it que, le 22 mars 4209, Otton IV fait dresser un acte en vertu duquel il accorde toutes ces concessions, le scelle avec une bulle d'or et le signe d'une formule qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait encore prise: Ofton, par la grâce de Dieu etdu pape, roi des Romains et toujours auguste \.

Ce souverain encore jeune s'était montré jusque-là léger et vaniteux. On ne sait si, après avoir fait cet acte de sou-

mission resté peut-être secret, c'est pour étaler sa royauté ",,

maintenant incontestée ou pour préparer son expédition à Rome, qu'il continue sa chevauchée dans les principales villes du nord de l'Allemagne. A Brunswick, en mai, il célèbre la Pentecôte avec ses seuls amis et reçoit l'hommage des puissants archevêques ou évêques de Magdebourg,,Hildesheipn, Mersebourg, etc., du duc de Saxe, Bernard, du landgrave deThuringe, Hermann, du margrave de Brandebourg, Albert, de celui de Misnie, Thierry. Le duc de Saxe présent aperçoit le lion de bronze, la gueule tournée vers l'est, que le père du nouveau souverain y avait fail élever; faisant allusion aux progrès des Danois sur l'Elbe: « C'est vers le nord maintenant, dit-il, qu'il faudrait le tourner. » Aucun grand dessein ne paraît cependantencore occuper l'esprit d'Olton. Il wa se faire admettre à Wolkeuried, près de Goslar, par une réunion de cinquante-deux abbés, dans l'ordre des Cistérciens.

À Tuéiner, Codex diplom. dom. temp., 1, 42.

Son frère, le comte palatin Henri, revenait alors d'Angleterre, où il avait été réclamer les dernières sommes sdues par Jean à Otton, et conseiller au roi de faire la päix avec l'archevêque de Cantorbéry, Langton, et par con- . séquent avec le pape. C'était peut-être pour préparer contre “Philippe-Auguste une attaque sur ses deux frontières orientale et occidentale. Jean envoie quelque argent et traite son clergé avec plus de ménagements. Mais rien ne se fait contre un adversaire bien plus sérieux qu'il ne paraissait être. Quand Innocent veut intervenir entre Philippe et Jean : « En ce qui concerne mes rapports avec mes vassaux, » lui écrit fièrement le roi de France, « je ne suis point obligé d'obéir aux ordres du Saint-Siège ni ne relève de son jugement ; et vous n'avez rien à voir, quant à ce qui vous concerne, dans une affaire qui se passe entre rois, de negotio quod vertitur inter reges.» Dans la croisade contre les Albigeois, qui commençait alors, au moment même où Innocent IE imposait à l'empereur, comme un de ses premiers devoirs, la destruction de l'hérésie, Philippe-Auguste décline toute intervention, en disant qu'il avait « auprès de lui deux grands lions, Jean et Otton, qui lui donnaient assez à faire.» Le 24 mai, à Wurtzbourg, Otton, accueilli au chant des prêtres, par tous les archevêques et les suffragants de la “Westphalie et des bords du Rhin, reçut l'hommage de ceux qui avaient jusqu'alors le plus tardé, c’est-à-dire du roi de Bohème, du frère de celui-ci, Henri de Moravie, des ducs de Zœhringen, de Lorraine et de Brabant. En‘présence de cette assemblée, il célèbre publiquement ses fiançailles avec la fille aînée de Philippe de Souabe. Il était assis sur une {ribune, ayant à ses côtés les légats et son frère Henri avec les princes alentour, « La fortune, » dit-il d'une façon assez ambiguë, « m'a élevé à un point où mon union avec la prin-

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