‹ Histoire d'AllemagneChapitre 24 sur 150 · EXPÉDITION D'OTTON IV EN ITALIE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION D'OTTON IV EN ITALIE

de Vicence, que les deux adversaires se disputaient, et confirma Azzo (lans le marquisat d'Ancône, qu'il avait reçu précédemment du pape.

C'étaient là des haines italiennes entre lesquelles il était *0) dangereux pour un étranger, même souverain, de tenir la ” balance égale. Un jour qu'Ezzelino et Azzo chevauchaient

aux deux côtés du roi Olton, en se regardant de travers, Ezzelino aceusa son rival de trahison et offrit de soutenir l'accusation l'épée à la main. Azz0 allait relever le gant et répondait accusation contre accusation. Le maréchal de l'empire, Henri de Calden, commandant de l'armée allemande, s'interposa l'épée à la main. Le lendemain, comme Otton partait en chasse dans la même compagnie, le roi dit tout à coup: « Sire Ezzelino, saluez le marquis. — Seigneur marquis, » dit Ezzelino en Ôtant sa toque, « que Dieu vous sauve ! » Azzo répéla les mêmes paroles, mais sans porter la main à sa toque. « Seigneur marquis, » reprit le roi en lui montrant comment il fallait être courtois, « saluez sire Ezzelino. » Le marquis obéit. Dans la suite de la promenade les deux ennemis, se trouvant seuls dans un chemin étroit, parlaient à voix basse, mais cordialement. Le soir Otton demanda à Ezzelino le sujet de leur conversation.« Notre ancienne amitié. — Vous ne parliez point de moi? — Pardon, sire, nous disions que personne n'égale Sa Majesté quand elle veut être humaine et généreuse, mais qu'elle dépasse aussi tous les autres quand elle veut être sévère et terrible. »

Otton, continuantsa route, laissa de côté la ville de Vérone,

qu'il frappa d'une amende, celle de Mantoue, si bien fortifiée, recueillitavecsoin lestributs arriérés ! depuis Henri VI,

À Ann. col. max., p. 824 : Principes solius Lombardiæ infinitam

augmenta son cortège et arriva, le 4e° septembre, à Bologne, où il reçut de nouveaux tributs et de nouveaux contingents italiens pour aller à Rome. On n'avait pas vu depuis longtemps un cortège impérial aussi considérable ‘. C'était une véritable armée. Otton envoya de là une ambassade solen-* nelle à Innocent comme celui-ci l'avait désiré. Le papeétait | alors à Viterbe, non sans appréhensions. Il avait cependant recu récemment de France des nouvelles qui pouvaient bien lui donner confiance en sa puissance. A l’approche des croisés dans le midi de la France, le grand comte Raymond de Saint-Gilles avait fait amende honorable. Deux villes avaient opposé résistance: Béziers et Carcassone. Elles avaient été prises, leurs murailles détruites, les habitants sans distinction passés au fil de l'épée; leurs biens devenaient la proie des vainqueurs. Innocent ne savait peut-être pas encore, heureusement pour sa mémoire, les détails de cette terrible exécution. Ceux qui bravaient la puissance pontificale n’en paraissaient pas moins, par là, voués à la malédiction et à la ruine.

Le pape reçut avec politesse le chancelier Conrad et les évêques allemands et italiens envoyés par Otton, mais sans vouloir traiter avec eux. Il envoya le préfet de Rome, Pierre de Vico, et un notaire pour s'aboucher avec le roi et lui faire connaître ses intentions. Ceux-ci rencontrèrent Otton dans la ville de Sienne. Mais celui-ci ne voulut point non plustraiter avec eux. Y avait-il déjà quelque malentendu entre le pape et l’empereur ? « Ne cherchez pas à abaisser l’Église, la fiancée du Christ, » disait déjà à Otton

pecuniam vecligalium et tributorum a temporibus Henrici V1 reservalam lradiderunt.

{ Ann. Ceccan. M. G., 2 XIX, 298 : Advenit Ofto rex cum magno et inustitato exercilu.

Page 1