OTTON À ROME
l'évêque de Sienne. Précédant son armée, dont les mouvements étaient lents, Otton vint trouver lui-même le pape à Viterbe : « Voilà mon cher fils, » dit le pape, « celui en qui mon cœura mis toute sa complaisance. » Puis ils passèrent à table et restèrent deux jours ensemble.
Combien de fois, dans des circonstances semblables, aux porles mêmes de Rome, les papes n'avaient-ils pas fait renouveler aux souverains allemands qu'ils allaient couronner les serments qui garantissaient leurs droits ou leurs prétentions sur Rome, sur son patrimoine, sur les biens de la comtesseMathilde et sur la traditionnelle dotation? Innocent HI avait obtenu sous ce rapport, par le moyen de ses légats, plus qu'empereur n'avait jamais promis. Mais il était sans doute allé jusqu'à Viterbe pour obtenir le renouvellement publie et peut-être écrit de ces serments. Il n'ignorait pas que le Welf Otton prêtait l'oreille aux conseils de tous les anciens amis de Philippe de Souabe, devenus les siens, de son chancelier Conrad, de son maréchal de Cslden et de plus d'un évêque allemand. Il ne lui échappait pas qu'Otton IV traitait avec les mêmes égards les parlisans de ses anciensadversaires et ceux de sa maison, les amis de Rome et ceux de l'empire. Un homme d'État vieilli, comme Innocent, dans les traditions de Rome, n'en était pas d'ailleurs à croire que la reconnaissance enchaînerait loujours Olton ou que son origine guelfe, mitigée d’ailleurs par un mariage gibelin, défendrait celui-ci de la politique vraiment impériale et allemande.
Pour la première fois, après tant de messages échangés, setrouvaient en présence ce pape âgé de cinquante ans, rompuaux affaires el si grand connaisseur d'hommes, et ce fils d'Henri le Lion, ce neveu de Richard, jeune encore, À peine âgé de trente ans, souple et arrogant, humble et
vaniteux, grand faiseur et pelil teneurde promesses. Quoiqu'on n'ait point de détails précis sur cette entrevue, nul doute que le pape Innocent, qui avait cependant déjà obtenu d'Otton, en 1198, lors de sa première élection et cette année même encore, lors de la seconde (22 mars 1208), les promesses les plus formelles à ce sujet, n'ait voulu avoir, à la veille du couronnement, quelque chose encore de plus précis, particulièrement sur ce qu'on regardait comme le patrimoine de l'Église romaine, expression vague qui pouvait s'appliquer aussi bien aux environs de Rome qu'à toute l'étendue des donations précédentes, C'est le negotium terre dont il est question textuellement plus tard entre eux et qui n'aboutit point alors.
Otton n’en était plus au commencement de son règne, ni même au lendemain de la mort de Philippe de Souabe. Il avait traversé triomphalement l'Allemagne et l'Italie. La confiance, les fumées de l'orgueil lui montaient à la tête. Étaient-ce bien les secours, les excommunications de Rome qui lui avaient valu l'empire ? Un hasard, l'assassinat de Philippe de Souabe ne l'avait-il pas fait tout à coup roi, quand Innocent passait à son rival ? Otton avait, il est vrai, juré deux fois, d'abord pour avoir son appui, ensuite pour se faire couronner à Rome, tout ce que le pape avait voulu,à Francfort même, la veille de sa proclamation, et promis de renouveler ce serment; mais l'élection antérieure de beaucoupde princes, et son couronnement à Aix-la-Chapellenelui conféraient-ils point le droit à cette consécration romaine ? et ces serments prêlés, ces garanties accordées par lui seul au pape, n'avaient-ils pas besoin de l'assentiment d'une diète allemande ? Élait-il même prudent de les divulguer, avant le couronnement, aux princes, aux évêquesallemands, qui ne les approuveraient peut-être point ? Enfin, Otton