‹ Histoire d'AllemagneChapitre 27 sur 150 · OTTON NOMMÉ NON SACRÉ EMPEREUR · texte numérisé non relu

OTTON NOMMÉ NON SACRÉ EMPEREUR

couru, pour le sang de onze cents Allemands, vers® dans unéimprudente et chiche parade, et pour l'injure qu'Innocent lui avait faite en lui ordonnant de quitter le territoire de Rome.

La nouvelle de la cérémonie frappa néanmoins l'imagination de ceux qui, auloin, n'en connaissaient point les détails. En véritable poète, Walter de Vogelweide, qui rêvait de croisade, s'écriait : « Seigneur empereur, je suis messager sacré, et de Dieu je l'apporte le message. I a le ciel, tu as ln terre, où lu es son bailli. »

Hèr Kaiser, ich bin frôneboto Und bring in hoteschaft von Gote ; Ir habt die Erde, er hat das himmelriche.

Etil l'exhorte à débarrasser la terre des païens et des Infidèles. Des deux plus puissants souverains contemporains, Jean sans Terre accueillit cette nouvelle avec une Joie qu'il ne dissimula pas, et Philippe-Auguste fit forlifier Reims et Châlons en Champagne.

De près, les événements étaient plus mesquins. Le nouvel empereur déçu songéait plutôt à s'assurer ce qu'il avait sous la main en dépit des promesses jurées, Après avoir fait transporter son camp de Monte-Mario à Isola, aux ruines de l'ancienne Véies, pour faire vivre les siens plus à l'aise, il fit demander, le 5octobre, au pape par son chape- Jain, une entrevue pour traiter des diflicultés que le couronnement n'avait pas terminées. « Si le pape ne voulait le venir lrouver, il était prêt,» disait-il, an danger même de sa viéet detoute l'Église, «à rentrer dans Rome, qu'il n'avait fait qu'entrevoir. » Innocent [IT ne pouvait mettre ni Rome ni sa personne à la discrétion d'an prince qui n'avait plus

Towx V 8

rien à attendre de lui. Il répondit que « l'état de Rome et des circonstances indépendantes de sa volonté, l'empéchaient de serendre aux désirs de l'empereur, »et il proposa de traiter par intermédiaire ou de soumettre le différend à des arbitres !.

De quoi s'agissait-il? de la question territoriale sans doute, du Negotium terræ, dont l'expression se retrouve dans ces lettres, de la question territoriale, c'est-à-dire des promesses générales qui avaient été faites autrefois par Olton au sujet des Marches d'Ancône, de Spolète, de la Romagne, de l'éternel héritage de la comtesse Mathilde ou, peut-être, plus spécialement encore, de cette partie de la Toscane, déjà en litige sous Henri VI, comme portion du patrimoine de Saint-Pierre, de Radicofani à Ceperano. Otton, par deux fois cependant, s'était engagé pour le tout vis-à-vis du pape. Il s'était exposé à confirmer récemment ses promesses. Avaient-elles pour cela moins de valeur? Ottonrépondit en bloc qu'il avait juré aussi, par deux fois, en effet, en Allemagne et au sacre, de conserver tous les

biens de l'empire ou de recouvrer ceux dont il avait été dépouillé 3, On voit à quelles interprétations différentes prétaient toutes ces lormules vagues et contradictoires, inventées pour concilier les amours-propres et non pour faire la paix. Les deux adversaires lournaient dans un cercle vicieux. Les faits parlèrent bientôt plus clairement,

1 Regist, imp., ep. 193: Sub periculo nostræ personx ad vos urbem intrare decrevimus. Attendat tamen sanclitas vestra quod magnum periculum in introitu in Urbem soli ecclesiæ possel pro= venire. — Hegisi. dé neg. imp, p. 194, et Acta imperii,p. 63, 632. — Cum semper parali fuerimus (papæ) et sæpe obtulerimus ei

plenitudinem exhibere coram arbitriis communiter eli-

3 Chron. Mont, Seren., p. 119: Oito imper. juraverat se bona imperii conservare et a quolibel detenta repetere.

OTTON MENACE LE PAPE ET NAPLES ni

Innocent Ill avait profité de la rivalité de Philippe de Souabe et d'Olton pour remplacer l'autorité allemande dans le patrimoine de Saint-Pierre, dans la Toscane, dans le duché de Spolète, dans la Marche d'Ancône et dans la Romagne, par l'autorité pontificale. Olton IV, redevenu maître et empereur avant tout, montra bientôt que pour lui lout cela était non avenu. Resté, après le départ du gros de son armée, avec ses principaux conseillers et avec une troupe de seigneurs allemands et ilaliens dévoués à sa fortune, il commença en Italie comme dans l'empire une impériale chevauchée, qui ne permit point de se méprendre sur ses intentions. Agissant en maître dans la Toscane, il déchargea Sienne de ses tributs, déclara les consuls de Lucques soustrails à l'autorité pontificale, sauf certains droits et privilèges, ramena Pisloie aux anciennes limites de sa banlieue, reprit partout les droits et biens impériaux et combla de ses faveurs les anciens partisans de l'Allemagne, Dans la Marche d'Ancône ce fut bien pis : il investit én son propre nom le 20 janvier 1210, le marquis d'Este Az20, « son cher parent », de cette Marche et donna celle de Spalète à l'un de ses serviteurs dévoués, à ce Diepold, comte d'Acerra, ancien adversaire d'Innocent et de Frédé— ric-Roger en Sicile, Allemand, d'origine serve, qui acquit ainsi d'un coup la liberté avec le rang de prince et s'intitula même de son autorité privée capitaine d’Apulie!.

Dans le nord de la péninsule, [en Vénétie, en Lombardie éten Piémont, même politique ! Otton reprend partout les droits impériaux qui semblaient prescrits en faveur des seigueurs et cités. Il ramène en général les situations politiques de chacun à l'état antérieur à la mort de Henri VI.

# Regist: OÙ, n. 90, 9, 82, 443, — Acta imp., 236, 104, 40

Surtout, il établit des podestats en son nom là où il le croit nécessaire, par exemple à Ferrare, à Brescia et à Vicence. Sans doute, il s'efforce de réconcilier les adversaires, de terminer les luttes entre les villes, d’étouffer les factions dans leurs murs, de tenir la balance égale, par des concessions équivalentes, entre Crémone et Milan, Parme et Plaisance, Alexandrie et Asti, comme entre les Azzo et les Romano. Mais son but, il ne le dissimule déjà plus. Dans deux assemblées, tenues à Parme et à Milan, il demande des secours en argent et en hommes. Eccelino de Romano et la cité de Milan, fière d'avoir le dépôt des insignes de de l’empire, Parme, Faenza, d'autres encore promettent et fournissent selon leurs facultés, secundum facultatem eorum !, le subside des chevaliers demandés. Innocent III n’aurait-il donc mis la couronne impériale sur la tête d’un Welf que pour retrouver encore en lui un gibelin et voir le midi de l’Italieentre ses mains?

Le 4 mars, dans une lettre à l'archevêque de Ravennes, Innocent s’écrie : « Pænitei me fecisse hominem. » Il fait bientôt une alliance avec Pérouse et sollicite Vérone, Pavie, Plaisance contre l'empereur. Il était temps. Otton se dévoile tout à fait. Il conclut une alliance offensive et défensive avec la cité de Pise, et, pour avoir une flotte contre la Sicile, il promet à celle-ci la ville de Bonifacio qu'il dispute aux Génois en Corse, et de nombreux privilèges de commerce dans le royaume du Midi. Les Allemands, æffrayés ou ayant fini leur service, le quittent, entre autres le patriarche d’Aquilée et le duc de Bavière. Il en fait venir d’autres, un Frédéric de Bade, un Adolphe de Schaumbourg

4 Ann. Placent., p. 425: Secundum facullalem eorum ei subsidium mililum præslaverunl.

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