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OTTON MENACE LE PAPE ET NAPLES

et un Conrad de Zollern et il oblige (3 juillet) l'archevêque Eberhard de Salzbourg à rester à sa disposition. C'est avec eux que Olton, en septembre, s'empare des châteaux de Radicofani, Ceperano, Monteliascone, cédés par Henri VI àla cour de Rome, et se fait prêter hommage même par le préfet de Rome, Pierre de Vico. C'était le prélude évident d’une tentative sur les frontières du royaume de Naples.

Innocent Hi sentait alors l'intensité de la crise que la hardiesse de ses projets avait déchaînée dans la chrétienté. Les empereurs latins issus de la quatrième croisade avaient de la peine à se défendre à Constantinople contre le roi des Bulgares. On n'apprenait pas sans un sentiment d'horreur que le Français Simon de Montfort, chefde la croisade contre les Albigeois, succédait dans Béziers et dans Carcassonne à Raymond Trancavel, après le massacre des habilants de ces villes. Le comtede Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, menacé peut-être aussi de perdre ses terres, allait témoigner de ses sentiments catholiques à Rome et implorait la pitié du pape pour ses compatriotes foulés aux pieds et dépouillés sous prétexte de religion. Le royaume de Jérusalem, enfin, objet des préoccupations politiques et religieuses d'Innocent LI, dépérissait, Il n'y avait plus, pour répondre aux exhortations des prédicateurs de croisades que des enfants qui couvraient les routes de l'Occident, en demandant à chaque ville si ce n'était pas là Jérusalem. Si laquerelle renaît entre l'empire et la papauté, que deviendra la chrétienté?

Innocent I, effrayé, envoie l'abbé de Morimont porter une lettre à Otton. Il fait appel à ses sentiments et à sa religion. « As-tu donc oublié, lui dit-il, que nous l'avons fait ce quetu es. Arrête-toi tandis qu'il en est temps et pense au sort funeste de Nabuchodonosor. » Ni la présence de l'abbé

de Morimont, ni les reproches, ni les menaces apostoliques n'émeuvent Olton. Celui qui s'était fait affilier à l’ordre de Citeaux par l'abbé même de Morimont, reçoit ironiquement le message de son ancien protecteur.« Sa Saïnteté, dit-il, s'est donné beaucoup de peine, elle a employé beaucoup de mots (in tanta verborum multitudine in reprehensione laboravit). A toute celte rhétorique ecclésiastique, il se contente d'opposer avec une certaine brutalité ces mots qui le dépeignent bien : « Je ne cherche point à vous.ôter le pouvoir spirituel qui est à vous; faites attention que sur tout ce qui est temporel il n'appartient qu'à moi de décider. » Pour faire montre de ses sentiments orthodoxes, il ordonne de sévir contre les Patarins, hérétiques d'Italie; et, au commencement de novembre, avec une petite armée d'Allemands el d'Italiens commandés par Diepold, il descend de Spolète, par Rieti et les Abruzzes, dans le bassin du Garigliano,etdonne la main à Pierre de Celano, qui trahissait Frédéric. Avec Celano, ne cachant plus ses projets, il emporte San-Germano, reçoit la soumission des habitants du domaine du Mont-Cassin, sinon de la forteresse même, entre dans Capoue où il plante sa bannière, et voit bientôt se soumettre Amalf, Lacava, Melfi, Bari, Barlelte, la Basilicate et la Calabre, presque tout le royaume. Déjà les Sarrasins, cantonnés dans le centre de la Sicile, depuis la conquête normande, appellent Olton. Après avoir congédié son chancelier Guillaume de Paléar, le jeune Frédéric-Roger, l'héritier des Hohenstaufen, qui n'était plus déjà un roi, mais un roitelet (non rex, sed regulus), s'apprête à passer sur une galère génoise en Afrique, où pouvait se terminer sa fortune,

A ce coup, Innocent, qui s'était contenté d'abord de suivre anxieusement les progrès de la trahison d'Otton et d'entretenir une correspondance active avec l'Église et la féodalité

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