EXCOMMUNICATION D'OTTON 1Y
allemandes et avec les rois Philippe-Auguste et Jean sans Térre, éclate à son lour. Faisant usage des seules armes qu'il avait, il lance l’excommunication contre Otton, délie ses sujets du serment de fidélité, en mars 1241, et se meten devoir de retourner contre son ancien protégé toute la chrétienté. On ne devait plus le « nommer empereur ni le tenir pour tel !. » Renverser « l'idole » qu'il avait faite, abaisser celui qu'il avait élevé, refaire un autre empereur, peut-être de ce Frédéric déjà en fuite, paraissait facile à Innocent II. Il prouva au moins qu'il avait les mains longues. Jamais on ne découvrit mieux les faibles bases sur lesquelles reposait l'empire germanique.
En Italie, au fur et à mesure de la publication de l'excommunicalion, les tentalives de conciliation faites par l'empereur entre les Guelfes et les Gibelins tombent. Les vieilles inimitiés se réveillent. Mais les seigneurs, les villes, en se partageant, paraissent plutôt fidèles aux personnes qu'aux principes. Ainsi, Milan refuse de suivre, comme à l'ordimaire, le mot d'ordre de Rome *; elle reste fidèle, avec Plaisance et Alexandrie, à Otton le guelfe, abandonné par Crémone devenue gibeline. Au contraire, Azzo d'Este, à Ferrare, ble comté de San-Bonifacio, à Vérone, ainsi que les villes de Brescia et de Ravennes reaientOtton; et Ezzelino lui reste fidèle, à Vicence, ainsi que Bologne. Deux ligues opposées seformaienten vertu de principes contraires à ceux qu'elles suivaient d'habitude, Innocent [IT va chercher des ennemis plus loin à Olton, jusqu'en France et en Allemagne.
A Guill, le Broton : Ve quis eum haberet vel nominaret imperaorem. Léop. Delisle, Catal., p. 207, 517. Notices el extraits, II, 282,
# Acta imp., n, 922: Mediolanenses ab antiquo tramile deviantes juvarent in his Oltoni.
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« Plût à Dieu, » écrit-il à Philippe-Auguste, « que le caractère d'Otton m'’eût été connu comme à vous. » — « S'il atteint son but, » écrit-il particulièrement aux princes allemands, « il vous réduira à l’état où son parent, Jean sans Terre, a réduit les barons anglais. Faites qu'il ne vous ar-
" rive pas, comme à moi, de ne pas vouloir quand vous pou-
vez et de ne plus pouvoir quand vous voudrez. » Philippe- Auguste accorde à Innocent, à défaut de chevaliers, le tiers des revenus ecclésiastiques de son royaume, pour soutenir la lutte. Le landgrave de Thuringe, l'archevêque de Mayence Siegfrid, Ottokar de Bohème, le duc d'Autriche et maints évêques allemands (consensu et clandestina subscriptione et legatione episcoporum) se déclarent prêts sous main, « si le pape et les cardinaux veulent s'engager à ne faire jamais la paix avec Otton, à favoriser l'élection d'un autre empereur. » Surune réponse affirmative, l'archevêque Siegfrid de Mayence, connu pour son ancien attachement aux Hohenstaufen, publie à Bamberg l’'excommunicationd'Otton. Eber. hard de Salzbourg en fait autant dans son diocèse. Le landgrave de Thuringe et Ottokar de Bohème, d'accord avec Philippe-Auguste, proclament le jeune Frédéric, futurum imperatorèm declarant, au grand contentement des Souabes. 1l est vrai, les archevêques de Magdebourg et de Cologne restent neutres. C'est avec une douleur cachée, mais une visible indignation {, que les Saxons apprennent ces nouvelles.
Quelle résolution va prendre Innocent III? Tout dépendait de lui. Il hésitait lui-même à confier maintenant à un gibelin le sort de la papauté et de l'Église. Mais sa lo-
{ Chron. Sampelr. : Occullo dolore et manifesta indignatione movebantur.
OTTON IV RÉPASSE EN ALLEMAGNE (1212) aa
gique de juriste l'entraînait. Sans doute, la race des Hohenstaufen était bien celle des ennemis de l'Église, celle qui avait voulu d’abord unir le royaume de Sicile à l'Allemagne. 1 ne l'aimait pas, illam progeniem non amabat. Maïs le jeune Frédéric, qui lui avait déjà prêté hommage, n'était-il pas son vassal? N'y avait-il pas de la grandeur à relever* celui qui semblait perdu et cette maison qu'il avait abais= sée? Innocent s'enorgueillissait à la pensée de voir ce vassal de l'Église remonter, et par sa main, sur le trône de Charlemagne. 11 se flattait qu'on s'accoutumerait ainsi à considérer la puissance impériale comme une émanation de la papauté et l'empire comme un fief pontifical dépendant uniquement de la volonté du successeur de Pierre, N'avaitil pas dit que « l'empereur est béni, couronné et investi de Yempire par le pape. » En juin 1211, Innocent adresse donc aux princes allemands un manifeste dans lequel, faisant allusion à l’histoire d'Israël, « qui est la figure du temps présent, il leur annonce que Dieu a décidément réprouvé Saûl eblui a substitué un plus jeune dans le royaume ! » et la parole du nouveau grand prêtre Samuel, dans la chrétienté devenue le peuple de Dieu, ne reste pas longtemps sans ee. N Au mois de septembre, la ville de Nuremberg réunissait
tous les partisans des Hohenstaufen. Ce qui faisait la force du jeune Frédérie, c'était le souvenir de sa famille; c'était son nom. Deux francs seigneurs de Souabe, Henri de Neifen et Anselme de Justingen s'offrent à aller en Italie, à Rome, faire confirmer l'élection du petit-fils de Barberousse par le pape et à le ramener en Allemagne. Effrayé, Henri, comte
1 Deus, Saülem reprobavit et ei pium substituit juniorem ; quæ res inslantis lemporis est figura.
122 RÊGNE D'OTTON 1V (1208-1218)
palatin, frère d'Otton, envoie dire à son frère de quitter l'Italie, toutes affaires cessantes, s'il ne veut perdre l’Allemagne. Déjà la guerre civile, à peine suspendue, reprend. Le comte palatin, avec le duc de Brabant, chasse de Co- .logne l'archevêque Siegfrid, qui se réfugie en Thuringe. *Otton IV, laissant en effet Diepold de Vohbourg, sa créature,avec de pleins pouvoirsen Italie, pour contenir le pape, gagne la Lombardie, à travers la campagne de Rome et les Apennins, se dirige vers Lodi, où il réunit les recteurs des villes et les seigneurs laïques du nord, ses partisans, à l'exception du marquis d’Este, leur donne de bonnes paroles, passe les Alpes etse trouve, en mars 1219, à Francfort. Quoique maître Gervais de Tilbury, un Anglais, jeté dans ces guerres du sacerdoce et de l'empire, ait tenté alors de soutenir, par de nouveaux arguments, la prétention des papes à disposer même des couronnes, on peut néanmoins s'apercevoir que cette ingérence ecclésiastique dans les affaires politiques commençait à fatiguer tous les esprils. « L'empire, disait-il, n'appartient pas à celui à qui l'Allemagne le donne, mais à celui à qui le pape le décerne #. Il n'est pas à Otton, mais au Cbrist, à Pierre. Il ne lui vient pas de lui-même, mais du vicaire du Christ, du successeux de Pierre. » Le poèle allemand Walter de Vogelweide, qui a passé du service de Philippe de Souabe à celui d'Otton, n'est pas de cet avis. « Constantin lui-même, dit-il, réclamerait sa donation, s'il savait quel profit les prêtres en ont tiré; » il veut que « ce qui est au roi soit au roi, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il accuse le pape « d'avoir deux langues dans une seule bouche, pour faire empereur tantôt l’un,
4 Olin imperiala, 74, 19: Nec cedit imperium oui Teulonia sed cui cedendum decrevit Papa, etc.