‹ Histoire d'AllemagneChapitre 31 sur 150 · LE JEUNE FRÉDÉRIC PASSE EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LE JEUNE FRÉDÉRIC PASSE EN ALLEMAGNE

Dans le mois de mars de l'année 1212, le jeune Frédéric fit donc voile pour Gaëte et, de 1à, partit pour Rome, où il vit, tout jeune, l'homme du siècle, Innocent Il, et fut reçu avec honneur, eum magno honore, par le Sénat et le peuple romain. On n'épargna rien pour flaiter sa vanité. Avec l'imprudence de la jeunesse, Frédéricprit encore tous les engagements que le cardinal Grégoire deSaint-Théodore lui avait imposés, selon lesinstructions de la curie de Rome, à Messine, IL prêta l'hommage lige, ligium homagium, à Innocent ! pour son royaume de Sicile ; ilordonna même, pour convaincre le pape qu'il ne réunirait pas les deux couronnes d'empire et de Naples, de couronner à l'avance son fils Henri. Alors, le pape Innocent 111, de sa toute-puissante main, décerna, comme dit un chroniqueur, à ce pauvre, à ce mendiant (mendicus et pauper), le titre d'empereur élu par la grâce de Dieu et du Pape, sans le couronner encore cependant. 11 lui fit prêter, comme tel, serment de fidélité à lui et à ses successeurs, lui avança l'argent nécessaire à l'entreprise, anima, réconforta ce fils des Hohenstaufen (animavit et confortavit), en se faisant donner des comtés napolitains en garantie ; et, sur une galère de Gênes, il l'expédiaavecun légat, quelques Allemands et quelques Italiens, dans celte ville, tenter la fortune et défendre la cause de l'Église et la sienne 2.

C'est dans cette ville, où il fut bien reçu aussi par le clergé et par le peuple (4 mai), que deux princes ilaliens, obéissant aux instigations du Pape ou cédant aux souve-

“EL B., f, 200, 204.

# Chron. reg, col., p. 17 : In regem crealur. — Ann. Mel. Cod. Der, n. 29 : Fred. in imperatorem a Romanis electus et a papa est honore rusceplus, — Chron. sic. : Abinde desperalæ fortunæ se committens.

nirs des Hohenstaufen, le comte de San-Bonifacio, envoyé de Crémone, et le marquis de Montferrat, viennent (15 juillet) chercher, avecune meilleure escorte, l’anti-César encore muni d'argent par la bonne ville et le conduisent à travers Alexandrie et Pavie jusqu'à Crémone. Au passage du Lambro, près de Lodi, les Milanais essayent de l'enlever. Couvert par le marquis d’Este, le jeune aventurier, sur un cheval sans selle, se jette dans la rivière, séjourne à Crémone, à Mantoue, à Vérone, remonte l’Adige jusqu’à Trente, et, à travers le fourré épais et sans voie tracée des montagnes de Bernina, il arrive enfin de l’autre côte des Alpes dans l'évèché de Coire. [Il n'était pas seulement en Allemagne, mais en terre ecclésiastique, où la protection d'’Innocent surtout pouvait lui servir. L'appui du pontife et la présence de ce jeune orphelin, dont la figure, encadrée de longs cheveux blonds, rappelait son grand-père, font ses premiers succès. L'évèque de Coire, Arnold, et l'abbé de Saint-Gall, Ulrich, se joignent à lui avec quelques chevaliers. Il en avait soixante quand il arriva, par-dessus le Ruppen, en vue de Constance. Otton IV, accouru à la nouvelle des événements, était campé de l’autre côté du lac, avec une petite armée, à égale distance à peu près de la ville, Là, était la clef de la vallée du Rhin, de l'empire. L'évèque de Constance, Conrad de Tegernfeld, hésitait. Le légat lui rappelle qu'Otton était excommunié. L’évêque ouvre les portes de la ville. Frédéric en prend possession ; et, tandis que la petite armée d'Otton, découragée, se jette à travers la Forèt-Noire, des comtes et des nobles du fidèle pays de Souabe, entre autres un Rodolphe de Habsburg, ancêtre de cette famille célèbre, accueillent avec joie ‘ le

4 Ann, col. max. : À cunclis principibus et nobicibus superiorum parlium accipilur.

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