‹ Histoire d'AllemagneChapitre 32 sur 150 · AT LE JEUNE FRÉDÉRIC PASSE EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

AT LE JEUNE FRÉDÉRIC PASSE EN ALLEMAGNE

Jeune prétendant et le conduisent jusqu'à « la noble ville de Bâle », dont l'évêque se déclare aussi pour lui.

On ne pouvait déjà plus regarder comme un aventurier celui dont la fortune avait été si désespérée. Les ambassadeurs du roi de Bohême, Otlokar Ler, et du duc de Moravie, Henri, son frère, lui rendent hommage. L'évèque de Strasbourg vient au-devant de lui au milieu des acclamations populaires { avec cinquante cavaliers. Otton IV essaye encore d'arrêter les rapides progrès de l' «enfant de l'Apulie». 11 se jette sur Brisach pour lui barrer la vallée du Rhin. Maïs les bourgeois le chassent et ouvrent leurs portes à son rival (septembre).

Le jeune prince traverse l'Allemagne en vainqueur. Il emporte la forteresse d'Haguenau, chère aux Hohenstaufen, enoctobre ; il prodigue, jusqu'à ce qu'il ait de l'argent, les faveurs, les privilèges, les promesses, les biens de l'empire, ceux de sa famille, prædia imperii et paterna. Rien ne coûte à ce jeune prodigue qui a pour lui l'espérance. Ottokar de Bohème est confirmé dans la dignité royale que lui avait conférée Philippe de Souabe. Le duc Frédéric de Lorraine reçoit 3,000 marcs. L'archevêque de Mayence et les évêques de Worms et de Spire ne sont pas oubliés. Le dernier, Conrad de Scharfenberg, accepte, outre la confirmation de son évêché, celui de Metz. De chancelier impérial d'Otton qu'il était, il devient chancelier de Frédérie ét apporte à celui-ci toutes les ressources de son expérience. ILsemble que tous les grands de l'Allemagne soient à l'encan, Ollon IV, abandonné de ceux qui l'avaient soutenu, destitutus auxiliis prioribus, se réfugie dans lar-

W Ghton. sampatr., p. 35: Populi ad eum favorabiliter coadunantur ét contra Otionem elamor exoritur.

chevêché de Cologne. A Aix-la-Chapelle, il ne peut plus compter que sur le duc de Brabant et les comtes de Juliers, de Clèves et de Kassel ; les évêques même d'Utrecht et de Liège lui font défaut. La puissance d'Otton humilié, dit un contemporain, par le jugement de Dieu, Aumiliatus Dei judicio, recule devant celle du candidat pontifical, Frédéric.

C'était beaucoup que d'être maître de la vallée du Rhin. Mais l'expérience de ces luttes impériales avait déjà montré à Innocent que ce n'était pas tout. La lutte des Guelfes et des Gibelins, sous Otton IV et Philippe de Souabe, prouvait suffisamment que l'Europe prenait grand intérêt à ce qui se passait en Allemagne. Le guelfe Otton IV avait pu, grâce à l'appui de l'archevêque et de la ville de Cologne, sous Richard Cœur-de-Lion et sous Jean sans Terre, compter sur l'argent el sur l'appui de l'Angleterre contre Philippe de Souabe. En revanche, le roi de France avait aussi prêté d'autant plus volontiers son concours aux gibelins, au rival d'Otton,qu'il était en lutte continuelle, surtout depuis le meurtre du duc de Bretagne, Arthur, avec Jean sans. Terre, récemmentdépouillé, surson ordreetpar jugement de ses pairs, comme un vassal félon, de son duché de Normandie. Le pape Innocent chercha habilement à tirer parti des précédents et de la rivalité de ces denx princes, dans l'intérêt de son protégé et dans le sien. Il avait, il est vrai, à se plaindre d'eux ; mais les sujets de son mécontentement contre eux élaient bien différents. Innocent ne reprochait à Philippe-Auguste que de ne point accorder les honneurs de reine à sa femme Ingeburge. Jean sans Terre entreprenait sur les libertés et privilèges de son Église ; il avait exilé l'archevêque de Cantorbéry, Étienne Langton, de son royaume. Sa politique vis-à-vis du clergé et de ses barons en Angleterre se rapprochait beaucoup de celle d'Otton en

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Allemagne!. Innocent TI faisait passerles intérêts généraux, publics, avant les intérêts privés. Déjà, en 1244, il avait sollicité Philippe-Auguste de lui prêter son concours en Allemagne contre Otton ; et le roi de France s'était engagé par une lettre à faire élire un autre empereur que celui-ci et à entrer avec une armée sur le territoire de l'empire. En l'année 1212, le pape alla plus loin. Sa diplomatie, moitié ecclésiastique et moitié politique, porta un double coup droit à Olton IV, en faisant de la compétition allemande d'Olton IV et de Frédéric une affaire européenne.

On représente généralement la bataille de Bouvines, où aboutit cette grande lutte, comme un événement presque exclusivement français. A regarder de près les faits qui la préparent, les combattants de différentes nations qui y figurent, les intérêts multiples qui y sont en jeu, les conséquences considérables qui en résultent, c'est, dans l'histoire de ce lemps, un événement d’une bien autre portée. Un empereur d'Allemagne, Otton IV, le roi de France, Philippe IL Auguste, le roi d'Angleterre, Jean sans Terre, yseront de leur personne, ou y auront leurs troupes. La diplomatie du personnage le plus puissant de cette époque, Innocent III, promoteur d'un anti-César, le célèbre Frédérié ll, contre Olton IV, et du défenseur ardentelconvaincu des droits de la puissance ecclésiastique, attaqués par celui-ci, y distribue les rôles et y détermine la formation des deux ligues qui mettent aux prises les forces d'une grande partie de l’Europe sur ce champ de bataille. Ce n’est pas seulement Philippe-Auguste qui y remportera, sur des vassaux rebelles et sur les troupes anglo-allemandes, une victoire utile à la monarchie et à la nation françaises. Fré-

Afntrod. de: Br., t. I, p. 227.

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