ROLE EUROPÉEN D'INNOCENT HI
de Bouvines, une année plus tard, un évènement européen, commun à l'Allemagne et à l'Italie aussi bien qu'à la France et à l'Angleterre. En ce sens, la bataille de Bouvines est, depuis le morcellement européen du x° siècle, après la chute de l'empire carolingien, un événement de premier ordre, l'un des premiers qui aient annoncé pour l'avenir la solidarité des grands États de l'Europe entre eux. Voyons à l'œuvre la diplomatie européenne d'Innocent.
Un de ces légats du Saint-Siège qu'on trouvait alors partout, le diacre Pandolphe, avait été chargé dé réclamer en Angleterre contre les usurpations de Jean sans Terre sur l'Église. Assez mal reçu par le roi, il lance l'interdit contre le royaume de celui-ci, délie ses sujets du serment de fidélité et prononce contre lui une sentence de déchéance dont il confie l'exécution au roi Philippe-Auguste. Le pape prétendait disposer de la couronne d'Angleterre, comme de celle d'Allemagne. Trois mois après, le nouveau chancelier de Frédéric, Conrad de Scharfenberg, et un évêque de France ménagent sur les frontières de la France et de l'Allemagne, & Vaucouleurs, non loin de Toul, entre le protégé du pape et le fils de Philippe-Auguste, Louis, une entrevue qui amène une étroite alliance des deux princes. Ils s'engagent par le traité de Toul, 19 novembre 1219, à ne jamais faire de paix avec Olion et avec Jean, sans leur consentement commun, et à ne recueillir dans leur pays aucun ennemi de lun ou de l'autre. C'était, dit Rigord, renouveler l'alliance et l'amitié perpétuelle qui avait existé entre leurs prédécesseurs, percusserunt fœdus inter se et renovave= runt perpeluas amicitias sieut fecerunt eorum prædecessures. Philippe-Auguste, en même temps, faisait donner à son allié Frédéric 20,000 marcs, dont celui-ci avait grand besoin pour se gagner des partisans.
L'alliance et l'argent de Philippe-Auguste, distribué par le jeune Frédéric aux printes allemands !, pesèrent singulièrement en Allemagne dans cette nouvelle lutte des guelfes et des gibelins. Le 5 décembre, en l'absence même du jeune Frédéric, à Francfort, devant le légat du pape et deux envoyés de France, une réunion de princes ?, parmi lesquels se trouvaient le duc de Bavière, Louis, le duc de Zœæhringen et même le changeant Hermann de Thuringe, élisent roi le petit-fils de Barberousse. L'archevêque de Mayence Siegfrid, l’entraînant dans sa ville, l’y couronne aussitôt, avec le consentement de celui de Cologne, Adolphe, dansle nouveau dôme qu'on y élevait alors 3. Le chancelier de l’empire, Scharfenberg, notifie ce grand événement à Philippe- Auguste et le prie de soutenir le nouvel élu de ses conseils et de ses ressources.
Cette cérémonie décisive entraîne une partie de l'empire. Tandis que Waldemar Ie de Danemark abandonne Otton, le nouvel élu, faisant sa royale chevauchée, reçoit, à Ratisbonne, le jour de la Chandeleur 1243, l'hommage d’Ottokar Ier de Bohême, de son frère de Moravie, de Léopold d'Autriche, revenu d'Espagne, de tous les évêques de Bavière, de l'archevêque de Salzbourg, et, à Constance, celui du comte palatin Henri, le frère même d'Otton IV, et celui de tous les seigneurs el évêques souabes, fort attachés à la famille des Hohenstaufen. Toute la haute Allemagne était gagnée à Frédéric. Innocent III avait frappéjuste. C'était un triomphe aussi pour lui et pour l'Église.
{ Chron. sampetr., dans Menkeu Script. 111, 241.
3 Rein. Leod : Inter quos fuerunt nuntii papæ el nunlii regis Franciæ.
8 Ab. æpo Moguntino, rogatu dom. colon. æpi, prout decuit et O©porluil coronalus.