‹ Histoire d'AllemagneChapitre 38 sur 150 · MORT D'INNOCENT I · texte numérisé non relu

MORT D'INNOCENT I

de roi de Sicile, devint son vassal. Avec lui, le Saint-Siège fut

l'oracle du dogme et du droit ecclésiastique, le tribunal politique des peuples, l'amphyction de la paix universelle. Jamais, depuis Grégoire VII, l'Europe n'avait été si près de devenir un fief de Rome, le Saint-Siège, une théocratie, et l'Église, indépendante et maîtresse, laconstitution même de la Société. Et cependant, la lassitude, presque le découragement d'Innocent 11 courbé lui-même sous un pareil far-

deau, étaient sigrands que, étant obligé deviyre tant pour les autres, il devenait presque étranger à lui-même; ses défaites et ses victoires, [a lutte toujours à reprendre, montraient déjà que la décadence de cette colossale puissance com mençait au suprême moment de son apogée. Ses contemporains en avaient le pressentiment; Guillaume le Breton nous dit que « la fin de cet homme, qui paraissait avoir poussé dans beaucoup d'affaires du temps la rigueur de ses principes et de son pouvoir aux extrèmes, causa plus de joie que de tristesse +. » Il aurait été révélé en Allemagne à sainte Luitgarde, qui n'est point suspecle, que ce grand pontife se trouvait en purgatoire pour trois motifs, dont son respect lui interdisait de parler, et qu'il n'avait échappé à un sort pire que par l'intervention de la Vierge, en l'honneur de laquelle il avait bâti un couvent ?, — Cette légende semble indiquer au moins que l'illuminisme le plus mystique n'était pas sans inquiétude sur Ia destinée réservée dans l'autre monde, où plongeaient ses regards indiscrets, à celui qui avait voulæ être maître de celui-ci.

4 Guill. lo Bret. : Finis ejus, quia in multis negoliis rigorem. nimium quam maxime allendere videbalur, Letitiam potius quam triaitiam generavil subjectis.

3 Vita Sanctæ Lutgardæ, IL, e. vu.

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