LIVRE IX
Innocent HIT avait mené l’Europe pendant dix-huit années. Il avait disposé de l’empire d'Allemagne même, et sa dernière créature impériale, Frédéric Il, semblait n'avoir commencé à régner qu’en son nom et à son profit. Cet homme tout-puissant disparu, la souveraineté temporelle, civile, cherche à reprendre le dessus dans la personne du petit-fils de Barberousse. Mais celui-ci a à lutter contre l'ombre toute-puissante du grand pape qui inspire encore ses successeurs. Frédéric II va jouer maintenant le premier : rôle dans la chrétienté. IL la remplira de son activité et de son nom. Il cherchera, subrepticement d'abord, puis de hante lutte, à donner une revanche à l’empire, à lui subordonner l'Église et à redevenir à son tour le maître en tout et partout. Mais, parmi les successeurs d’Innocent III, il trouvera des adversaires aussi indomptables : après Honorius III, Grégoire IX et Innocent IV; et la lutte atteindra ce paroxysme de haine et de fureur qui lassera les peuples, scandalisera la chrétienté el usera à la fois l’'empireetleSaint-Siège. Frappés d’impuissance, ces deux grands pouvoirstomberont des hauteurs où il se disputaient le monde. On verra se
soustraire à leur dominalion les souverainelés inférieures, les principautés, les peuples, les villes, enfin les consciences mêmes. Celle grande unité européenne, souvenir de l'empire romain pour les uns, utopie des successeurs de l'apôtre Pierre pour les autres, une fois brisée, il ne restera plus que les débris, les souvenirs ou les espérances laissés par ces deux idoles, pour lesquelles tant de générations d'hommes avaient combattu.
Éducation et caractère de Frédéric IL; son premier séjour en Allemagne. — Honorius II. — Frédérie II recule son départ en Terre Sainte, et fait élire son fils Henri roi des Rowains, en afaiblissant son auto+ rité, — Constitution ou confédération de Francfort (1218-12).
Né le 26 décembre 1194, de l'impératrice Constance, à lesi, petite ville de la Marche d'Ancône, au moment où la fille des anciens rois de Sicile allait rejoindre l'Allemand Henri VI son mari, celui qu'on appela dans sa jeunesse Frédéric-
Roger, avait été d'abord élu roi des Romains à deux ans, en 1196. Éloigné ensuite par sa jeunesse du trône de ses pères, après la mort de Henri VL,et rélègué dans leroyanme sicilien de sa mère, il avait élé au moins couronné roi, à Palerme, le 17 mai 1198, comme « magnifique, triomphateur et invincible». Mais, devenu tout à fait orphelin par la mort desa mère, confié tout jeuneà la tutelle et aux soins dupape, tutelæ et euræ apostoliei représenté par des cardinauxlégats, et, en réalité, jouet des ambitieux qui se disputaient le pouvoir, au milieu des factions allemandes, siciliennes et pontificales, il n'avait connu d'abord que les soucis du pouvoir, et, des hommes, que les passions mauvaises. IL n'avait rencontré quelque repos qu'à partir de 4207 sous la.