‹ Histoire d'AllemagneChapitre 40 sur 150 · ÉDUCATION KT CARACTÈRE DE FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

ÉDUCATION KT CARACTÈRE DE FRÉDÉRIC

protection politique de deux cardinaux romains et sous la tutelle personnelle du cardinal Censio Savelli, qui dirigea son éducation à Palerme.

Cette ville trilingue, ainsi qu'on l'appelait, était un milieu singulier pour un futur empereur germanique. La prospérité encore grande et le commerée actif de la Méditerranée, les croisades surtout, en mettant les peuples de ces rivages en communication les uns avec les autres, y avaient amené un mélange extraordinaire de mœurs, d'opinions, d'intérêts chrétiens, mahométans el juifs, italiens, provençaux africains el espagnols, qui lui communiquait quelque chose du caractère de chacune de ces religions et de ces civilisations différentes. Le droit romain, dont l'étude recommençait, l'enseignement des sciences gréco-arabes et des lettres de l'occident, la poésie provençale qui allait mourir et la poësie italienne qui naissait, y développaient, en dépit même de la suzeraineté pontificale, exposée d'ailleurs à bien des résistances, une liberté et une étendue d'esprit, inconnues à cette époque à d'autres contrées et à d'autres villes. On ne peut trouver aucun texte qui établisse la part que des professeurs romains ouarabesauraient pu prendre à l'éducation du jeune homme. Mais, grandi au milieu de difficultés terribles, puis sous une tutelle ecclésiastique, il prit à la fois, au milieu de luttes, de mœurs, d'opinions et d'idées si contraires, en politique, une conception absolue de la souveraineté et de la loï, une souplesse de conduile et, dans les idées, un goût pour la poësie nouvelle, pour les sciences naturelles et les mathématiques, pour l'astrologie même et la magie, qui le jetèrent en dehors des idées féodales et ecclésiastiques reçues, l'élevèrent au-dessus des enseignements théologiques de ce temps et lui firent apporter, en paix et en guerre, ce caractère et cet esprit indépendants, absolus, cosmopolites, sans

scrupule, tantôt terriblesettantôtcharmants, qui dépassaient de beaucoup son époque. Marié, à l’âge de seize ans, avec une femme du nom aussi de Constance, sœur du roi d'Aragon et veuve sans enfants du roi de Hongrie Emmeric, il avait déjà eu d'elle un enfant et il s'était trouvé menacé par le guelfe ! Otton jusqu’en sonroyaume de Sicile, quand la main puissante d'Innocent III l'avait jeté tout à coup dans le plein courant de la politique européenne, et, après la bataille de Bouvines, avait fait de lui l’un des plus puissants, sinon le plus puissant souverain de l'Europe chrétienne.

Frédéric II rendrait-il au Saint-Siège tous les services que le pape Innocent s'était promis de son élection? Innocent avait cru peut-être assurer ceux-ciàses successeurs en faisant promulguer, au concile de 1216, avant de mourir, les résolutions qui n'allaient à rien moins qu’à subordonner l'État à l'Église et l’empereur au pape. Jusque-là, le jeune prince n'avait rien objecté à ce qu’on lui avait demandé. Par la constitution d’Ægra, il avait affranchi l’Église allemande des servitudes impériales à elle imposées, un siècle auparavant, à la diète de Worms. Loin de refuser de mettre son bras au : service de la foi chrétienne, il s'était croisé, de son plein gré, le jonr de son couronnement. Afin d'éloigner le danger que le pape voyait à la réunion du royaume de Sicile et de l'empire, lorsqu'il avait fait venir son fils Henri en Allemagne, il avait promis, par la bouche de l'abbé de Saint- Gall, de nejpoint porter lui-mêmele titre de roi de Sicile et de faire gouverner ce royaume par un tiers. Mais que peuvent les lois ou les précautions politiques contre l’entrainement des circonstances ou des passions? Il est curieux de voir, dès le début, avec quelle souplesse et avec quelle

1 La querelle devenant européenne, je dis maintenant guelfe et gibelin.

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patience soutenue, Frédéric dégage peu à peu sa personne et sa politique des obligations dont le Saint-Siège et l'Église les avaient surchargés. Le politique, dans ce jeune homme, se révèle immédiatement.

L'élection au Saint-Siège du cardinal de Saint-Jean et Saint- Paul, Censius Savelli, vice-chancelier et câmérier de l'Église romaine, ancien tuteur de Frédéric, sous le nom d'Honorius 1, ajourna d'abord un conflit facile à prévoir, C'était ua vieillard pieux, simple et bon (religiosus, simplex et valde benignus); il donnait aux pauvres tout ce qu'il avait ; courbé par l'âge il était plein de tendresse pour son ancien pupille!. Sa douceur tempéra l'Apreté avec laquelle le cardinal Hugues d'Ostie et de Velletri, auquel Innocent JIL avait accordé comme à son parent une grande confiance , voulait maintenir ou poursuivre les desseins du pape défunt. Le jeune Frédéric, fort attaché à son ancien tuteur et ayant les timidités des débuts politiques, s'y prêta volontiers,

Récemment encore, à Wurtzbourg (1° e120 juillet), il ajoutait aux garanties déjà données pour le gouvernement de la

® Sicile. IL y accordait de nouveaux avantages à l'Église et en particulier renonçait encore au droit de régales à percevoir sur les bénéfices ecclésiastiques pendant les vacances « en toute libertë et pour l'honneur du crucifié ainsi qu'il s'exprimait (ob reverentiam crucifixi a bonæ voluntatis nostræ liberalitate). »

À la diète de Nuremberg, où il reçut la notification de l'avènement d'Honorius III (déc. 1216), il conféra, ilest vrai, à son fils, amené non sans peine par sa mère, le duché de Souabe. Mais il ne dérogeait pas par là à ses promesses.

4 Hull. Breh., 1, 802 : Quin ergo promotionem unici filii nostri,

tanquam qui ipsum non possumus non amare, laborauimue haclenus juxta posse.

176 L'EMPEREUR FRÉDÉNIC 11 (1218-1250)

Le 7 février 1217, en faisant complimenter Honorius sur son avènement par l'abbé de Saint-Gall et le marquis de Montferrat, il demanda un délai pour la croisade à laquelle il s'était engagé au commencement de son règne. Mais les raisons données au nape étaient bonnes. Son rival, encore vivant alors, quoique serré de près dans Brunswick, pouvait tenter quelque mouvement, si Frédéric s'éloignait. Le pape Honorius III accorda à son pupille ce qu'il désirait par une lettre du 8 avril, tenant seulement la main à l'accomplisse= ment du vœu des autres princes allemands ; et il exhorta les vassaux laïques et ecclésiastiques de celui-ci à lui res ter fidèle.

Libre d'agir, Frédéric fit scrupuleusement son métier royal de justicier et de protecteur de la paix publique Kà où il était maître. Tout en prenant soin de se faire des partisans par ses largesses, il réprime les violences et lesusurpations commises sur le domaine royal; les querelles locales, qui ne manquaient jamais, soit dans l'intérieur du royaumesoitsur les frontières, en Lorraine et même en Bourgogne,entre des seigneurs rivaux ou entre les villes et leurs évêques, furent apaisées. C'était une tâche difficile. Les chroniques ét annalesallemandeselles-mêmes nous dépeignent sous les couleurs les plus défavorables les mœurs qu'une guerre civile avait propagées dans le pays. Partout, dit celle d'Ursperg, « des hommes violents, rapaces et cruels, besogneux et prodigues, âpres au gain et au pillage, n'obéissant qu’à leurs passions et foulant aux pieds la justice, se disputent trattreusement les bénéfices et les honneurs par la ruse, am besoin par l'assassinat, usurpent les droits régaliens et s'ar= rachent violemment les comtés et les châteaux. »

4 Chron. Ursp., 304, 905 : Bellicosi, crudeles, expensarum pro-

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