‹ Histoire d'AllemagneChapitre 41 sur 150 · SON PREMIER SÉJOUR EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

SON PREMIER SÉJOUR EN ALLEMAGNE

Dès l’année 1218, Frédéric, plus rassuré en Allemagne, fait déjà acte d'empereur sur ses frontières. Le remuant duc de Lorraine, Thibaut, vassal de l'empire, ne respectait pas plus l'autorité de l’empereur en Alsace que celle de la comtesse de Champagne, vassale de Philippe-Auguste. Frédéric envahit la Lorraine, paraît devant Nancy et force Thibaut à se constituer prisonnier et à consentir à donner des gages de sa tranquillité par une paix que garantissent l'archevêque de Trèves et le duc de Bourgogne. Frédéric retient quelque temps Thibaut prisonnier à Wurtzbourg et dans ses voyages, mais en l'invitant constamment à sa table, où il n’était servi que par un valet qui tenait son manteau.

La même année, après la mort de Berthold V, duc de Zæœbhringen, décédé sans héritiers directs, Frédéric, à Ulm et à Haguenau, préside au partage de celte succession entre les héritiers indirects. Au comte de Kiboursy, il adjuge <e qui était en Suisse ; au comte Egino le Barbu de Urach, il confère ce qui était en Brisgau et dans la Forêt-Noire, en leur laissant en fief ce qui revenait à l’empire, heureux d'affaiblir par cette division une principauté qui était déjà puissante. On reconnait en lui déjà l’empereur. Ce roi est tout dans tout, dit un annaliste, rex est totus in omnibus; et le poète Walter de Vogelweide, quiavait longtemps traité Frédéric de seigneur, le proclame déjà maintenant roi. Mais un problème dominait encore tout : celui des rapports de Frédéric avec Honorius, de l'empire avec la cour de Rome; et, en donnant à son fils Henri l’administration du royaume de Bourgogne, laissée aussi vacante par le duc de Zæhringen, Frédéric II inquiétai$ déjà le pape Honorius. digi volontatem pro jure habentes, bonis et honoribus suis insidianfur ad invicem et quod deterius est his deficientibus cxecrabilibus se occidunt vulneribus, elc. etc.

Tous V. 12

Heureusement, sorti des préoccupations du grand concile présidé par Innocent III, en 1216, Honorius avait à cœur surtout la politique extérieure de la chrétienté. Non content de voir s’embarquer sur l'Adriatique, en 1217, le roi André de Hongrie, les ducs d'Autriche et de Bavière et nombre d'évêques et d'abbés, avec leurs chevaliers et leurs hommes, il faisait venir à Rome le Français Pierre de Courtenay,époux d'Yolande, la sœur du second empereur latin de Byzance, etil l'y couronnait solennellement, dans la basilique de Saint-Pierre, pour l'engager à défendre lachrétienté d'Orient. Les événements ne répondaient pas à l'attente du pontife. Gonduits par le roi de Jérusalem, Jean de Brienne, sur le Jourdain, à l'attaque du mont Thabor, les croisés allemands eu hongrois étaient bientôt repoussés. Jetés dans un monde qu'ils ne connaissaient point, pris de dégoût pour l'étrange mélange de chrétiens et de musulmans, d'Européens et d'Asiatiques qui formaient maintenant, sous le sobriquet de Pullani, la population de la Terre-Sainte, ils devaient s'en revenir bientôt presque tous, avec le roi de Hongrie en Europe. Pour le nouvel empereur de Constantinople, Pierre de Courtenay, après avoir traversé l'Adriatique, il tombait dans les embûches que lui tendait Théodore Lascaris, des pote de l'Épire, et il était jeté dons une prison, où il devait mourir. Mais Honorius ne se découragea pas.

Le comte de Hollande et les croisés du Nord de l'Allemagne et de la Norwège étaient partis pour l'Orient, des ports de la Baltique et de la mer du Nord, avec celui qui avait prêché et qui a raconté celte croisade, Oliver de Cologne. Après avoir fait le tour de l'Europe par l'Océan et traversé la Méditerranée, ils arrivaient, au commencement de l'année 1218, à Saint-Jean d’Acre, où ils trouvaient encore le duc Léopold d'Autriche et les croisés allemands qui

Page 1