‹ Histoire d'AllemagneChapitre 44 sur 150 · CONSTITUTION DE FRANCFORT · texte numérisé non relu

CONSTITUTION DE FRANCFORT

d'exécuter cette loi. Telle est l'alliance, la confédération, selon l'expression! dont le document se sert, conclue à Francfort entre Frédéric et les princes laïques et ecclésiastiques de l’Allemagne.

Quoi d'étonnant, après cela, que les princes allemands obtempèrent au vœu que Frédéric leur avait fait connaître plus d'une fois. Du 20 au 26, dernier jour où cette ennfédération fut signée, ils élisent unanimementroi son fils Henri. C'étaituneinfraction formelle aux promesses faites aux papes Innocent et Honorius. Le fait ne s’accomplit pas cependant sans l'opposition de quelques princes qui disaient que !’Allemagne ne pouvait avoir deux rois; et on ne sait au juste quel jour il eut lieu. Frédéric, un peu honteux, prit la peine de s'excuser, et, pour ne pas être accusé de mauvaise foi, il prétend avoir élé surpris et presque forcé, dans le récit, le seul que nous possédions, fait par lui au pape. « A La diète de Francfort, dit-il, dans sa lettre, l’archevêque de Mayence et le landgrave de Thuringe avaient renouvelé leur conflit, qui datait de si loin, sur le droit de lever la dime. La querelle atteignit une telle violence, que, de crainte d’exposer l'Allemagne à une guerre dangereuse, en l'absence de l'empereur, les princes jurèrent de ne point quitter la place, sans terminer leurs différends. Tous leurs etforts furent inutiles. C’est dans l'intérêt de la paix qu'ils se décidèrent alors, même ceux qui y étaient jusque-là le plus opposés, à élire roi de Germanie, en l'absence de Frédéric, qui ignorait tout (nobis inscientibus et absentibus), son fils Henri. »— « Quand Frédéric l'apprit, écrit-il encore, il n'y voulut pointconsentir;, mais comme c'était dans l'intérêt de la paix, et que les princes avaient pris toutes les précautions

t Huillard Breh., 1, 762, 763.

pour qu'il n'y eût rien de commun entre l'empire et le royaume de Sicile, il se décida à demander à chacun de ceux qui avaient eu partà l'élection, de rédiger un acte revêtu de son sceau pour en informer le pape et lui demander son consentement, avec prière de reconnaître Henri roi des Romains ». (Ce qui eut lieu en effet.) « Frédéric terminait sa lettre en disant que, l’union possible de l'empire et de la Sicile étant la seule raison qui pût déplaire à Sa Sainteté dans l'élection de Henri, il lui ferait connaître de vive voix toutes les garanties qu'il offrait pour empêcherque cette union pût jamais avoir lieu 4. » Cette lettre, au moins singulière, fut remise au chancelier de l'empire, évêque de Metz, qui avait déjà pressenti la cour de Rome à ce sujet et n'avait pas reçu de réponse. Encore, celui-ci, empêché par une fièvre tierce aigüe, éertiana acutissima, ne se mit-il en route que le 13 juillet, près de trois mois après l'événement!

A la diète de Francfort, Frédéric n'avait pas seulement trompé le pape; il avait fait une sorte de révolution. Il avait changé la constitution de l'empire dont il allait prendre la couronne. Successeur des Otton le Grand, des Henri II, il commençait à constituer l'indépendance des princes laïques etsurtout ecclésiastiques, que ses prédécesseurs, comme héritiers de Charlemagne, avaient toujours voulu tenir sous leur pouvoir. Gibelin, petit-fils de Barberousse, après la dissolution des anciens duchés et comtés, et par la désuétude des offices carolingiens qui avaient dans ces ressorts administré l'empire, il faisait, des princes et des États féodaux qui les avaient remplacés, autant de principaulés presque indépendantes. Le guelfe Ofton IV, récemment encore, avait voulu, comme le roi d'Angleterre Jean, dont il avait

{ Huillard Breh. 1, 762, 763: Jta quod regnum nihil habeat unionts cum diclo imperiv.

Page 1