‹ Histoire d'AllemagneChapitre 45 sur 150 · HENRI ÉLU ROI DES ROMAINS · texte numérisé non relu

HENRI ÉLU ROI DES ROMAINS

été l'allié, soumettre en Allemagne les barons et spolier l'Église. Frédéric I semblait prendre à tâche d’affranchir les princes laïques et ecclésiastiques de son autorité même, et de les enrichir, d'en faire des puissances nationales, indépendantes, supérieures aux autres, pour séparer leurs intérêts particuliers des intérêts généraux de la papaulé, sans crainie de ruiner son autorité à lui-même. Les empereurs franconiens, contre les seigneurs laïques ou ecclésiastiques, avaient favorisé les villes, en leur donnant des franchises et en leur assurant des accroissements de population. Le Hohenstaufen Frédéric II, à peu d'exceptions près, se montrait disposé à sacrifier aux grands les franchises, la prospérité des villes, ainsi que la petite noblesse et même la liberté du commun peuple.

11 obtenait, il est vrai, lui, tout jeune encore, ce que Henri VI, son père, avait si difficilementobtenu dans sa toutepuissance: l'élection de son fils. Il frayait à sa famille une voie à l'hérédité, et il espérait se faire un appui contre la papauté et l'Italie de ces puissances nouvelles, indépendantes, avec lesquelles il concluait une alliance, une confédération, Mais les États une fois affranchis, malgré cette confédération, serait-il bien sûr de séparer leurs intérêts de ceux de Rome et de l'Italie ? Et cette couronne, ne la dépouillait-il pas de ce qui faisait sa force en Allemagne, de ses droits impériaux sur la haute noblesse laïque et sur les princes de l'Église? Et espérait-il retrouver dans le couronnement romain celle puissance surhumaine, universelle, pour laquelle il faisait volontiers lilière de ses droits régaliens, qu'il sacrifiait si aisément ?

On se rendra compte de l'importance de cette révolution commençante, en songeant à ce qui se passait alors en Angleterre et en France. A cette époque même les barons

et les évêques anglais inauguraient pour eux un tout autre régime d’affranchissement, en imposant à leur souverain la grande charte. A cette époque également, le roi Philippe-Auguste commençait à soumettre à sa couronne les seigneurs féodaux et les évêques de Francejusque-là si indépendants, en se faisant contre eux un appui des villeset des communes déjà favorisées par ses prédécesseurs. Telles étaient les voies différentes que prenait la constitution des trois grands pays qui ont eu en effet un développement politique si opposé en Europe.On ne peut pas dire quecelle de la nation allemande fûtla meilleure. L’Angleterre allait ainsi à la liberté ; la France à l'unité territoriale et monarchique. L'Allemagne devenait sous l’empereur, au contraire, une sorte de confédération ; elle allait peut-être à l'anéantissement du pouvoir central, au morcellement féodal et aristocratique, entre les mains d'un certain nombre de despotes, aux dépens de la paix publique, de la liberté de tous et dela puissance de l'empire.

Fils de cetHenri VI qui, maître un instant de l'Allemagne, de Naples et de la Sicile, et presque de l'Italie, avait rèvé de réunir en une seule monarchie l'empire d'Orient à celui de l'Occident, et de la dernière descendante de ces aventuriers normands qui, à Naples et à Palerme, avaient tout ambitionné, élevé dans le Midi, sous lecielitalien et sur la route prestigieuse de l'Orient et de la croisade, époux aussi d’une princesse du Midi, Constance d'Aragon, pupille d’Innocent IT, qui avait étendu sa domination de Constantinople à Londres, poussé par lui à l'empire, l’empereur Frédéric tenait évidemment à réunir, au moins personnellement, sa vie durant, la couronne de Naples et Sicile à celle de l’empire, pour se rendre maître de cette Lombardie dans laquelle avait sombré la puissance de Barberousse ! Et, dans les rêves vertigineux d'une intelligence qui tenait de l'audace du Midi

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