HENRI ÉLU ROI DES ROMAINS
et de la ténacité du Nord, servies par la souplesse d’une éducation cléricale et l’expérience la plus précoce, acquise sur les rivages de Messine et sur les bords du Rhin, il croyait trouver dans son couronnement impérial à Rome, en portant un coup si sensible à l’œuvre des premiers héritiers allemands de Charlemagne, le secret de la restauration de cette monarchie plus universelle et plus antique, dont l’entretenait alors l’étude du droit romain : la monarchie de Constantin et de Théodose, grandie encore à ses yeux par l'éloignement des temps.
Peut-être, avant de franchir les Alpes et de se retrouver en Italie, Frédéric II put-il se faire cette illusion. Dejà le sénateur Parentius, premier magistrat de la municipalité romaine, lui écrivait : « La lettre de Votre Sérénité, lue au Capitole, a réjoui nos cœurs ; votre digne ambassadeur, l'abbé de Fulde, nous a dit que vous étiez disposé à chérir le sénat et le peuple romain. Nous vous prions de garder ces bonnes dispositions quand vous serez à l’empire. Nous attendons avec impatience cet heureux jour. Vous nous recommandez d'obéir au pape et de donner l'exemple du dévouement à la chrétienté. Nous sommes résolus à rester attachés à l’Église romaine, qui a fondé la cité : c'est notre mère, nous sommes son boulevard contre ses ennemis. Nous prendrons soin que la tranquilité favorise votre couronnement ! ». Des différentes seigneuries et villes qui avaient suivi le parti de Frédéric, dès qu'il avait été désigné à l’empire, lemarquis de Montferrat, les évêques de Turin, Novare, Ivrée, les envoyés des villes deParme, de Crémone, de Brescia, de Vérone, de Bergame, venaient jusqu’en Allemagne implorer la protection de l’empereur élu, contre Milan,
1 Pertz, Monumenta Germ. S.S., IV, 241.
Plaisance et les villes qui, sous le prétexte de suivre le parti contraire, continuaient leurs séculairesrivalités et refusaient d'observer la paix que le pape Honorius, comme son prédécesseur Innocent IL, recommandail à tous. C’est là la tentation ordinaire que les villes italiennes ne manquaientjamais d'exercer sur les souverains du Nord, dont elles voulaientse servir, Que pouvait Honorius devant l'ambition maintenant dévoilée mais toujours cependant captieuse de son cher pupille? Recommencer Innocent III? tenter de renverser celui qu'il avait aussi élevé? Il ne paraît pas avoir réclamé trop vivement contre ce qui avait eu lieu à Francfort. IL écrit à son pupille qu'il attend l'effet de ses promesses et ses éclaircissements ; « et il compte sur l'affection qu'il lui a toujours témoignée quand ils se reverraient à Rome, après huit années d'absence. »
Les préparatifs de départ pour l'Italie se font dans la vieille ville d'Augsbourg, au mois d'août, dans une diète solennelle, avec le roi de Bohème, le margrave de Moravie, le duc de Meran, les archevêques de Trèves et de Magdebourg, Frédéric II prend les mesures nécessaires au maintien de la tranquillité de l'Allemagne : il confie à l'évêque Ollo de Wurtzbourg l'éducation de son fils Henri, à Henri duc de Brunswick, la lieutenance de l'empire en Saxe, à l'archevôque de Cologne Engelbert, l'administration des bords du Rhin, à un autre la lieutenance du royaume de Bourgogne, à deux de ses serviteurs particuliers de la famille de Waldbourg l'administration de ses biens particuliers. Le gouvernement du royaume allemand n'est pas laissé en une seule main, comme si le maître ne devait pas rester longtemps absent!. Des preuves de sa générosité laissées après
4 Scbirrmacher, Fr. der Zweite, t, 1, p. 128, 129.
COURONNEMENT DE FRÉDÉRIC If A ROME LE
lui le rappelleront encore. Il abolit un péage sur le vieux pont du Danube à Donauwerth et ordonne qu'on le refasse en pierre; il prend sous sa protection la comtesse de Flandre contre le comte de Hollande. Enfin, à la place de l'évêque de Turin et du marquis de Montferrat, qui dans leur mission au delà des Alpes n'avaient montré que leur impuissance, il envoie en avant, avec de pleins pouvoirs, en Lombardie, en Romagne et en Toscane, pour lui préparer les voies, son habile chancelier l'évêque de Metz et de Spire, Conrad, qui était passé du service d'Otton au sien et qui connaissait les affaires de l'Italie comme celles de l'Allemagne !.
Couronnement de Frédéric il à Rome; la loi constitutive calholique. — Gouvernement de l'Italie. — Affaires d'Orient; perle de Damjelte ; projets et délais de croisade, — Mariage de Frédéric avec Yolande de Jérusalem et de Henri avec Marguerite d'Autriche (1220-1225).
Au mois de septembre, à la tête d'une petite armée où Jon distinguait le patriarcne d'Aquilée, les évêques de Passau et d'Augsbourg, le duc de Bavière, le margrave de d'Hohenbourg, le duc de Spolète et quelques serviteurs fidèles, entre autres Anselm de Justingen, Frédéric, après huit années d'absence, mais singulièrement grandi par les événements, descendait en Italie par le col de Brenner. Son but immédiat était de se faire couronner à Rome, de prendre sous une forme ou sous une autre l'administration du royaume de Sicileet de dominer l'Halie; son but lointain et apparent surtout, celui qu'il faisait briller aux yeux du
‘ Pertz, Mon. G. Leges, 11, 238. H. B., I, 855.
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