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PREMIÈRES DIFFICULTÉS AVEC LA LIGUE LOMBARDE

Dans les conventions failes entre les deux pouvoirs, le jour du couronnement de Frédéric à Rome, il y en avait deux qui ne semblaient les unir que pour les mettre mieux en lutte. En premier lieu, loules les institutions municipales attentatoires à la liberté de l'Église avaient été condamnées; en second lieu, les héritiques excommuniés avaient été mis hors la loi au bout d'un an, s'ils ne faisaient pénience. On comprend combien le droit de l'empereur de s'immiscer,au nom du pape et de l'Église, dans les affaires des cités italiennes, et celui du pape d'invoquer dans leurs murs le bras séculier, pouvaient donner à deux pouvoirs rivaux l'occasion de poursuivre chacun leur propre intérêt, sous prétextede s'entr'aider, et d'entrer justement en lutte, pour avoir l'honneur d'accomplir chacun la même œuvre. L'em-

pereur, poscrivant les institutions municipales contraires 4 la liberté, c’est-à-dire à l'autorité de l'Église, etles hérétiques contraires à la foi, trouvait un moyen de tourner les archevêques et évêques, même les seigneurs laïques contre Les villes, qui avaient suivi le parti pontifical. Le pape, en persécutant les ennemis de l'Église, les hérétiques, dans les villes ditesimpériales, n'était pas fäché d'y affaiblir l'em-

pereur,

Ainsi, malgré l'accord apparent du pape et de l'empereur, sous les couleurs des deux factions, impériale et pontificale, les comtes de San-Bonifacio et les marquis d'Este se disputaient Vérone, Vicence et Ferrare; Gênes et Asti combattaient Alexandrie et Tortone, qui trouvaient du secours dans Milan el Verceil. L'inimitié croissait entre la vieille Pise et la nouvelle Florence en Toscane; et, en Romagne, Bologne et Faenza, en se conjurant contre Imola, se faisaient mettre au ban de l'empire. C'est pourquoi Frédéric II, avant de partir pour la Terre Sainte, vou-

lut convoquer tous les vassaux de son royaume à Pescara, dans les Abbrues, avec ordre de marcher au nord del’Italie, et enjoignit en même temps aux habitants de Spolète, restituée récemment à l'Église, d'avoir à préparer pour son passage les vivres et le service auxquels ils étaient tenus, dès qu'ils en auraieut reçu l'autorisation du pape. Il voulait «restaurer dans une prochaine diète les droits de l'empire méconnus au grand détriment de ses sujets {. »

Là commencèrent à apparaître les difficultés. Les Spolétains, ne se croyant pas tenus au service militaire, envoyèrent à Honorius la lettre de l’empereur. Celui-ci sortit de sa modération habituelle. Il s’excusa d'élever la voix : mais il était nécessaire, disait-il, « d'accuser, de conjurer, d'insister opportunément et même importunément. » Il rappelait tous les services que le Saint-Siège avait rendus à la jeunesse de Frédéric; il lui reprochait les marques d’ingratitude déjà données, les déplaisirs faits à son beau-père Jean de Brienne. Frédéric répondit assez aigrement. Il opposa aux services à lui rendus les empiètements commis sur l’autorité royale et impériale, se réclama de ses droits impériaux à Spolète,et fixa hardiment dans la ville de Crémone, pour l’époque de Pâques, la diète où il voulait proclamer devant son fils, devant les princes et prélats allemands, devant la noblesse et les magistrats des cités de l'Italie, le rétablissement de ses droits, Jura imperit in statum optimum reformare, méconnus aux dépens des sujets , én oppressionem subditorum, et restaurer la concorde des cités, concordiam cioitalum 1.

{ Petrus de Venels, ep. III, cap. Lxxvi. 3 Huill. Breh., Hist. diplom.,t. IT, p. 515-549. Petrus de Viveis, II, 76.

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