ÉTABLISSEMENT DE L'ORDRE TEUTONIQUE EN PAUSSE
la Prusse et à la reprise de possession de l'évêché et du pays de Culm.Honorius y avait envoyéun légat en 1221 ; Frédéric, enmars de la même année, déclarait à Lous les princes, roiset particuliers, qu'il mettait les convertis prussiens sousla protection de la sainte Église et de l'Empire romain, saerosanctæ matris ecelesiæ et romani imperii. À l'insligation du pape et de l'empereur peut-être, le duc de Mazovie et l'évèque de Culmentamentdesnégociations avec Hermann de Salza,grand-maître de l'Ordre teutonique, pourcéderàluietà l'ordre le territoire de Culm, à la condition qu'il y élablisse une colonie de chevaliers teutons, y organise et y éternise la croisade, en vue de la conquête et de la conversion de la Prusse, ad gloriam veri Dei. fondés par l'enthousiasme de {a première croisade, les ordres militaires et religieux, le Teutonique surtout, étaient des entreprises de recrute ment et d'opérations militaires, dontles donationsdes fidèles faisaient les fonds ; la défense des pays chrétiens et la conquête des territoires infidèles ou païens en étaient le but. Hermann de Salza, avant de s'engager dans cette nouvelle entreprise, chercha une garantie auprès de l'empereur Frédérie A: 11 ne pouvait mieux s'adresser. Frédéric afectait déjà la possession du monde, dominium mundi! I estimait qué son empire était constitué de Dieu, sur la terre, de préférence aux rois, præ regibus orbis terre sublime, et que les limites de sa domination étaient étendues à travers les divers climats du monde, détionis suæ terminosperdiversa mundi elémata ampliatos. Aussi, à ce titre, Frédéric, au mois de mars 1226, avant même le pape, qui ne donna que plus tard sa confirmation, « ayant en vue le dévouement lonjours prêt et éprouvé du grand Maître, confiant en sa prudence, et parce que la terre elle-même est satisfaite sous la monarchie impériale, {erra ipsa sub monarchia imperié
contenta, concède à Hermann de Salza, à ses successeurs et à son ordre la terre de Culm avec le droit d'envahir, énoadendi, et de conquérir, conquirendi, la terre de Prusse, avec l’aide de Dieu, pour y exercer sur les montagnes, les plaines, les fleuves, les bois et la mer, l’ancien et saint droit d'empire, avec exemption de tout service et redevance, c’est-à-dire la juridiction et le pouvoir, tels que tout prince d'empire l'exerce dans sa terre. »
On voit comme ce document change les choses. L'âge théocratique des Grégoire VII et des Urbain II fait place à l’âge politique, impérial. C'était autrefois Grégoire VII, Innocent IIT qui prétendaient consacrer la possession des terres conquises sur les païens ou les Infidèles, comme domaine du Christ, en Espagne, par exemple. Aujourd'hui, c'est l'empereur. Le pape Honorius, pendant les négociations, avait bien essayé de réclamer (3 janvier) la terre de ces païens ou convertis, qui ne devait être soumise qu'à «saint Pierre et à l'Église romaine. » Mais son successeur, Grégoire IX, lui-même, devait revenir sur cette déclaration. Et c'est ainsi que le derniergrand empereurallemand du moyen âge jette, en la confiant à l'Ordre Teutonique, les premières assises alors bien chétives de l'étonnante fortune de cette province de Prusse qui, séparée de l’unité catholique, après des destinées diverses et de considérables agrandissements, fut érigée cinq siècles plus tard en royaume et devait restaurer, en Allemagne, sur d’autres principes, un empire moderne non moins puissant en Europe au xix° siècle.
La puissance de Frédéric II n’était-elle pas cependant plus apparente que réelle? Quand, après avoir donné ce nouveau signe de sa puissance, il s’approcha du Pô, avec sa petite armée d'évèques, de princes et de chevaliers allemands ou napolitains, pour rejoindre Crémone, où il avait donné ren-