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TOUTE-PUISSANCE D'INNOCENT III DANS LA CHRÉTIENTÉ

spirituel est méprisé quand le glaive matériel ne lui prête pas son secours !, » Il reçut avec égard l'honnête et pieux (cirum religiosum et honestum) Odo de Salem, ambassadeur de Philippe et renvoya avec lui en Allemagne le prieur des Camaldules, Martin, homme également recommandable pour discuter les bases d'un arrangement. Philippe de Souabe était alors, en mai 1203, prêt à envahir la Thuringe et à châtier son landgrave Hermann. Il se montrait disposé donner satisfaction au pape pour les usurpations commises pur lui dans les Élats de l'Église. « 11 offrit d'allerrejoindre les croisés devant Constantinople pour rétablir l'empereur Alexis qui était son beau-frère, et il s'engagea à faire son possible pour réunir l'Église grecque à la latine. En Allemagne, il respecterait la liberté des élections, renoncerait au droit de dépouilles, et prêterait le bras séculier aux sentences de l'Église. Seulement, soucieux des droits de l'empire, il ne consentait pas à y renoncer, en Toscane, en Lombardie, à Naples et en Sicile. » Il chargea le prieur des Camaldules de reporter au pape ces conditions, et il entra, le 25 mai, en Thuringe, pour réduire Hermaun, à la tête de deux mille chevaliers, dont beaucoup ftaient conduits par des évêques.

LesOttoniens vinrent au secours du chevalier-poète. Le comte palatin Henri, avec cinq cents cavaliers et une horde sauvage de Bohémiens et de Hongrois, conduite par le duc de Moravie, frère du roi de Bohème, allié du roi de Hongrie Emmerich, arrivèrent. Philippe de Souabe recula devant le nombre, jusqu'à Erfurth, y fut quelque temps entouré par ces hordes,/mais s'échappa. Les ravageurs firent main basse sur

LRegiat. de neg. imp, 19 : Cum sciamus quod frequenter gladius piritualis contemnelur si materiali gladio non juvatur,

les territoires qu’on leur désigna. Dans l'archevêché de Magdebourg, ils détruisirent seize couvents, pillèrent trois cent cinquante paroisses, se firent des vêtements des chasubles des prêtres, des couvertures de chevaux des tapis des auels, emmenèrent les nonnes en croupe et disparurent avec leur butin. Otton 1V, en signe de victoire, avec le légat Guido de Préneste, reçut à Mersebourg l'hommage du roi de Bohème Ottokar; il lui promit que l’archevêché de Prague, médiatisé, serait soustrait à celui de Mayence. Seuls l'inébranlable archevêque de Magdebourg et l’évêque de Halberstadt résistèrent.

Malade un instant, à Anagni, d’où se répandit le bruit de sa mort, mais bientôt remis par ces nouvelles favorables à sa cause, Innocent IIT repousse les ouvertures de Philippe et montre plus d'activité que jamais en 1204. Las de lutter contre Rome et préférant l’empire du monde à celui d'une ville, il fait sa part à celle-ci. Il consent à laisser remplacer l'unique sénateur, qui dépendait de lui, par un conseil de cinquante-six sénateurs, à la condition qu'ils garantiraient les biens de l’Église. Au centre de l'Italie, il se contente de l'hommage des grandes villes en leur laissant leurs libertés particulières, pour reconstituer au moins sur elles sa suzeraineté. Dans le nord, en Lombardie et dans la Marche de Trévise, il exige surtout la reconnaissance d’Otton. Les succès de Philippe-Auguste, qui exécutait alors sur Jean sans Terre en France la sentence du conseil des pairs et s'emparait de Rouen et de la Normandie, fortifiait sa politique générale. Bientôt une nouvelle, plus surprenante encore qu'on ne s’y attendait, vient encourager le chef de cette théocratie en faveur de laquelle tout semblait concourir.

1 Ann. col. max., p. 811. — Ann. Reinhardsbrun.

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