‹ Histoire d'AllemagneChapitre 7 sur 150 · TOUTE-PUISSANCE D'INNOCENT LI DANS LA CHRÉTIENTÉ · texte numérisé non relu

TOUTE-PUISSANCE D'INNOCENT LI DANS LA CHRÉTIENTÉ

Las des intrigues et de la mauvaise foi des Grecs, les croisés latins ont assiégé Constantinople, la ville schismalique; etle bruit se répand bientôt qu'ils l'ont emportée d’assant le 16 mai 1204, et mise au pillage. Arrivés à cette extrémité, malgré le pape, ils lui font, pour se faire pardonner, l'hommage de leur conquête. On se raconte en Occident cette merveille, dont toute la latinité est fière. Le pape n'a plus qu'à S'applaudir d'un résultat qu'il n'a ni voulu ni prévu. Innocent, en effet, comprenant le parti qu'il peut tirer de l'événement, blâme l'attaque d'un pays chrétien, les excès commis, dans la ville prise, sur les biens et même les personnes. Maïs, comme « les jugements de Dieu sont insondables », il approuve la conservation et la défense par les croisés du pays conquis par le jugement de Dieu, C'était la théorie chrétienne du fait accompli. Les vainqueurs songérentalors à établir un empereur latin sur le trône de Constantin comme un patriarche latin dans Sainte-Sophie. Philippé de Souabe, parent d'un des princes grecs détrônés, atraiteuvolontiers cette ambition, qui n'allait à rien moins qu'tréunir les deux empires, comme l'avait voulu Henri VI. Mais celle réunion ne convenait à personne, moins au pape qu'à tout autre; on élit pour empereur Baudouin de Flandre ebpour patriarche le Vénitien Thomas Morosini. Innocent approuve le choix du Flamand, qui met son nouvel empire soussa protection, et il consacre Thomas Morosini, qui vient recevoir sa dignité à Rome de sa main.

out semblait réussir à Innocent aux extrémités de l'Europe. Al avait recherché en Aragon une alliance pour son papille Frédéric de Sicile. Le jeune don Pèdre d'Aragon, fils

d'un souverain qui avait été excommunié, ne se contente pas de promettre sa sœur, veuve d’un roi de Hongrie en mariage au fils de Henri VI : il vient à Rome, dépose sa cou-

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ronne, le 11 novembre 1204, sur l’autel de l’église Saint- Pancrace, et la reçoit comme un vassal de la main d'’Innocent. C'était le temps où le royaume de Bulgarie achevait de se réunir religieusement à Rome. Si Innocent parvenait enfin à imposer à l'Allemagne un empereur de son choix, la théocratie, rêvée par Grégoire VII, commencée par UrbainIE, en réunissant sous sa main toute l’Église chrétienne, de l’Irlande à l'Arménie et les deuxempires d'Occident et d'Orient, d’Aix-la-Chapelle à Constantinople, était achevée. Mais l'empire d'Allemagne était toujours la grosse pierre d’achoppement de la papauté.

« Votre Altesse royale ne doit point être surprise, avait écrit déjà le pape à Otton IV, « son cher fils », à la fin de 1203, si tout n’est pas encore terminé. Rien ne se termine aussi vite. Il faut louer Dieu de ce que les choses sont déjà si avancées. Pour moi, ni les prières, ni les promesses, ni les présents, ni les menaces ne m'ont découragé. « Il remonte le moral de Guido de Preneste, son légat, souvent rebuté par les évêques et les abbés dans un pays pauvre, peu hospitalier et peu donnant : « Tu fais bien, lui dit-il, à l'exemple des apôtres, d'aimer mieux manquer de tout que d'être à charge à qui que ce soit. » Il conjure, dans des lettres pressantes les ducs de Saxe, d'Autriche, de Méran, le margrave de Zœhriugen, tous les partisans de Philippe, d'abandonner celui-ci, et de n’attendre pas jusqu’au jour où, quand ils viendront frapper à la porte pour demander leur récompense, il leur sera répondu : « Je ne vous connais pas !. »

Dans l'Église allemande, les faveurs sont plus que jamais pour ceux qui se déclarent en faveur d’Otton, les refus pour

1 Registr. de neg. imp., 82, 83, 104, 105.

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