‹ Histoire d'AllemagneChapitre 64 sur 150 · EXCOMMUNICATION DE FREDÉRIC IL · texte numérisé non relu

EXCOMMUNICATION DE FREDÉRIC IL

orages qui assaillent, dit Grégoire, sur la vaste mer la barque de Pierre, entre la rage des Infidèles, qui séviten Terre Sainte, etla folie des hérétiques, qui ébranlent lesfondements de l'Église, il signale la fureur des basiliques et des serpents, des tyrans, avides des biens temporels, qui foulent aux pieds la justice, la liberté de l'Église, et la perversité artificieuse de faux fils qui déchirent le cœur de leur mère. 11 accentue contre Frédéric, si élevé, si rehaussé par l'Église, le reproche, qu'on n'a pas assez remarqué, d’avoir d'abord, de son initiative, au commencement de son règne, en Allemagne, à Aix-la-Chapelle, pris la croix, sans en avoir été requis et résolu l'expédition en Terre Sainte. IL lui rappelle tous ses délais, l'accuse, bien injustement, d'avoir donné le rendez-vous aux croisés à Brindes pour les y faire mourir ; il exprime, d'une façon ambiguë mais menaçante, l'espoir de trouver des hommes selon son cœur, qui se mettront à la tête del’armée chrétienne et effaceront la honte faite au Seigneur; et il espère que Frédéric, qu’il avait toujours aimé, fera un acte de repentance. »

«Malgré moi,» répond Frédéric dans son manifeste aux princes chrétiens (Capoue, 40 septembre), « je prends la parole. Mais lout est renversé et il semble que la fia du monde approche. Non seulement les peuples, les royaumes se jettent les uns surles autres et la peste et la famine visitent la maisondes hommes,mais voicique cet empire, destiné de Dieu à la défense de la foi chrétienne, est attaqué non par les inférieurs, mais par les Pères mêmes qu'il révère. » Puis, il oppose froidement les arguments aux arguments, les faits aux faits. « Si sa famille a eu à se louer de l'Église, elle a bien eu aussi à s’en plaindre: le Saint-Siège n'a-t-il pas entretenu les troubles dans son soyaume ? ne lui a-t-il pas opposé Olton LV en Allemagne ? Si le Saint-Siège lui a

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rendu à lui des services, Frédéric at-il manqué à lui en rendre? C'est dans une intention sincère qu'il a pris d'abord la croix. Ses retards n'ont eu que trop de raisons. N'a-t-il pas rempli toutes ses autres promesses en hommes et en argent? Hermann de Salza, le grand maître, peut l'attester, Pourla maladie qui l'a forcé à revenir, ilen porte, dit-il,encore les traces (adhue manent vestigia); iloffre d'en faire la preuve. Les princes croisés présents lui ont conseillé de suspendre son voyage jusqu’à guérison, parce que la vie de plusieurs el le succès de l’entreprise dépendaient de sa santé, Dieu, dans sa miséricordé, lui réservera sans doute une meilleure traversée à son prochain départ et un plus grand succès parce qu'il aura plus de monde à sa disposition. Mais il ne pense pas que l'on puissecompter pour conduire la croisade sur des princes élrangers ; car il détient un titre et un pouvoir qui sont l'effroi des Barbares etqui dépassent ceux de tous les princes de la terre. S'il cherche à intéresser tous les chrétiens à la défense de la Terre Sainte, c'est pour qu'ils marchent sous son élendard. Et à cet effet promettant de partir au mois de mai de l'année suivante, il convoque une grande diète à Ravennes pour le mois de mars. » Ce manifeste habile, Frédéric le fait lire à Rome, où le pape était présent, par maître Roffrid de Bénévent, au Capitole même, avec l'assentiment du peuple etdu sénat ro= main. Et lalutte éclate déjà dans lacapitale de lachrétienté.

A Rome, dont la possession était pour le pape comme le signe de sa domination sur le monde, ditioni suæ in signum universalis dominiü, il y avait toujours, même en temps de paix, un parti du pape et un parti de l'empe-

{ Rich. Saugerm., p. 4004 : Tum prudentem virum Mag. Roffr.

miltit ad urbem cum excusaloriis suis quas idem M. publice legi fecil in Capitolio de voluntate senatus populique romani.

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