‹ Histoire d'AllemagneChapitre 65 sur 150 · EXCOMMUNICATION DE FRÉDÉRIC IT · texte numérisé non relu

EXCOMMUNICATION DE FRÉDÉRIC IT

reur. Au commencement de celle année même, Frédéric avait nourri Rome pendant une disette. Le respect pour le Saint-Siège élait peut-être moins grand là qu'ailleurs. Pendant l'absence récente du pape à Anagni, une conjuration de bannis de différentes classes, avaitréussi à faire accepter un faux pape ou vicaire du pape, qui, avec quelques nobles, délivrait de fausses bulles et relevait du vœu de la croisade, à beaux deniers comptant, pour en partager le bénéfice avec ses associés. Celle farce dura six semaines, et finit d'une façon lugubre :. De retour à Rome, le pape avait fait écarteler les coupables, et détruire quelques tours qui le gênaient au Vatican. Mais Frédéric gagnait alors certains nobles, entre autres les Frangipani, en leur rachetant leurs forts, maisons el domaines, pour les leur conférer comme fiefs impériaux. Aussi quand, après avoir, le 23 mars, jeudi saint, donné l'ordre au clergé de jeter l'interdit sur toute localité où résiderait l'empereur, Grégoire IX entreprit, le lundi de Pâques, dans l'église Saint-Pierre, de prêcher contre l’empereur, le peuple en fureur l’accabla d'injures, se précipita vers l'autel et, mettant presque la main sur lui, voix ab injectione manuum continentes, chassa du sanctuaire le vieillard, heureux bientôt de s'en aller sous l'escorte de quelque partisans jusqu'à Viterbe, à Riéti et Pérouse.

Telles étaient les conditions dans lesquelles s'agitait la puissance de l'Église au moyen âge. Elle régnait par la foi, sur les princes et les masses ; elle planait sur les hauteurs et plongeait dans les plaines. Mais elle comptait avec tous. Dans ce temps de liberté, plus grande qu'on ne l'imagine, en la regardant en face, on la discutait, on lui demandait des

4 Richard Sangerm., ad annum 4221.

comptes, on l'outrageait même jusque dans les temples où se tenaient les meetings et les elubs de l'époque. C'était la forme de la liberté de ce temps ; et, comme lorsqu'on a affaire aux foules, l'Église ne s'en tirait pas toujours sans dommage. Un jour la tiare touchait le ciel ; le lendemain, elle était foulée aux pieds. La papauté avait beau tenir d'en haut sa mission, elle comparaissait devant le peuple. Et, celui-ci, comme nne autre expression de lavoix de Dieu,00æ populi, vox Dei, élevait aux nues ou traînait dans la boue, portait en triomphe ou jetait en exil, selon qu'il était satisfait ou mécontent, celui qu'il croyait avoir commis à son gouvernement pour lui plaire et pour lui obéir.

Du patrimoine de Saint-Pierre, la lutte allait-elle gagner toute la chrétienté ? En Italie, les Lombards poussés par le pape, empêchaient les chevaliers allemands de passer par leur territoire pour aller à la croisade et en détroussaient quelques-uns qui s’y risquaient; sur l'ordre du pape, ditla chronique d'Ursperg ‘, proh pudor! Jean de Brienne s'apprètait à profiter de l'occasion contre son gendre; dans le royaume de Naples. En Allemagne, Franciscains et Dominicains, dévoués au pape, jetaient feu et flamme. « Il y avait, dit l'abbé du monastère bavarrois du Bas- Altaïch, une telle tension entre l'empereur et le sacerdoce, que la chrétienté se sentait déjà ébranlée dans ses fondemens. Les choix des évêques et des prélats étaient dictés par les émissaires du pape. Les princes, les comtes, et leurs vassaux commençaient à passer de son côté.» Selon l'historien Mathieu Paris, « l'on avait vu au ciel le Corps du Sauveur attaché à la croix et couvert de sang, cruce elavis con-

1 Chron, d'Ursp. : Ipsos crucesignalos, ul asserebant, auctoritale papæ, quod, pror pudor, ne fas est dicere.

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